Marie Phlipon, à Roland, s. d. (ms. 6238, fol
La lettre est datée seulement de « mardi, à 11 heures dv soir ». Elle est écrite en italien, ce qui permet le doux tutoiement. Je la placerais volontiers au mardi 16 mars.
Martedi aile undici ore délia sera.
Che fai tu adesso, mio amico ? Pensi tu a me, che t'amo, che te scrivo, che voglio dimenticarsi teco di tutte le cose fastidiose délia giornata passata ? La prédicatrice era pure bénévole, amabile ; ma lontana di te, prefero la solitudine, il lavoro ad ogn'altra compagnia. Ho fatto perô di mio meglio
Mardi, à onze heures du soir.
(1) Que fais-tu à cette heure, mon ami ? Penses-tu à moi, qui t'aime, qui t'écris, qui veux oublier avec toi toutes les choses fastidieuses de la journée écoulée ? La prédicatrice (1) était cependant bienveillante, aimable. Mais loin de toi je préfère la solitude, le travail, à toute autre compagnie. J'ai fait pourtant de mon mieux pour montrer de la gaieté. Je me suis accommodée de tout avec douceur en pensant que c'était mon devoir, et le plaisir de le faire est pour moi le seul dédommagement de ton absence.
Nous sommes allées nous promener. La douceur de l'air, la verdure naissante, le beau soleil, l'odeur pénétrante des plantes ont ému mon imagination. J'aurais voulu n'être pas distraite par tous ceux qui m'entouraient, me parlaient, m'importunaient. Je t'ai cherché en vain, avec le désir, mais sans l'espoir de te voir,
(1) Sa cousine, Mlle Desportes.
per api)arire rallegrata ; mi sono accomodata di tiillo con dolcezza, pensando ch'era ciô mio dovero ; e'I piacere di far questo é per mc'l solo compenso délia tua carissima presenza. Noi siamo state spassegiare ; e l'aria dolce, la verdura nascente, il bel sole, e l'odore insinuante délie plante hanno smosso la mia imaginazione : avrei voluto non esser distratta dal parecchi che mi circondavano, mi parlavano e m'importunavano. T'ho vanamente cercato col desio, ma senza speranza, di vederti. Rientrate nella casa, abbiamo giuocato mestamente ; in fino sono ritornata, liberata, sola colla mia tenerezza, col tuo sovvenire, colla mia penna. Hai disordinato molto più che non lo credi miei proponimenti di questo matino, ma domani mené vendicero all'ora ove riceverai questa piccola lettera. T'invio colle tue carte alcune délie mie cattivissime f oglie : f arai f uoco di ciô se vuoi tu. Non voglio riserbare l'Elogio ch'aveva disegno di trascrivere ; non posso più leggerlo senz'aver'il cuoreferito, e gli occhi grondanti d'amare lagrime. Lo rendo a te, conservando per sempre nel mio petto Timpressione ch'egli m'ha f atto. Bramo di saper nuove délia tua sanità ; anderô domani visitar miei maggiori dopo pranso, e t'aspetterô la sera se puoi venire.
Vado scrivere un poco per nécessita, poi anderô al letto risposarmi. Addio.
Al valoroso ed erudito pastor Melindo.
Nel campo Pindarico, in Arcadia. — Non, vous m'avez dit dans la Phocide.
Rentrées à la maison, nous avons joué tristement. Enfin, une fois délivrée, je me suis retrouvée seule avec ma tendresse, ton souvenir, et ma plume. Tu as dérangé beaucoup plus que tu ne le penses mes projets de ce matin, mais demain je me vengerai, à l'heure où tu recevras cette petite lettre. Je t'envoie avec tes papiers quelques-uns de mes méchants feuillets. Tu les jetteras au feu si tu veux. Je ne veux pas conserver l'Éloge (2) que je me proposais de transcrire. Je ne peux plus le Ure sans avoir le cœur blessé et les yeux pleins de larmes amères. Je te le rends, en conservant pour toujours dans mon sein l'impression qu'il m'a faite.
J'ai hâte d'avoir des nouvelles de ta santé. Demain, j'irai visiter mes grands-parents (3) après dîner et je t'attendrai le soir si tu peux venir.
Je vais écrire un peu, par nécessité, puis j'irai au lit me reposer. Adieu.
Au valeureux et érudit pasteur Mélinde,
Dans le champ Kndarique, en Arcadie. — Non, vous m'avez dit dans la Phocide.
(1) I.' « Eloge de Cléobuline ». Marie PhUpon avait un accès de jalousie rétrospective. On retrouvera plus loin une autre trace de ce sentiment contre la morte.
(2) Ses grand-oncle et tante Besnard et sa grand'mère Rotisset.