Roland à Cousin-DespréaiiXy 6 mai
Je suis parti de Paris tracassé ; je ne me suis arrêté que trois jours à Crépy... Je suis triste... Mais brisons là-dessus. Rien du motif ne peut être éclairci entre nous qu'à notre première entrevue...
(Il n'a pas encore reçu de réponse à sa lettre du 30 avril ; on va voir pourquoi, — et cela explique sa tristesse).
51. — Marie Phlipon à Roland, 6 mai (ms. 6238, fol. 29). — Pas d'adresse. — N^ d'ordre : 6©.
Elle arrive de Vincennes et trouve au logis la lettre du 30 avril qu'on ne lui avait pas fait parvenir à Vincennes, cette lettre où son ami lui demandait un oui ou un non en termes si pressants. Elle se hâte d'envoyer le oui si désiré.
Jeudi, 6 mai 79.
O mon amil dans quel état tu dois être I... J'éprouve un déchirement affreux. Ta lettre, on a eu la cruauté de ne pas me l'envoyer. J'arrive de Vincennes, je demande impatiemment... Combien j'avais souffert de ne rien recevoir 1 On m'a soignée avec une attention pleine de tendresse, on voulait me retenir, mais je n'ai pu supporter ton silence. Je rentre occupée de toi, je te lis, je pleure, je cherche à m'exprimer, j'étouffe, je me jette sur ton sein... j'y demeure toute à toi. Peux-tu me demander encore ce que je veux être à ton égard, lorsque j'avoue n'avoir pas d'autres raisons que celles que je t'ai données, et que tu as vaincu à ton tour ? Si tu n'entends pas ce « oui », quel autre te faut-il ? Je l'ai confessé, mon ami, la fierté de mon âme égale sa sensibilité: dans toute autre situation, je me serais offerte à toi ; dans celle où je suis, il fallait que tu m'obligeasses à te pardonner tes avantages.
Lorsque mon estime pour M. de Sevelinges, la vivacité de son imagination et la mienne me portèrent à certaines conventions, je voyais de mon côté une réciprocité de sacrifices qui m'aidait à supporter les siens, j'imaginais par ces conventions mêmes lui rendre moins personnels les désagré-
ments que je trouve dans mes alentours et que je m'étais réservé à faire valoir en dernier lieu. Mais si je me fusse persuadée ressentir rien de plus que l'enthousiasme de l'amitié, qui n'est pas toujours exempt d'un peu d'illusion, j'aurais été moins confiante.
Que ne puis-je t'envoyer ma lettre sur l'aile des vents 1 Je ne suis pas à moi : je trouve le jeune homme (1) au lit depuis hier ; je reprends mes soins et mes fatigues après avoir recouvré la santé nécessaire pour y suffire. Fais dire à Sophie que tu attends ce qu'elle doit m'envoyer (2) par une occasion qui t'est particulière et dont je lui ai parlé.
Adieu, mon ami, sois heureux et dispose de moi pour l'être ; tes vertus justifient cet abandon que je te fais, et je sens n'avoir plus d'autre bonheur que le tien.