‹ Rôle de la persistance du Thymus dans la Genèse de la Syncope ChloroformiqueChapitre 11 sur 21 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

“Hypothèses émises par les cliniciens pour expliquer les relations entre l’hypertrophie du thymus et la mort au cours de l’anesthésie

Les hypothèses émises pour expliquer les relations entre l’hypertrophie du thymus et la mort au cours de l’anesthésie générale sont nombreuses : « elles ne sont que l'application à un cas particulier des théories physiologiques émises à propos de certaines morts subites et mystérieuses observées parfois chez des sujets à gros thymus. »

On sait que cette mort subite chez l’enfant du premier âge et même chez l’adulte est loin d'être rare et à ce propos Brouardel écrivait dans son Traité de la mort subite : « ILest nécessaire de toujours examiner le thymus d’un enfant mort subite- “ment afin de ne pas laisser planer le soupçon d'un crime sur une personne innocente. » Herrich et Popp, qui ont étudié la mort subite chez l'enfant et à tous les âges, et dont les observations sont personnelles et prises avec un soin méticuleux ont trouvé sur 19 cas de mort subite chez des enfants au-dessous de un an, le thymus considérablement

hypertrophié un dizaine de fois. On trouvera quantité d'observations et de renseignements sur cette question dans deux thèses très documentées, soutenues à la Faculté de Paris : celle de Ducrot et celle de Targhetta.

Nous ne dirons que quelques mots de la théorie de Kopp, de Copenhague, émise en 1829. Ce savant soutint dans une réunion de naturalistes allemands, tenue à cette époque à Heidelberg, que la compression de la trachée et des gros vaisseaux par l'hyper-" trophie du thymus entraînait une dyspnée intermittente et une suflocation. Il appela cette maladie asthme thymique... « Pendant l’accès il survient souvent des convulsions et des évacuations involontaires, la mort peut se produire par asphyxie, apoplexie ou cessation de l’influx nerveux. Dans l'intervalle des accès les battements du cœur sont à peine perceptibles... » C'est, comme onle voit, la symptomatologie de l'affection appelée aujourd'hui spasme de la glotte.

Pour Kopp le thymus agit directement, par compression ou bien à distance en excitant le récurrent. Le mémoire de Kopp fit époque et après le sien parut toute une série de travaux, les uns niant l'influence néfaste de l’hypertrophie du thymus, les autres en grande majorité adoptant ses conclusions. Cependant en France il n’en est pas de même et après l’importante thèse de Hérard, en 1845, l'asthme thymique disparaissait des livres classiques. En r858 Friedleben porte le coup de grâce à la théorie de

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l'asthme de Kopp. Se basant sur ses recherches, il conclut que le thymus est incapable, par simple hypertrophie, d'exercer une pression efficace sur la trachée, les nerfs, ou les vaisseaux et que par conséquent l’athme thymique de Kopp doit être rayé de la pathologieinfantile. Et Hoffmann pourra écrire dans son Traité de Médecine légale, qui longtemps fit foi en Allemagne: « On parle beaucoup dans l’ancienne littérature de l’hvpertrophie du thymus comme cause d'asphyxie, mais malgré le nombre élevé de nouveaux-nés et de nourrissons que j'ai eu l’occasion d’autopsier, je ne l'ai jamais rencontrée. »

Il en est ainsi pendant plus de trente ans. Mais, en 1888, Grawitz publie deux observalions dans lesquelles il conclut nettement à la mort par hypertrophie du thymus. Le médecin légiste allemand ne fait pas revivre l'asthme thymique., il fait appel à un mécanisme purement physique : /a compression de la trachée. Y| base sa théorie sur des mensurations pratiquées sur de jeunes enfants, d’après lesquelles la distance qui sépare le manubrium du sternum, de la colonne vertébrale, ne mesure en moyenne que 2 centimètres : Grawitz désigne cel espace sous le nom d'espace critique ; or le thymus quand il est développé atteint et dépasse cet espace. Friedleben avait nié, nous l'avons vu, la possibilité de cette compression ; Scheele, en 1889, à la suite d'expériences cadavériques, prétend que pour aplatir la trachée de petits enfants il est besoin d'un poids non inférieur à 1.000 grammes. Dans un article récent et

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déjà cité, Robinson écrit : « Comment admettre une compression meurtrière de la part d’un organe mou, compressible sur d’autres organes pius résistants, cartilagineux comme la trachée, élastiques comme les artères, les nerfs, etc... cliniquement, la compression de la trachée, des vaisseaux, des nerfs se traduit par des symptômes caractéristiques très nets. C'est ce que nous trouvons dans les cas de tumeur du médiastin, à savoir : dypsnée, cyanose, œdème, tirage, aryihmie cardiaque et respiratoire. Or dans les cas de ces morts il s’agit d’un acte soudain, sans prologue et sans entr’acte. »

Grawitz avait appuyé son opinion de l'autorité d’Astley Cooper, de Virchow qui écrivait : &« Je possède dans ma collection le thymus d'un enfant ayant succombé à un accès d'asthme thymique. La glande est tellement hypertrophiée,que je ne comprends pas qu’on puisse nier la possibilité de la mort par compression de la trachée par le thymus hypertrophié. » D'autre part des observations de Flügge, de Marfan, de Lange, de Haus Cobn, etc. ciltent des cas très probants d’enfants morts brusquement en pleine santé, chez lesquels l’aplatissement de la trachée par un thymus hypertrophié fut la seule constatation capable d'expliquer la mort subite. « Quel est le mécanisme de ces accidents, écrit Lapointe ? S'agit-il d'un arrêt brusque du cœur, suite d’un réflexe à point de départ trachéal ? C’est fort possible, mais c'est un point de la physiologie pathologique que nous ne nous permettrons pas de discuter ici. »

Brouardel fait’remarquer que si à l’autopsie on ne

trouve pas de traces de la compression qu'a subi la trachée, cela tient à ce que la trachée des jeunes enfants est un organe mou et dépressible, sur lequel, du reste, la tumeur laissera d'autant moins son empreinte qu elle aura agi plus rapidement.

À cette théorie de la compression de Grawitz quelques auteurs ont ajouté des explications ou des modifications ingénieuses, qui peuvent trouver leur application dans le cas particulier de mort pendant l’anesthésie. C’est ainsi que Pott, frappé de ce que la mort subite des enfants se produit fréquemment pendant qu'on leur fait renverser la tête pour introduire une cuiller dans la bouche afin d'examiner la gorge, pense que le thymus déjà hypertrophié est susceptible à ce moment d'augmenter de volume par hyperémie subite et turgescenee de la glande et de comprimer efficacement à ce moment, non pas la trachée, comme Île disait Grawitz, mais les artères pulmonaires et l'oreillette droite, créant ainsi un obstacle à la circulation, ce qui amènerait la mort. Benecke, en publiant trois observations en 1894, ajoute que pour que le thymus puisse comprimer efficacement la trachée il faut que l’enfant renverse la tête en arrière, à la faveur de ce mouvement la trachée se trouve instantanément comprimée, aplatie par le thymus hypertrophié. Seydel prétend aussi que sous l'influence de la flexion brusque de la tête en arrière la circulation se trouve génée et le thy-

mus devient turgescent, mais il conclue que ce n’est

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