Roland à Cousin-DespréauXy 8 avril
Il est encore à Paris, il doit partir le lendemain pour Crépy-en- Valois (chez un autre de ses frères, le prieur Jacques-Marie), et de là se rendre à Amiens. (On va voir d'ailleurs qu'il s'attarda à Paris plusieurs jours encore).
Pour la première fois, il parle à son ami de Marie Phlipon, sans d'ailleurs la nommer. C'est à propos des Lettres d'Italie :
« L'épître (1) n'est point tant une fiction que vous paraissez l'imaginer ; elle est réellement et toute entière d'une demoiselle, de la demoiselle qui a reçu une partie des lettres, qui les a toutes lues, qui a mis au net ce que vous avez, qui a des connaissances, des talents et surtout beaucoup d'âme... »
Ainsi s'écoulaient les soirées entre Roland et sa jeune amie, en février et mars 1779. Dans la crise qui suivra, elle reviendra plusieurs fois sur ces deux souvenirs : « L'assiduité de cet hiver » (lettre du 1^^ juin), « tes visites de cet hiver « (du 25 juin). Phlipon ne paraissait plus y entendre malice, mais l'apprenti avait été plus clairvoyant, étant amoureux. On verra plus loin ses scènes de jalousie (lettres du 6 juin, du 22 juillet). Mignonne, de son côté, avait fait des remarques et les avaient communiquées à la bonne de Sélincourt (lettre du 2 octobre), et Sélincourt, moins que personne, n'était obligé à la discrétion (2). M"e Desportes commençait à faire des remontrances (lettre du 24 juin).
Bref, à la fin de mars 1779, après deux mois de délicieuse intimité, Roland est sérieusement épris. La crise va commencer.
(1) Je ne saurais dire d'ailleurs de quelle épître il s'agit ; je n'en retrouve aucune dans le texte imprimé des Lettres d'Italie.
(2) A Sophie, 25 décembre 1779 : « Mignonne, toutes les fois qu'elle me voyait la plume à la main, [s'imaginait] que c'était pour ce grand Monsieur qui était venu l'autre jour avec des papiers sous son bras... »