Margaris est très-vaillant chevalier
Il est beau, fort, adroit et léger. Il pique son che-
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val, et va droit sur Olivier dont il brise Fécu à Tendroit où eeH la bosse d'or pur. Il lui passe son épieu près du flanc ; mais Dieu protège Olivier ; son corps n'est pas touché, la lance se brise, il n'est point renversé. Il passe donc outre sans encombre, et sonne de son clairon pour rallier les siens.
103. — La bataille est merveilleuse et devient générale. Le comte Roland est loin d'être tranquille. U frappe de Tépieu tant que la hampe dure. Maison quinze coups, il l'a brisée et perdue^ Alors, il tire nue sa bonne èpée Durandal, il pique son cheval et va frapper Chernubles; puis brisant le casque du païen, là où brillaient desescarbouclés, il fend sa chevelure, ses yeux, sa figure, son blanc haubert dont la maille est menue, et tout son corps avec la selle qui est en or battu. L'épée est arrêtée par le cheval. Chernubles tombe mort sur l'herbe. « Lâches, dit alors Roland, c'est pour votre malheur que vous vous êtes mis en mou-« vement. Vous n'aurez point F aide de Mahomet, et ce n'est pas par des gens tels que vous que la bataille sera gagnée. »
105. — Roland chevauche à travers le champ de bataille, taillant et tranchant avec Durandal sur les Sarrazins à qui il fait éprouver de grandes pertes. Ilentasse les morts les uns sur les autres, et fait couler le sang de toutes parts. Son haubert et ses bras, ainsi que le col et les épaules de son bon cheval, en sont tout souillés. Olivier, de son côté, ne
se fait pas faute de frapper ; et aucun des douze pairs ne mérite de blâme à ce sujet. Les Français combattent avec vigueur, et de tous côtés les païens tombent et meurent. L'archevêque dit : « Gloire à notre noblesse ! et il crie, Hontjoie! c'est l'enseigne de Charles. Aoi.
104. — Quant à Olivier il chevauche au milieu de la bataille ; sa lance est fracassée, et il n'en conserve que le tronçon. Frappant le païen Malon, il lui brise son écu orné d'or et de fleurs, et lui fait jaillir de la tète les deux yeux et la cervelle. Il le renverse mort avec sept cents païens. Il tue encore Turgis, et Estragus; mais sa lance se brise jusqu'à la poignée, k Or çà, dit Roland, que faitesvous^ compagnon? Ce n'est pas d'un bâton qu'il faut se servir en pareille bataille ; mais bien du fer et de l'acier. Où est donc votre épée Hauteclère, dont la garde est d*or, et la poignée de cristal?» — «Je ne puis la tirer, répond Olivier, tant je suis occupé à frapper. » Aoi.
105. — Enfin, le seigneur Olivier tire sa bonne épée, que son compagnon Roland lui a tant demandée ; et en vi*ai chevalier il la lui montre, puis il s'élance sur le païen Justin de Val-Ferré, et fend en deux sa tète, son corps et sa cuirasse ciselée, puis la selle ornée d'or, et l'échiné de son cheval. L'homme et le coursier tombent morts sur la terre : « Je vous reconnais, frère, dit Roland, c'est pour detels coups que l'empereur nous aime.»
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Puis de toutes pails, retentit le cri deMantjoiel Aoi.
106. — Le comte Gerins monte son cheval Sorel (sur)^ et son compagnon Gérer est sur Passeserf. Tous deux piquent, lâchent les rênes, et vont frapper le païen Timozel, l'un à Técu, l'autre au haubert. Tous deux brisent leurs épieux dans le corps de Timozel, qu'ils font tomber mort sur la terre. Ainsi que tout le monde, j'ignore lequel des deux fut le plus adroit (l)... De son côté, l'archevêque tue Siglorel Tenchanteur qui, déjà, a été en enfer; Jupiter l'y a conduit par magie (2). — Turpin dit : « Celui-ci nous avait forfait. » Roland répond : « Le lâche est vaincu ; frère Olivier, de tels coups me sont agréables! »
107. — La fureur de la bataille redouble en ce moment. Français et païens échangent les coups; les uns frappent, et les autres se défendent. Que de lances sanglantes et brisées ; que de gonfalons et d'enseignes rompus! Que de bons Français tués à la fleur de l'âge, qui ne reverront ni leurs mères, ni leurs femmes, ni ceux de leurs compagnons, qui les attendent au port avec Charlemagne ! Aoi.
108. — Mais de son côté, Charlemagne verse des larmes de douleur, en pensant qu'il ne pourra
(1) Ici on lit ce vers : c Espue's icil fut fils Burdel, » donl il m'a été impossible de trouver la liaison avec ce qui précède et ce qui suit. 11 signifie : « Espue fut fils de BurdeL >
(2) Ce passage de la chanson est le seul où il soit fait mention d*un enchanteur et de migie.
porter secours aux siens, là cfù il serait si nécessaire. Âh! que Guenelon lui re&dit un peraideux offîcei le jour où il alla vendre les siens à Sanrart gosse! Guenelon en perdit ses membres et lavie^ car à Àix il fut jugé digne d'être pendu^ ainsi que trente de ses parents qui ne se doutaient pas qu'ils dussent mourir ainsi ! kou
109. — La bataille est merveilleuse et terrible^ et Roland ainsi qu'Olivier frappent de touscôtéSé L'archevêque a rendu plus de mille coups, et les douze pairs, ainsi que tous les Français, se con-r duisent de la même manière. C'est par cent et par milliers que les païens meurent. Tous ceux qui ne se dérobent pas à la mort par la fuite sont tués, et bon gré, mal gré, ils y laissent leur \ie. Les Français éprouvent aussi de grandes pertes. Ah ! combien il y en a qui ne reverront pas leurs parents^ ni même Charlemagne qui les attend au port! Dans ce temps, il y eut des signes extraordinaires en France ; on y entendit des tonnerres et des vents inaccoutumés ; la grêle et les pluies tombèrent en abondance; plus d'une fois, la foudre tomba du ciel, et la terre trembla. De Saint- Michel de Paris jusqu'à Sens, et de Besançon au port de Guitsand (entre Boulogne et Calais), il n'y a pas de château fort dont les murs ne se soient crevés. À midi régnèrent les ténèbres, et la clarté ne revenait que quand le ciel se fendait. L'épouvante était générale, et l'on disait : « C'est la fin
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du siècle où nous vivons. » Il n'y avait rien de vrai de ce que Ton disait ainsi; mais toutes ces gran-^ des douleurs étaient les présages de la mort de Roland.
110. — Les Français ont combattu avec cœur et énergie ; les païens sont morts en foule. De cent Uiille, à peines'en est-il échappé deux. Roland dit : « Nos hommes sont très-braves , et sous le ciel il n'y en a pas de meilleurs et de plus vaillants. » Il est écrit dans les Gestes des Français (1) , que Charles est l'empereur des meilleurs vassaux. Us vont sur le champ de bataille pour y chercher la gloire, et pleurent de tendresse et d'amour lorsqu'ils sont en deuil de leurs parents. Mais le roi Marsile vient à eux avec sa gi'ande armée. Aoi.
111 . — n arrive par une vallée où il a rassem^ blé ses troupes, divisées en vingt échelles , que commandent des rois. Ils sont armés de leurs cas-* ques ornés d'or, de leurs écus et de leurs cuirassés ciselées. Yingt mille clairons sonnent la faofaro ^ et le son en retentit dans toute la contrée. Roland dit à Olivier : « Compagnon frère, Guenelon, le traître, a juré notre mort ; on ne peut plus en douter maintenant. L'empereur doit en tirer une grande vengeance. Nous allons avoir une bataille
(i) Gesta Francorum, Recueil de narrations historiques sur les faits et gestes des Français, qui ne nous est connu que par les auteurs qui, comme Turold, en invoquent le témoignage.
terrible^ et comme aucun homme n'en a encore TU. Je vais frapper avec ma Durandal; pour vous, frappez avec votre Hauteclère. Nous les avons portées en tant de lieux, et avec elles nous avons gagné tant de batailles, qu'il n'en sera pas chanté de mauvaises chansons ! » Aoi.
112. — Marsile, en arrivant, s'aperçoit du carnage qui a élé fait des siens. II fait sonner ses cors et ses trompettes, et chevauche devant sa grande armée rangée. Non loin de là était à cheval le Sarrazin Âbisme. De tous ses pareils, c'était le plus félon. Une croit pas en Dieu fils de Marie. Son visage est noir comme de la poix fondue, et il a plus de goût pour la trahison et le meurtre que pour tout l'or de la Galice. Personne ne le vît jamais ni sourire, ni badiner; et ce vassal est plein de folie. C'est pour cela que ce félon est aimé du roi Marsile. Il porte son dragon (enseigne)^ auquel ses gens se rallient. L'archevêque le prend en horreur , et à peine l'a-t-il vu, qu'il meurt d'envie de le frapper. Toutefois il se dit avec calme, eu luimême : « Ce Sarrazin me parait être un grand hérétique (1). Ce qu'il y a de mieux à faire est que j'aille le tuer. Je n'ai jamais aimé ni les couards ni la couardise. » Aoi.
113. — L'archevêque, près de commencer le combat, monte le cheval qu'il a pris à GrossaiÙe, roi
(i) Hérétique^ l'abus de ce mot a été fort commun du douzième au seizième siècle. Cétait une injure.
de Danemarck, Ce destrier, agile et bon coureur, a le ^ied copiez et les jSimhespkUes (1), la cuisse courte et la croupe bien large ; ses flancs sont longs et son échine haute ; blanche est la queue et la crinière jaune, ses oreilles petites , la tète toute fauve. Cette bête n'eut jamais sa pareille. L'archevêque pique ranimai et se précipite avec une bravoure extrême contre Abisme, dont il frappe Técu qui brillait d'améthystes^ de topazes et d'escarboudes. Abisme avait reçu cet écu de l'amiral Galafes, à qui le diable l'avait donné , à Yal-Metas. Turpin heurta si violemment ce riche écu, qu'après le coup, il ne valait plus un denier; cependant l'archevêque coupe d'un côté à l'autre le corps du païen, et l'abat roide mort sur le terrain. Alors les Français disent : « Ceci est un noble succès : avec l'archevêque, on peut être certain que la croix sera sauve! »
114. — Mais les Français s'aperçoivent que de tous côtés les champs sont couverts de païens. Souvent ils regrettent Olivier et Roland ; ils cherchent les douze pairs, afin qu'ils les soutiennent et les gai*antissentdans le danger. L'archevêque leur dit : «Seigneurs barons, n'y pensez plus. Au nom de Dieu, je vous prie de ne pas prendre la fuite, afin qu'aucun d'entre vous, prud'hommes (nobles), ne se dégrade. Il vaut beaucoup mieux que nous
(i) Copiez et plates. On ignore la signification de ces deux mots.
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mourions en combattant. Notre fin nous est pro-. mise^ et au delà de cette journée, nous ne vivrons plus. Mais je puis vous être garant d'unQ dbbse : c'est que le saint paradis nous est dévolu et que vous y siégerez comme les justes. » A ces mots, les Français se réjouissent, et il n'y en a pas un qui ne demande Montjoiel (Le ci:i pour commencer la bataille.)
115. — Il y avait un Sarrazinde Sarragosse, à qui la moitié de la cité appartenait, Oimborins, homme peu loyal. Il s'était lié avec le comte Guenelon, et, après l'avoir baisé sur la bouche en signe d'amitié, lui avait donné son épée enrichie d'une escarboucle , en disant : « Nous répandrons la honte sur la terre majeure ( la France) , et on ravira la couronne à l'empereur. Climborins monte son cheval nommé Barbamouche , et se montre plus leste et plus adroit dessus qu'une hirondelle ou qu'un épervier. Il le pique en lui lâchant les rênes, et va frapper Engelier de Gascogne, que son écu et sa cuirasse ne peuvent garantir. La lame ^u païen lui traverse le corps d'outre en outr^,jet il tombe mort sur la terre. « Ah! s'écrie Climborins, ceux-là sont bons à tuer! frappez, païens, pour dissiper leur multitude, d De leur côté , les Français disçnt : « Dieu ! quel deuil qjie la perte d'un tel homme! ^ Aoi.
116. — Le comte Roland appelle son compagnon Olivier : c< Sire, lui dit-il, Engelier est déjà mort ;
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BOUS n'avions pas de plus vaillant chevalier, x» — « C'est un devoir pour moi de le venger, répond Olivier, qui pique aussitôt de ses éperons d'or, et armédesonépéeHauteclère déjà toute sanglante, va courageusement pour frapper le païen. Il brandit son arme, le Sarrazin tombe, et les diables emportent son âme. Bientôt Olivier donne encore la mort au duc Âlphien , il tranche la tête à Escababi et désarçonne l^ept autres Arabes qui ne seront phis en état de combattre: Roland dit alors : « Mon compagnon est en colère , ainsi que moi , il veut faire en sorte de mériter des louanges ; c'est pour de tels coups que Charles nous tient pour plus chers. » Et on s'écrie i.a Frappez, chevaliers! » Aoi, ...
117.-— D'un autre côté est le païen Valdabrun, celui-là relève du roi Marsile. Il est maître sur la mer de quatre cents navires, et il n y a pas un esquif qui ne prenne son nom de lui* Déjà, après avoir pris Jérusalem par trahison, il a violé le temple de Salomon et a tué le patriarche devant les fonts. U eut la confiance du comte Guenelon, à qui il donna son épée avec mille mangons. Gramîmond est le nom du cheval qu'il monte , et sur lequel il parait plus léger qu'un faucon. 11 le pique et va frapper le puissant duc Samson ; il brise son écu , son haubert, lui enfonce dans le corps le pennon du gon&lon, et le fait tomber mort du haut de son chevaL «Frappez, s'écrient les païens, et nous
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allons les vaincre !» « Dieu^ disent de leur cdté les Français, quel deuil de barons. » Aoi.
118. — Quand le comte Roland vit Samson mort, on peut se figurer le chagrin qu'il en éprouva. Piquant son cheval, il court à toute bride en tenant Durandal et va frapper de toute sa force sur le bouclier orné d'or du seigneur. Il fend la tète, la cuirasse, le corps du cavalier, la selle et le cheval, et les tue tous les deux. Les païens disent : ce Ce coup nous est terrible ! » Et Roland répond : « Je hais les vôtres; l'orgueil et les torts sont de votre côté. » Àoi.
1 19. — Venu de l'Afrique, son pays, Malquiant, fils du roi Malcud, s'avance couvert d'une garniture d'habits en or battu. Plus resplendissant que tous les autres, il est sur son cheval qu'il nomme Saut-Perdu, et que nul autre animal ne peut suivre à la course. L'Africain se précipite sur Anséis qu'il frappe à l'écu dont il coupe le rouge et l'azur. Il a rompu son haubert et lui enfonce dans le corps le fer et la hampe de son arme. Le comte Anséis tombe mort , et les Français s'écrient : « Barons ! que vous fûtes malheureux I ^
120. — Mais l'archevêque Turpin vient sur le lieu du combat. Jamais tonsuré, chantant la messe, ne fit de sa personne tant de prouesses. « Que Dieu envoie malheur à cehii qui a mis à mort un homme que mon cœur regrette si vivement, i» Di-^
sant ainsi, Turpin lance son bon cheval, frappe et enfonce l'écu de Tulète qu'il abat mort sur Therbe.
131. — Voici encore le paien Grandonie. Fils du roi Capuel, il est né en Cappadoce, son cheval a nom Marinons , et sur cet animal il se montre plus léger, qu'un oiseau qui vole. 11 le pique de l'éperon , lui lâche la bride, et frappe de toute sa force Gérin. Il lui brise son écu rouge qu'il portait au col, ouvre sa cuirasse, et, après lui avoir enfoncé dans le corps toute son enseigne bleue et le pennon de sa lance , il le fait tomber mort sur une roche. Bientôt il renverse et tue encore Gérer, le compagnon de Gérin ; puis Bérenger et Guion de Saint-Antoine, ainsi que le puissant duc d'Anstorie, qui tenait Valeri et Envers sur le Rhône. Il les abat tous, et les païens en sentent une grande joie. Quant aux Français : « Oh ! disent-ils, comme les nôtres tombent I »
122. — Tout en tenant son épée sanglante, Roland a bien entendu que les Français se plaignent, et il craint qu un grand découragement ne tombe en leur cœur. Il dit donc au païen : « Que Dieu te donne le malheur ! tu viens d'en tuer un dont j'ai résolu de te faire payer cher la mort. » Il pique son cheval qui sort de la mêlée , et bientôt il rencontre celui qu'il cherche, et tous deux en viennent aux mains.
125. — Grandonie, vaillant vassal, va au-devant de Roland , qu'il reconnaît aussitôt à la fierté II 5
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de sa contenance et de son expression. Malgré tous ses efforts, le paien ne peut se soustraire à la crainte ; il veut fuir, mais c'est en vain. Le comte lé frappe avec tant de force que du même coup il lui fend son bouclier, le nez, la bouche, les dents, son haubert de maille , tout son corps, ainsi que la selle dorée et le dos du cheval. L'homme et l'animal tombent morts ensemble. Ceux d'Espagne font retentir leurs plaintes ; mais les Français disent : « Notre défenseur frappe bien ! » La bataille est merveilleuse et grande ; les Français combattent avec des épieux. Là vous eussiez vu tant de gens souffrants, tant d'hommes morts , blessés ou sanglants ! L'un est tombé sur le ventre et l'autre sur le dos. Les Sarrazins ne peuvent supporter de si rudes coups, et, mal gré, bon gré, ils abandon- * nent le champ dont les Français les chassent de vive force. Aoi.
124. — La bataille est merveilleuse et animée ; les Français y frappent avec vigueur et colère, tranchant poings, côtes, échines et vêtements jusqu'à la chair. Le sang coule sur l'herbe verte. Terre majeure (France) ! oh ! que Mahomet te maudit ! mais par-dessus toutes les nations la tienne est la plus brave; aussi n'y a-t-il pas un seul païen qui ne s'écrie : « Chevauche, ô roi Marsile, car nous avons besoin d'aide ! »
125. — Le comte Roland appelle Olivier : « Sire compagnon, lui dit-il, vous pouvez m'en croire,
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rardierêqtie (Turpin) est le meilleur chevalier qn'iiyail 6urla terre «et sous le ciel; personne ne se^sert mieux ique lui de la lanee et de Tépieu. »
Olivier répond : « Allons donc l'aider ! » A ces mots les Français combattent avec une nouvelle fureUt. Dqt6 sont les coups^, profondes sont les blessures t et il y eut de grandes douleurs parmi les chrétiens! Qui le put, vit Roland et Olivier frapper et blesser de leurs épées. Quant à l'archevêque, il frappe de son épieu. Mais le nombre de ceux d'entre les Français qui furent abattus put être apprécié, et, selon les chartes et les brefs, dit la Geste (1), on en compta plus de quatre mille. Jusqu'à quatre fojs la bataille tourna bien pour les chrétiens; mais V à la cinquième, elle leur devint lourde et terrible. Tous les chevaliers français furent tués, à l'exception de soixante que Dieu conserva plus longtemps ; aussi vendrontTils leur vie cher avant de mourir.
' 1^6.' -^ Le comte Roland vit l'énorme perte dessienâ, Aoi, et il appelle sort compagnon Olivier : Beau sire, cher compagnon, que Dieu vous inspire dû courage! Voyez-vous combien de nobles vassaux sont gîâànts à terre! Oh! nous pouvons plaindre la douce et belle France ; de combien de nobles barons la yoilà maintenant abandonnée. Eh ! rôi amî, que n'êtes-vous ici? Frère Olivier, com-
(i) Chanson de Geste d'a(près laquelle il paraît que ce poëme a été composé.
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ment pourrons-nous faire ? comment nous y prendrons-nous pour faire parvenir des nouvelles à Charles? Olivier dit : «Je n'en sais rien ; mais mieux vaut mourir, qu'il soit dit quelque chose de honteux sur nous. » Àoi.
127. — Hé bien, dit Roland, je ferai retentir mon Olifant ; Charles qui passe le port Tentendra, et je vous assure que les Français reviendront sur leurs pas. » Olivier dit: « Ce serait une grande honte et que l'on reprocherait sans cesse à tous vos descendants. Quand je vous ai dit de corner, vous n'en avez rien fait, et si vous le faites à présent, cela n'aura aucun efiTet; vous ne pourrez faire sonner votre Olifant assez fort, car vos deux bras sont déjà tout sanglants. » Le comte répond : a J'ai donné de nobles coups. »
128. — Roland dit encore : « Notre bataille est terrible; je cornerai et Charles entendra. » — «Ce ne serait pas noble, répond Olivier; quand je vous en ai prié, vous ne daignâtes pas le faire. Si le roi eût été présent, nous n'aurions certes pas éprouvé ce dommage. Ceux qui sont là ne doivent pas en encourir le blâme. Par cette mienne barbe! si je pouvais revoir ma gente sœur Aide, vous ne coucheriez jamais entre ses bras » Àoi. (1)
(1) Âlde ou Aude, sœur du comte Olivier, avait été fiancée à Roland, par Gharlemagne, avant l'expédition en Espagne, et c'est k cette promesse que, dans sa mauvaise humeur contre Roland, Olivier fait allusion. On verra, d'ailleurs, apparaître la belle Aide, àlafindecepoëme.
129. — «Pourquoi me donner sujet de colère et de chagrin? dit Roland» — « Conopagnon, répond Olivier, c'est de votre faute ; caria vraie bravoure ne doit pas tourner en folie. Mieux vaut mesure qu'extravagance, et les Français sont morts par votre /égerie (1) : Charles ne pourra désormais recevoir de services de nous. Si vous m'eussiez cru, notre sire serait venu ici, nous eussions gagné cette bataille, et le roi Marsile y eût perdu la liberté ou la vie. Votre paresse (à corner), Roland, nous la vîmes avec peine. Nous ne serons plus d'aucun secours à Charles, et il n'y aura pas un homme pareil à lui jusqu'au jugement (dernier) de Dieu. Vous mourrez ici et la France en sera honnie. Aujourd'hui nous manque la loyale compagnie (l'armée du roi) ; et avant le soir, notre séparation sera cruelle. » Aoi.
150. — L'archevêque s'aperçoit de leur débat, il pique son cheval avec ses éperons d'or pur, vient à eux et leur adresse des reproches. .« Sire Roland et vous sire Olivier, au nom de Dieu je vous prie de ne point disputer. Maintenant le son du cor ne nous servirait en rien et ce que nous avons de mieux à faire, est de venger le roi qui pourra nous venger après. Croyez-moi, ceux d'Espagne (païens), ne s'en retourneront pas contents; pour nos Français, ils descendront de cheval et nous Couveront hachés et morts; ik chargeront nois
(1) Légerie semble bien signifier îéi légèreté^ imprudence.
' %n ix^ (j^X ra^-^r^'''-t ^- ^-i -
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bières sur des bêtes de somme ! en incftis^leshtiit en témoîgnagededëuil et de pitié; ilâ^nails^enteiH reront daus les coursdes monastères Giè ïie man^ geroi)t ni loup, ni porc, ni chien (l)'^4)^re, dit Roland : a Youa^dites très-bien. » Adï. . ; «
iSl. — Roland a mis rOlîfaiit à sa bouche, il le lient ferme et en sonne de toutes ses forces. Les monts ,sont hauts et la distance est grande; cependant le son résonna à trente grandes lieues. Charles l'entendit ainsi qpe tousse^ compagnons: « Ah! dit le roi, nos hommes se battent! » — « Si un autre parlait ainsi, dit Guenelon, cela paraîtrait un grand mensonge, » Aoi.^
ISS. -^ Non sans de grands efibi^ et de grann des douleurs, le comte Roland disait senner son cor. Un sang clair sort de sa bouche et les veines de ses tempes sontpfèsdése'iîorapre. Cependant Tolifant retentit avee force, et ^ diariés qui pa${(e lé port, l'entend; le duc Nâimes ainsi <jue t^us' leô Français l'écoutent. «Hél'dit le^roi, j'eiitreDds.le<cor de Roland; jamais il ne Ta fait sonti^ qu'en comr « battant. » Guenelon répond : « U ô'est nullement question de bataille; vous êtes vieux» et vos cheveux sont blanes ; vous tenez là le langage d'un enfant, vous ne sat^ez que trop que) est l'orgueil de Roland, et c'est merveille que Dieu le supporte si longtemps. N'a-t-il pas pris Naples sans votre oï^
.(i) Ils observeront un jeûne rigoureux.
LA GHAUSON DE ROLAIID. 71
dre et te» Sarrazins n'en sont-fls pas sortis (1)?....
. . A propos d'un lièvre il va cornant tout le jour, et dans ce moment il se moque de ses pairs ; mais il n'est personne qui ose se plaindre de lui. Pourquoi vous arrêteriez-vousî Chevauchez en avant, car la terre majeure est encore loin d'ici. » Aoi.
133. — Le comte Roland a la bouche sanglante, les veines de ses tempes se rompent, et il ne sonne de son Olifant qu'au prix de grandes douleurs. Charles l'ouït, et ses Français l'entendent. « Le son de ce cor vient de loin , dit le roi. )) Le duc Naimes répond : « Je ne me trompe pas, on se bat. Armez-vous, faites crier Montjoie, et secourez va? tre noble suite. Vous entendez bien que Roland se plaint. »
134. — L'empereur a fait sonner ses clairons. Les Français s'arment de leurs casques, de leurs hauberts et de leurs épées d'or. Ils prennent leurs écus, leurs grands épieux et les gonfalons blancs^ rouges et bleus. Tous les barons de l'armée montent à cheval, piquent des deux sans que l'un dise un seul mot à l'autre : « Si nous pouvions voir Roland avant qu'il soit mort (pensaient-ils intérieurement), quels grands coups nous donnerions avec lui ! » Mais que vaut cette réflexion? Ils sont demeurés trop longtemps immobiles!