APPENDICITE A OXYURES
La présence des oxyures dans l’appendicite iléocæcal a été notée depuis longtemps. Ileller a même remarqué que c’est un point où on peut facilement rencontrer des mâles. En examinant le sexe des oxyures de l’appendice, cet auteur a noté dans un cas 36 mâles, dans un second cas 19 femelles et 19 mâles, dans un troisième cas, 9 femelles et 30 mâles, dans un dernier examen 27 femelles et 46 mâles.
J’ai constaté plusieurs fois la présence d’oxyures dans l’appendice et leur absence dans le cæcum du même individu ; cet organe est un lieu de prédilection pour les vers. A Paris, sur 800 appendices d'adultes prélevés à l’autopsie, j'ai rencontré 3,5 à 4 fois pour 100 de ces parasites ; dans des appendices d'enfants récoltés dans les mêmes conditions,
leur fréquence est beaucoup plus grande : 15 fois
pour 100 (exactement a fois sur 13 appendices examinés).
Le rôle des oxyures dans l’appendice a été signalé par Stiles, cité par R. Blanchard qui, déjà, en 1899, leur attribue une affection catarrhale avec épaississe. ment des parois par Moly (1901), par Behouin (1902); Oppe (1903), à Dresde, trouve 6 fois l’oxyure dans 60 cas d’appendicite opérés par lui. Hoephl (1904) constate ce parasite 24 fois sur 114 cas d’appendicite opérés (21 pour 100). Ménétrier (1909) en a observé un certain nombre de cas.
Dans des appendices opérés par Auguste Broca, j'ai trouvé avec ce chirurgien, 10 fois ce parasite sur 27 appendices opérés (37 pour 100). Egalement, dans le service d'A. Broca. G. Raillet (1) a trouvé 14 fois des oxyures dans 33 appendicites opérés (42 pour 100 (2).
Les oxyures qui vivent dans l'appendice semblent se nourrir fréquemment de sang, comme je l’ai constaté sur des coupes et plus difficilement à l'examen du Ver vivant.
L'appendice renfermant des oxyures ne présente quelquefois aucune trace de morsures ; d’autres fois ces morsures sont très nettes et s’accompagnent probablement, chez certains individus hémophiles, d’ec: chymoses pouvant atteindre plusieurs millimètres (3).
L'oxyure peut provoquer des appendicites par des procédés très différents. Par le mordillement de la
(1, 2et3) E Brumpt : Précis de Parasitologie. Masson et Cie, Editeurs, Paris, 1922, p. 556.
muqueuse il peut irriter les terminaisons nerveuses sympathiques de cet organe et occasionner un réflexe nerveux se traduisant par une douleur appendiculaire (R. Blanchard).
Nous avons vu que la présence d’oxyures à l'anus ou dans le rectum, produit une congestion de ces organes. Je crois que la même congestion peut se pro duire dans cerlains cas, en particulier à l’orifice toujours grêle de l’appendice ei constituer le vase clos dont l’influencesur l’exaltation de la virulence microbienne est bien connue.
Les oxyures peuvent pénétrer activement dans la paroi de l’appendice, comme l'ont démontré Galli- Valerio, Weinberg, Brumpt et Lecène, G. Raillet. On aperçoit souvent, dans les coupes d’appendice, des cavités entourées de noyaux ayant subi la désénérescence pycnotique. On peut considérer ces cavités comme dues au passage d'oxyures morts depuis ou plulôt émigrés ailleurs. Ce passage des vers dans la paroi est beaucoup plus fréquent qu’on ne le croit d'habitude ; malheureusement, leur recherche par la méthode des coupes est longue.
En pénétrant dans les parois ou en lésant la muqueuse pour en aspirer le sang ou pour se déplacer, les oxyures peuvent inoculer des germes microbiens. Ceux-ci provoquent une appendicite infectieuse dont l’oxyure n'a été que l'agent inoculateur banal et vis-à-vis desquels le traitement anthelminthique, si par hasard il agit, n’a plus qu’une action indirecte antiseptique.
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En résumé, nous pouvons affirmer que l’oxyure est le ver qui provoque le plus souvent l'appendicite et et que la lutte organisée systématiquement contre ces helminthes pourra réduire considérablement le nombre de cas de cette affection. Il ne faut pas exagérer et dire que le traitement médical peut, dans la majorité des cas, remplacer le traitement chirurgical ; si le premier doit-être employé systématiquement dans tous les cas d’appendicite, il faut toujours penser aux surprises soudaines que réserve cette maladie et recourir rapidement à l’opération si le traitement n’a pas été suivi d'une guérison immédiate.
Parallèlement, MM. Guilleminet, Morénas et Magnin, dans une communicalion publiée dans les Achives des Maladies de l’Appareil digeslif et des Maladies de la Nutrilion de décembre 1936, s'efforcent de préciser et avec succès, quel rôle joue l'ascaridiose dans l’invagination intestinale.
Ils font toutefois une réserve :
« Comme l'occlusion, écrivent-ils, l’invagination siège ‘la plupart du temps au niveau du grêle et, caraclère assez particulier dans l’ascaridiose, ce n'est que rarement une invagination iléo-cæcale.
Il est presque de règle, enfin, de trouver plusieurs invaginalions superposées à diverses hauteurs.
Les ascaris sont généralement peu nombreux à leur niveau. On en trouve parfois un seul, plus souvent un paquet de deux, ou trois, exceplionnellement
plus.
Ils agissent par l'irrilation qu'ils déterminent au
contact de la paroi, chez des sujets dont le péristaltisme intestinal est exagéré. »
Et nous voilà bien revenus devant ce mécanisme d’excitation intestinale qui, étudié par des spécialistes de la question de l’ascaridiose prend tout son poids, toute sa valeur.
Les auteurs d’ailleurs ajoutent :
« Certains auteurs préfèrent parfois ici au terme invagination le terme plus modeste d°’ « hÿperpéristaltisme segmentaire ».
Et nous partageons en cela totalement le point de vue de ces auteurs car, en effet, nous croyons que l’invagination n'est que la manifestation strictement localisée d’un hyperpéristaltisme segmentaire, d'origine exogène, si tant est qu'on puisse utiliser le terme d’exogène pour baptiser une parasitose essentiellement endogène.
Rappelons que la crise de colique vermineuse de Rogeas offre le caractère clinique de l’invagination cæcale.
Tout d’abord et essentiellement de violentes et soudaines douleurs abdominales qui durent de quelques heures à une journée et se reproduisent à intervalles plus ou moins lointains.
Ces douleurs ont pour caractère particulier de pouvoir être « nettement localisées ». On les trouve généralement au niveau de l’ombilic ou de la fosse iliaque droite. Elles s’accompagnent d'une élévation thermique très modérée. On note parfois à leur suite quelques troubles vaso-moteurs de la face.
MTS TR
Pour Raillet, ce syndrome de « coliques péri ombilicales ou fosse pelvienne droite, soudaines, fugaces, avec pâleur de la face » doivent orienter directement l'opinion vers l’ascaridiose. Il est difficile de partager totalement cette opinion car le même syndrome est fréquemment observé dans les invaginations par oxyurose.
Si à cette époque une éosinophilie sanguine est tentée, si un examen coprologique est pratiqué, un traitement médical bien conduit serait susceptible d’enrayer l’évolution du syndrome.
Il faut malheureusement se mettre en face des faits cliniques classiques ou pluôt des faits courants.
Devant ce syndrome on ne pense pas plus à la parasitose que devant la séméiologie un peu trouble de l’invagination intestinale.
Nous voulons simplement rappeler ces quelques faits pour montrer à quel point, dans les cas de parasitose comme dans les cas d’invagination, l'erreur, si elle n’est pas totalement de règle, est du moins d'usage, mais aussi qu’elle est totalement excusable.
Elle est non seulement excusable, mais généralement utile.
Un diagnostic erroné une fois porté (et c’est généralement l’appendicite qui l'emporte sur tous les autres diagnostics possibles) conditionne l’intervention. Celle-ci s’avère plus qu'utile : nécesssaire, car le plus souvent tentée un peu tard.
L'erreur du diagnostic en ce cas confirme la nécessité de la thérapeutique. Mais n'y a-t-il pas de possi-