EPILOGUE
Et vous qui m'écoutez, vous dont l'âme attentive Cardera de mes vers l'empreinte fugitive, Vous, qui daignez sourire à nos efforts constants Pour rendre à l'avenir l'éclat des anciens temps, Vous dont le noble appui, dont la présence illustre A ce culte des arts ajoute un nouveau lustre, C'est vers vous, Magistrats, que s'exhale en ce jour Cet hymne de regret, d'espérance et d'amour : De trois siècles d'oubli fiers de venger l'outrage, Ressuscitez pour lui les honneurs d'un autre âge; Rappelez de l'exil , rendez à ses neveux Cet aïeul méconnu que réclament nos vœux ; Qu'à contempler ses traits la ville s'habitue, Qu'un monument s'élève , un marbre , une statue Où , par des soins pieux renaissant consolé , Rentre enfin dans nos murs le grand homme exilé; Rendons-lui -parmi nous sa place bicu-aimée , Exhumons du passé sa chaste renommée, Et , pleins d'un noble orgueil , léguons à l'avenir D'un père qui n'est plus l'imposant souvenir. Songez-y , Magistrats , car cette dette est sainte ; Peut-être autour de nous, dans cette même enceinte Où j'ose proclamer les honneurs qu'il attend , Un de ses fils est là qui me voit et m'entend; Enfant dépossédé du sublime héritage,
Qui n'a reçu tic lui que ses maux en partage Et qui , les yeux au ciel, tressaillant à ma voix , Pense à lui maintenant pour la première fois! Oh! rendons-lui ce père, objet de nos hommages, De regrets et de fleurs entourons ses images, Et qu'un jour l'étranger l'admirant comme nous Devant tant de grandeur fle'chisse les genoux. Elevant de nos mains l'autel expiatoire, Donnons un nouveau lustre à notre vieille histoire, Rattachons au présent la chaîne du passé, Continuons pour nous ce qu'il a commencé ; Disons à nos enfants comme en ces jours prospères, Brillait d'un pur éclat la gloire de nos pères, Et que l'exemple saint de tous ces morts fameux Leur impose la loi de rester grands comme eux. Songez-y; pour qu'un peuple, — un pays, — une ville, (Emancipés d'hier a la gloire civile, ) Puisse prendre sa place au rang des nations , C'est trop peu du hasard des révolutions ; Il lui faut un passé, des titres où se fonde. De son nouvel élat la racine profonde , A.fin qu'à ses rivaux il semble être rendu Comme un frère exilé que l'on croyait perdu, Et que tous, dans leur sein empressés de réadmettre, Par ce qu'il fut jadis jugent ce qu'il doit être. 11 faut que le Pouvoir, pour atteindre à ce but, A toutes les grandeurs apporte son tribut, Recherche tous les arts, les protège et repeuple De titres glorieux les annales du peuple ! Ses litres ! el qui donc en aurait de plus beaux
Si , remuant enfin la poudre des tombeaux, Les Belges, indignes d'un dédain qui les blesse, Redemandaient au temps leurs lettres de noblesse, Et mettaient au grand jour, artistes et savants, De leurs morts immortels les souvenirs vivants? C'est à vous, Magistrats, d'électriser leur zèle! Certes, la tâche est noble, elle est grande, elle est belle, Elle est digne surtout ! et pour la commencer , Vous n'avez qu'un seul mot, un seul à prononcer ! De ces premiers efforts posez-vous les arbitres, De De Lattre oublié revendiquons les titres , Inaugurons par lui, qui l'a tant mérité, Ce grand œuvre de gloire, hélas! et d'équité; Rendons-lui du passé les pompes disparues , Consacrons de sou nom quelqu'une de nos rues , (r.) Et que nos fils, heureux et fiers d'en hériter, Un jour par leurs succès songent à l'imiter! Des grands hommes éteints honorer la mémoire, C'est jeter dans les cœurs des semences de gloire , C'est nous montrer, à nous, cet immortel chemin Où nos pères viendront pour nous tendre la main; Car toujours dans nos murs, toujours parmi les nôtres Le culte des beaux-arts a trouvé des apôtres , Toujours dans sa splendeur leur astre nous a lui : C'était Lassus alors, c'est Fétis aujourd'hui.