A MUNICH
'est d'Anvers que Fillustre compositeur est appelé à Munich par le duc Albert de Bavière, le plus grand protecteur de l'art musical en Allemagne, & cela en qualité de musicien de sa chapelle.
11 part donc pour Munich avec plusieurs 'chanteurs Se instrumentistes distingués des Pays-Bas et ses talents justifient bientôt la réputation dont il jouissait déjà dans le monde artistique. En même temps qu'il avait cultivé la musique, il avait appris le latin & les langues modernes.
En 1562, il est nommé maître de la chapelle ducale, une des plus célèbres de l'époque.
En 1558, il avait épousé Régina Weckinger, dame d'honneur de la cour.
De ce mariage sont nés quatre fils: Ferdinand, qui fut musicien de la cour &, plus tard, maître de la chapelle de Bavière ; Rodolphe, compositeur de mérite ; Jean & Hrnest, également musiciens ; et deux filles : Régina, qui épousa le peintre Jean Van Acken & Anna, épouse de M. Mundpraden.
Les fêtes de 1568, à l'occasion du mariage de Guillaume, fils aîné du prince Albert, avec Renée de Lorraine, nous montrent Roland sous un jour nouveau. Il improvisa, avec son ami Massimo Trojano, une comédie italienne dont ils jouèrent les principaux rôles. C'était une farce, mais quel énorme succès d'interprétation !
Roland était du reste gai, aimable, spirituel, et sa correspondance, mieux que tous autres documents, nous a fait connaître ses goûts, ses habitudes. D'un caractère ioyal, sincère, franc, il ne dédaignait pas les plaisanteries même au gros sel. Il jouait à la balle, il péchait à la ligne.
C'était non seulement un puissant maître en musique, un instrumentiste, un chanteur, mais aussi un joyeux compagnon, à l'esprit pétillant, et un vaillant buveur, ce que le prince Guillaume, son ami, n'appréciait pas moins.
En 1574, le roi de France avait offert à Roland la maîtrise de sa chapelle & l'artiste avait accepté ce poste avec le consentement du duc de Bavière; mais la mort de Charles IX mit à néant ce projet et le duc Albert confirma Roland dans sa position et le combla de bienfaits. Son traitement était alors de quatre cents florins, somme importante pour l'époque, & il lui fut continué par le successeur du duc Albert.
On a prétendu que Charles IX avait demandé à Roland, en 1571, de composer les Psaumes de la pénitence, en expiation du massacre de la Saint Barthélémy. Or, ces Psaumes étaient composés en 1565, et le massacre susdit date de 1572!
Ce qui est plus vraisemblable, c'est que la musique des Psaumes exerça une impression favorable sur le moral affaibli du roi de France.
Il existe à la Bibliothèque royale de Munich un magnifique manuscrit des Psaumes de la pénitence, en quatre volumes, contenant de nombreux portraits, des dessins, des peintures, des miniatures. Les artistes qui ont collaboré d cette œuvre remarquable sont : Jean Mielich, peintre ; Samuel à Quickelberg, auteur des descriptions des volumes;
Mathieu Frishammer, calligraphe; Gaspard Liendel, qui a surveillé l'exécution ; Georges Seghkein, orfèvre qui a ciselé les garnitures en vermeil et en argent du manuscrit ; Gaspard Rittcr, relieur. Les portraits du duc Albert, de Roland de Lassus, de Jean Mielich, etc., font partie de la coljection.
Parmi les sujets traités, on voit l'ancienne chapelle de la cour pendant la messe. De nombreux personnages y figurent, notamment les prêtres officiants & beaucoup d'hommes & de jeunes gens qui chantent.
L'ensemble de ce travail artistique constitue un véritable chef-d'œuvre.