Cependant l'empereur revient à lui
Le ducNaîsmes et le comte Acelîn, Geofroy d'Anjou et Henri, son frère, prennent le roi et le placent sous un pin. Mais Charles a toujours les yeux fixés sur le lieu où est étendu son neveu, et il exprime ses regrets : « Ami Roland, dit-il, que Dieu
te prenne en pitié ! On n'a jamais vu un chevalier pareil à toi pour commencer et terminer les grandes batailles. Âh ! mon honneur penche vers son déclin ! » En parlant ainsi il lui fut impossible de ne pas défaillir, Âoi.
204. — Charles reprit encore l'usage de ses sens, et trois de ses barons le tiennent par les mains, mais ilatoujours les yeux tournés là ouest étendu son neveu dont la figure est pâle et les yeux ténébreux. Il le plaint par foi etparamour : a Ami Roland, s'écrîe-t-il encore, que Dieu mette ton âme parmi les fleurs glorieuses de son paradis ! Pourquoi faut-il que tu sois venu en Espagne? il ne se passera plus désormais un jour sans que j'é-^ prouve une vive douleur. Âh ! je sens que ma force et ma hardiesse vont décliner, et que je n'aurai plus personne qui soutienne mon honneur. Où pourrai-je trouver un amisousleciel, maintenant? et s'il me reste des parents, nul n'est aussi vaillant que toi. » Disant ainsi, il arrache ses cheveux à deux mains, et tous les Français éprouvent une telle douleur, qu'il n'y en a pas un seul qui ne verse des larmes. Âoi.
205. — «AmiRoland, je m'en irai en France, dît encore Charles, et quand je serai à Loun, dans mon palais, des étrangers arrivant de difiTérents royaumes, me demanderont : Où est le comte capitaine? je leur dii'ai qu'il est mort en Espagne. Ce ne sera
plus qu'au milieu des chagrins que je gouvernerai mon royaume, et il ne se passera plus de jour sans que je pleure.
206. — a Âmi Roland, brave et beau jeune homme, quand je serai à Àix, en ma chapelle, on viendra me demander des nouvelles. Je leur en donnerai de merveilleuses et de terribles : Mon neveu, leur dirai-je, celui qui me fil tant de conquêtes, il est mort. Contre moi se révolteront le Seisne, le Hongrois, le Bulgare, le Romain, l'Âpulien, ainsi que ceux de Palerme, d'Âfnque et de Califerne, et ils accroîtront encore mes peines et mes souffrances. Qui guidera mes armées contre de telles puissances, puisque celui qui les conduisait toujours est mort ? Âh I France, comme te voilà abandonnée. J'en éprouve un si grand deuil que je voudrais avoir cessé de vivre ! » Puis de ses deux mains il arrachait sa barbe blanche et ses cheveux, et les Français répondaient à sa douleur.
207. — <x Âmi Roland, que Dieu ait pitié de toi! que ton âme aille en paradis. Celui qui t*a tué a mis la France dans la désolation, et j'éprouve un tel chagrin de ce que ma noblesse est morte pour moi, que je ne voudrais plus vivre; &ssent Dieu et le Fils de samte Marie que mon âme quitte aujourd'hui mon corps, avant que j'arrive au maître port de Sirie (passage dans les Pyrénées). Mon
âme est déjà avec eux, mais, que mon Qorps aille aussi les joindre; et il pleurait, et il s'arrachait les cheveux. Le duc Naismesdit : a Charles éprouve une très-grande douleur. » Âoi.
208. — c< Sire empereur, ditGeofroy d'Anjou, ne vous laissez pas aller ainsi à un tel chagrin. Faites recueillir le corps de tous ceux des nôtres que les païens d'Espagne ont tués dans la bataille, et ordonnez qu'on les porte dans un cimetière. — « Eh bien, dit le roi, faites sonner votre cor. » Aoi.
209.-^ Geofroy d'Anjou a fait sonoer son cor; les Français descendent de cheval sur l'ordre de Charles, et tous ceux de leurs amis qu'ils trouvent morts, ils vont les porter aussitôt dans un cimetière. Là se trouvent des évéques, des abbés, des moines, des chanoines, des prêtres tonsurés qui absolvent les défunts au nom de Dieu. Ils brûlent de la myrrhe et de la timoine (thym); ils les encensent, puis les enterrent^en grande pompe. Enfin ils les laissent là ; car, qu'en feraient-ils? Âor.
310. — L'empereur Êdt (oostéir) ouvrir les côtes à Roland, à Olivier et à l'archevêque Turpin. n les^fait ouvrir devant lui, et leurs icœurs sont recueillis dansiine poêle (une tenture), et j^lacés dans un cercueil de marbre blanc; puis, prenant les corps des- barans, on les enveleppe éMis des peaux de cerf, après les avoir lavés dans du vki avec du piment. Enfin le roi oràopne à Rebalt, à
Gâ>o]aii], au oomte Milon et au marquis Otes de les £aire placer dans trois chars et de les accompagner. On a soin de les couvrir d'un polie galazin {étoffe précieuse). Aoi.
211. —r Au moment où Charles se dispose à partir^ tout à coup les avant^gardes des païens se présentent, et deux messagers avant-coureun^, lui annoncent la bataille de l'amiral, a Roi orgueilleuxy lui disent-ils^ il n'y a pas moyen que tu t'en ailles. Voici Baligant qui chevauche vers toi ; grandes sont les armées qu'il amène d'Arabie; nous verrons aujourd'hui^ si tu as vasselage (noblesse el courage). » Aoi.
213. — Furieux, le roi Charles prend sa barbe, et tout en repassant dans son esprit le deuil et le dommage qu'il a déjà éprouvés, il s'écrie tout à coup d'une voix forte et haute : a Barons français! à cheval ! aux armes I » Âoi.
213, — L'empereur se pr^re trait le premier ; il rev4jti prompt^ment sa icuirasse, lace son casque et ceint Joyfsvseraussiresplendissaiite que le soleil; il pe9<jL à son col un écu de Biteme , tient son é[Heu, lait brandir sa lance, puis moi^.son bon cheva) Ei^tewçen^ur, ^'il conquit au Gué,^ dessous Maronne, gprès avoir jeté mort celui qui le montait, Mal|¥iIin.de;Ned)ompe«.Il lui lâche les rênes, le pique.souvrat et fait un saut en voyant cent mille
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hommes. Aoi. Il implore l'aide de Dieu et de TapôtredeRome.
214. — Ceux de France descendent dans le champ ; plus de cent mille se réunissent en armes. Ils ont un fourniment qui leur convient, des chevaux grands coureurs et de belles armes.
Ils sont bien montés et manœuvrent savamment; si l'occasion se présente aujourd'hui, ils espèrent bien rendre la bataille (reprendre la revanche). Le gonfaloii flotte au-dessus de leurs casques. Lorsque Charles vit leur contenance fière, il appela Josseran de Provence, le duc Naimon, Ântelme de Mayence, tous vassaux dans lesquels on peut mettre sa confiance. Véritable félon est celui qui se met en comparaison avec eux. « Si les Arabes ne se repentent pas tout à coup d'être venus ici, dit Charles, ils vont payer cher la mort de Roland. » Le duc Naismes répond : « Dieu nous accorde de les vaincre ! » Aoi.
215. — Charles appelle encore Rabe etGùineman et leur dit : « Seigneurs, je vous commande de prendre la place d'Olivier et de Roland. Que l'un prenne l'épée du premier et le second FOlifant de mon neveu. Marchez en tête avec vos quinzemille Français, choisis parmi nos meilleurs et nos plus vaillants bacheliers. Après eux s'avancera un nombre égal conduit par Gibuin, Guinemans, le duc Naismes et le comte Josseran. » Us
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disposent bien les échelles (corps de troupes échelonnées) et s'ils rencontraient rennemi, il y aura certes une grande bataille. Àoi.
216. — Telles sont les deux premières échelles des Français; puis vient la troisième, évaluée à vingt mille chevaliers bavaroisJls n'abandonneront pas la bataille et il n'y a pas de race qui soit plus chère à Charles, si ce n'est celle de France avec laquelle il a conquis tant de royaumes. Le comte Oger le Danois le brave guerrier les guidera, car ce corps de troupes est.fier. Aoi.
217 . — L'empereur Charles a déjà trois échelles, et le duc Naismes compose la quatrième de barons pleins de bravoure. Ils sont Allemands et au nombre de vingt mille, dit-on. Bien montés, bien armés, ils ne quitteront pas la bataille crainte de mourir, et Herman, duc de Thrace, les guidera, lui qui mourra plutôt que de faire une lâcheté. Âoi.
218. — Leduc Naismes et le comte Josseran ont composé la dnquième échelle de Normans ; et les Français disent qu'ils sont au nombre de vingt mille. Ils ont de bons chevaux, de belles armes, et ne reculeront pas devant la mort, car il n'y a pas de gens plus terribles qu'eux sur le champ de bataille. Le vieux Richard est à leur tête, et il frappera fort avec son épieu tranchant. Aoi.