A Henriette Cannet, 24 février
Que dirais-tu, ma chère, si j'avais trouvé un second tel que je puis le souhaiter, désirant vivement s'unir à moi, et que la délicatesse m'eût fait un devoir cruel de le refuser, par des considérations qui se rattachent à un premier engagement de sa part et à mon peu de fortune? Cette épreuve n'est pas la moindre de toutes celles que j'ai subies ; elle est encore réceniCy je devrais dire présente.
Déjà son secret lui brûle les lèvres... Elle voudrait pouvoir dire à Henriette : Roland s'est offert, et je l'ai refusé à cause de toi. Mais aussitôt elle ajoute d'un air indifférent :
Notre voyageur m'intéresse beaucoup ; je le vois très peu ; il me paraît surchargé d'occupations... j'ai bien vu que la perte de M. Trudaine l'affectait vivement ; je ne savais pas qu'elle touchât de si près à sa fortune ; cette dernière année est douloureuse pour lui (2).
Et juste à ce moment-là, elle est au plus fort de sa correspondance avec Sevelinges (3). Mais elle se met à espérer que Sevelinges « se ravisera et que rien ne se fera ». On voit bien que Roland est revenu.
(1) Collection Ed. Le Corbeiller.
(2) Dauban, II, 242-243.
(3) Dauban, II, p. 62. — Ce jour-là, 24 février 1778, elle a écrit trois lettres à ses amies. Mais deux de ces lettres {Ibtd., p. 53 et 59) ont été placées à tort ea 1777 par cet éditeur étourdi.