‹ Roland & Marie PhliponChapitre 19 sur 68 · Roland à Cousin-Despréaux, 21 février · texte numérisé non relu

Roland à Cousin-Despréaux, 21 février

Il arrive de Longpont après y avoir passé cinq jours.

Il y avait un an environ que son frère, l'ancien prieur du collège de Cluny, était curé de Longpont ; c'est auprès de lui qu'il allait volontiers chercher conseil. On peut remarquer que sa jeune amie et lui, pour n'être pas privés l'un de l'autre, faisaient coïncider leurs absences.

30. — Marie Phlipon à Roland, 21 février. — (Lettre publiée en 1864 par M. Dauban, dans son Etude sur M™^ Roland et son temps, p. LVIII).

L'adresse porte « : à M. Roland de laPlatière, hôtel de Rome, rue (le la Licorne, près l'église de la Madeleine ». Cette précision sur la nouvelle adresse de Roland est à noter. Il y avait en effet, au xviii^ siècle, une église de Sainte-Madeleine dans la Cité, rue de la Licorne. C'est donc par erreur que, dans mon édition des Lettres de M™e Holand, t. 1«', p. 3), je supposais la rue de la Licorne dans le voisinage de la Madeleine actuelle. — On peut remarquer aussi que Marie Phlipon écrit à Roland le jour même où elle le sait revenu de Longpont.

De mon lit, ce 21 février. — Il n'est pas sept heures : je m'éveille, et la première émotion que j'éprouve est celle d'un sentiment qui me ramène vers son objet. Le jour que j'aperçois ne sera pas embelli par l'espérance prochaine de revoir cet objet, mais le charme de l'entretenir ne sera pas entièrement perdu pour moi, et mes premières expressions lui seront adressées.

Je me suis couchée tard, j'ai peu dormi ; cependant, je me trouve fraîche et tranquille. Sans être gaie, je goûte avec complaisance cette espèce de sécurité douce et consolante que l'on trouve enfin en soi-même quand on peut y rentrer avec confiance. Je prévois et j'attends les événements sans les défier niles craindre. Ce serait une chose monstrueuse et contradictoire que d'être votre amie et de pouvoir manquer de courage. Non, mon ami, celle que vous avez jugée digne de partager vos affections ne sait pas plier sous les disgrâces en les supportant ; de bonne heure elle apprit à mériter l'estime de ceux qui vous ressemblent. Elle mépriserait, en vous aimant, toutes celles que le malheur pourrait rassembler sur sa tête. Ne vous

occupez point des peines dont vous effacez l'impression ; jouissez de l'assurance de les suspendre et de les faire évanouir (1).

Ayez soin de votre santé, de votre bonheur ; il ne vous serait pas pardonnable de troubler la félicité de ceux qui vous chérissent, et vous savez bien qu'elle n'est qu'une avec la vôtre.

Je vais aujourd'hui dans la société par raison, devoir et convenance ; si je m'ennuie trop au mileu de ces êtres amphibies, froids et passifs, qui me dégoûtent et que je ne peux définir, je vous en accuserai, je me vengerai sur vous, par mes reproches, de tout le désagrément que j'aurai souffert. En attendant, salut, paix, amitié.

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