VOYAGES DE L'ARTISTE
OLASD DE LASSUS a beaucoup voyagé, même pendant son séjour à Munich, tant pour ses études, son agrément, que pour les services de sa chapelle, les engagements d'instrumentistes et de chanteurs.
En 1574, notamment, il va à Trieste, à Mantoue, à Ferrare, à Bologne, à Florence & d Rome. Dans cette dernière ville, qu'il avait habitée, en 1541, il est reçu avec les plus grands honneurs & choyé, acclamé par toute la colonie néerlandaise.
En 1585, il visite, en compagnie de son principal organiste, la Casa sauta, à Lorette, la maison de la Vierge qui, d'après la légende, fut transportée par les anges, à travers les airs, de Galilée en Dalmatie, &: de Dalmatie à Lorette. Les deux
voyageurs passent par Ferrare & rendent visite au duc Alphonse d''Este, dont la chapelle était remarquable.
En 1587, Roland se sentant fatigué avait obtenu du duc Guillaume d'être déchargé, du moins en partie, du service trop rigoureux de la chapelle, ce qui lui permit de sej rendre pendant quelque temps, chaque année, dans sa propriété de Meising sur l'Amber. Son traitement fut alors réduit à deux cents ilorins.
Cet arrangement ne put satisfaire le maître qui renonça à sa villégiature & qui reprit ses fonctions tout en s'occupant de ses compositions musicales. Ce travail opiniâtre, ce surmenage intellectuel, devinrent funestes au point d'attaquer les facultés mentales de l'artiste.
Un jour qu'il revenait de Meising, Régina lui trouva l'esprit troublé & elle fit avertir la princesse Maximilienne, sœur du duc Guillaume, qui envoya le docteur Mermann auprès du malade. Grâce aux soins de ce praticien, la santé du maître s'améliora, mais sa raison ne revint plus.
MORT DE Roland de LASSU3
SES CEUVE\ES
E LASSUS mourut le 14 Juin 1594. Cette date est indiscutable ; elle est constatée dans une lettre autographe écrite par Régina, sa femme, à l'archiduchesse Marie d'Autriche. Cette lettre est conservée à Vienne.
Les œuvres de Roland son très nombreuses. Elles comportent des messes, des magnificat, des psaumes, des lamentations & leçons, des hymnes, des cantiques, des motets, des madrigaux, des chansons latines, françaises, allemandes, etc.
Un relevé ancien de M. Schmiedhamer, bibliothécaire de la ville de Munich, contient 1572 numéros pour la musique sacrée & 765 pour la
musique profane, soit un total de 2337 œuvres-, mais ce relevé est de beaucoup inférieur à la réalité,
M. F.-J. Fétis a fait, dans sa Biographie générale des musiciens, un inventaire détaillé de cesœuvres.
Un grand nombre d'éditions des compositions de Roland ont paru à Venise, à Anvers, à Munich,, à Rome, à Louvain, à Nuremberg, à Heidelberg^ à Francfort, à Gratz, à L^'on, à la Rochelle, à Douai & à Paris. On imprimait encore des motets, chez Ballard à Paris en 1677.
Des publications nouvelles ont été faites à Berlin, à Carlsruhe, à Alayence, à Ratisbonne, à Cologne, etc.
A l'occasion du 300" anniversaire, une édition complète des œuvres du maître est en cours à la maison Breitkopf & Hiirtel, de Leipzig, & il se publie à Paris une Anthologie des maîtres religieux des XV% XVP & XMI* siècles, en notation moderne.
Les paroles des chansons françaises (Orlandes) étaient souvent très libres, notamment dans les « Meslanges » publiés en 1 575-1 576 chez Le Roy et Ballard à Paris.
En 1382, ainsi que l'annonce une dcdicace au gentilhomme français Philippe De Pas, il y eut épuration & beaucoup de chansons obscènes avaient disparu de la série imprimée dans le « Thrésor de musique. »
\o\c\ quelques spécimens de ces Chansons: ORLANDES
Rendz moy mon C(eur, rendz moy mon cœur pillarde
Que tu retiens dans ton sein arresté,
Rendz moy ma douce liberté Qu'à tes beaux yeux mal caut jay mis en garde, Rendz moy ma vie, ou bien la mort retarde Qui me devance au cours de la beauté, Par ne sçay quelle honneste cruauté:
Et de plus près mes angoisses regarde.
Vne puce j'ai dedans l'oreilT hélas I
Qui de nuit et de jour me frétilT & me mord
Et me faict devenir fou,
Nul remède n'i puis donner.
Je cour deçà, je cour delà, Refrain •■, q^ j^ ^^^.^ ^^^-^^^ ^^ ^^^.^
Je t'en pri' 0 toute belle secour moy.
ORLANDES
O tems divers qui me delîend de voir Celle ou ma foy prend sa ferme deffence Je meurs jour toy car maugré mon vouloir Il n'est ennuy que d'amoureuse absence.
Sauter, danser, faire les tours Et boyre vin, blanc & vermeil Et ne faire rien tous les jours Que compter ècus au soleil.
Beau le cristal, beau l'albâtre & l'ivoire Beau le porphyre & le jaspe luisant Et beau est l'or des beaux métaux la gloire Beau le rubis aux doigts hautains duisant, Beau de la terre est le fruit, & plaisant, Beau est le vaincre où tant d'honneur abonde. Mais des vainqueurs les débats appaisant, Belle est la paix, seule beauté du monde.
Tfelll
ORLANDES
Ov t'attend ta maîtresse Amy ne dy doux port, Mais vn lieu de tristesse, Et sans aucun confort, Or la tienne consort Qui d'ennuy n'est plus belle, Languit jusquà la mort, Comme la Tourterelle.
Chanter je veux la gente demoiselle A qui le ciel tous ses trésors dechasse, Tous ses plus beaux & plus riches presens:
Elle a l'esprit gentil
Elle a le sens rassis, Elle a bref tout ce que nature Joint la beauté mit onc en créature.
Ne cessons donc de chanter Catherine En exaltant la Musique divine.
Roland de LASSUS