Arriva ensuite la reine Bramimunde
« Je vous aime beaucoup, sire, dit-elle au comte; car vous prisez extrêmement mon maître et son monde, vous enverrez à votre femme ces deux
(nusches) (2) ornés d'or, de malice
et de jacunces (grenats). Elles
ont plus de prix que toutes les richesses de Rome.
(1) On ignore la signification précise de ce mot, qui désigne quelque chose de précieux comme des diamants ou autres objets de ce genre.
(2) NuschCy sans doute un bijou double, comme des pendants d'oreilles. MaUce, pierre précieuse.
LA GHANSOlf DE ROLAND. 33
Votre empereur n'en eut jamais de si bonnes. » Guenelon les prit et les mit dans ses bottes. Aoi.
50. — Le roi fait appeler Malduis, son trésorier : « Ce qu'on doit envoyer à Charles est-il préparé?» — « Oui, sire, dit l'autre, sept cents chameaux chargés d'or et d'argent, et vingt otages des plus nobles qui soient sous le ciel. » Âoi.
51 . — Marsile prend Guenelon par l'épaule, et lui dit : Vous êtes un haut seigneur, et vous êtes prudent. Par cette loi (chrétienne) que vous regardez comme la plus salutaire, gardez- vous bien de nous manquer de parole. Je vous donnerai une bonne portion de mes richesses , dix mules chargées de l'or le plus fin d'Arabie. Jamais un autre ne pourra vous faire un tel présent. Prenez les clefs de cette grande cité, offrez tout ce qu'elle vaut au roi Charles, puis faites en sorte que Roland commande l'arrière-garde, et je lui livrerai une bataille mortelle. » — «A moi comme à vous, il ne tardeque trop qu'il en soit ainsi, ^)répond Guenelon, puis il est monté à cheval et s'est mis en voyage.
52. — Cependant l'empereur effectuait son retour en France. Il était déjà à la cité de Gaine, que Roland avait forcée et prise, laquelle, depuis ce jour, est demeurée cent ans déserte. C'est là que le roi attend des nouvelles de Guenelon et le tribut d'Espagne, la grande terre. A l'aube du jour, le comte Guenelon y arriva. Aoi.