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malades succombant lors d’une anesthésie générale et les communications se succédèrent assez nombreuses. La première en date fut celle de Schnitzler, en 1894, dont nous avons déjà parlé à l'introduetion de cette thèse. Cet auteur rapportait à la Société de Médecine de Vienne l’observation d'une femme morte à la clinique du professeur Albert quinze minutes après l’extirpation sous chloroforme d’un goitre exophtalmique. L’autopsie avait révélé l'existence d'un thymus persistant et d'hypertrophies ganglionnaires. La même année, età propos de ce fait, R. Paltauf signalait dans une série de cas de mort par narcose la présence d’un thymus hypertrophié «et reprenant l'hypothèse de son frère A.Pallauf sur certains cas de mort subite chez les enfants (thymus-tod), affirmait le rapport étiologique entre la mort de l’opérée d'Albert et les constatations de l’autopsie. Quelques mois plus tard, un autre assistant d'Albert, Kundrat, reprenait et développait dans un important mémoire Îles remarques de R. Paltauf, et ajoutait au fait un peu spécial de Schnitzler (ils’agissait d’une femme atteinte de maladie de Basedow), neuf observations de morts par anesthésie chez des sujets à gros thymus. »
En Amérique, Ewing, en 1897, signala trois cas analogues, puis vinrent ceux de Blatke, en 1902, et de Blumer (1904). Citons les nouveaux cas, en Allemagne, de Schlæmicher (1896) de Laqueur (1902). dont nous avons déjà parlé, et Wanitscheck, en Autriche.
En Anzgleterre,les premiers faits signalés furent ceux de Wolff (1905)et de Rubra (1905), puis parut l'important mémoire de Mac Cardie, anesthésiste de l'hôpital de Birmingham, qui en rapporta 7 cas dont 3 personnels, et 1 de Stilis et M. Donald. A la même époque Hilliard, anesthésiste de l'hôpital de Londres, publie un fait analogue. Ces dernières observalions ctant peu connues en France et n'ayant d’aileurs pas été traduites en français nous les transcrivons à la fin de ce chapitre.
À notre connaissance, c’est donc une quarantaine de cas publiés, dans lesquels la mort survenue pendant l’anesthésie générale a été attribuée à l'hypertrophie thymique. Mais ces faits sont certainement beaucoup plus nombreux, car l'attention des chirurgiens n'a pas été toujours attirée sur ce point. C’est ainsi que Kolliska, d'après Halstead, prétend que depuis un certain nombre d'années, il fait environ six autopsies annuelles de gens morts de syncope cardiaque sous l'influence du chloroforme, chez lesquels aucune lésion n’a été constatée et présentant tous de lhypertrophie du thymus et cel état appelé depuis Paltauf « status lymphaticus ».
Mac Cardie écril que sur 22 cas de mort pendant la chloroformisation durant ces dernières années, il a noté 5 cas où l’on constatait cet état.
La chloroformisation a été employée la plupart du temps, mais les autres modes d’anesthésie ont aussi leurs accidents. Plusieurs des opérés qui succombèrent à l'hôpital de Vienne avaient été endormis au
mélange de Billroth (chlorof. 100, éther 30, alcool 30) ; — l'éther lui-même ne présente pas de garanties, comme le prouve un fait de Heussler, et d’autres encore. En Amérique, nous avons relaté sur 6 observations, 3 morts pendant l’anesthésie mixte au protoxyde d'azote et à l’éther, très en faveur dans ce pays. Dans un cas de Schælmicher, c’est le chlarure d'étyle qui avait été employé.
Sur 3o cas de mort nous avons relevé :
21 cas où le chloroforme avait été employé 6 — l’éther —
9 — mélange de Billroth —
3 — protoxyde d'azote ee
1 — . chlorure d'éthyle —
Nous cornaissons deux cas où la mort est survenue après une siraple anesthésie locale chez des personnes à gros thymus. Horoszkiewiez rapporte la mort d’une femme de trente ans à qui, pour l’opérer d’un petit kyste du cou, on avait injecté localement o gr.065 de tropo-cotaïne. Le deuxième cas est celui de Mettel : au cours d’une thyroïdectomie que Eiselsberg pratiqua à la cocaïne locale pour goitre exophtalmique, l’opérée cessa de respirer. Elle revint à elle, mais succomba quinze minutes après la fin de l'opération. L’autopsie révéla bien l'existence du « status lymphaticus » avec gros thymus.
À propos de ce dernier fait, remarquons la coïncidence assez fréquente de l’hypertrophie du thymus
et de la présence d’un goitre exophtalmique. Signalons outre le cas précédent et celui de Schnitzler dont nous avons déjà parlé, les cas de Tilman, de Siegel, de Kœænig, de Lejars, de Blatke. Or, on sait combien chez les basedowiens la chloroformisation est dangereuse, soil par suite des lésions de compression du pneumogastrique, soit par suite de syncope d'origine bulbaire. Evidemment chez ces malades il est difficile de savoir si c’est au thymus où à la glande thyroïde que doit être imputée la mort.
C’est avec, une fréquence à peu près égale dans les deux sexes que l’on a constaté cet accident mortel pendant l’anesthésie chez des malades à thymus persistant. Q Il s’agit surtout d'enfants jeunes. Les neuf cas de Kundrat s’échelonnent entre douze et vingtneuf ans. Mais on a vu succomber des malades plus jeunes ou plus âgés. Un cas d’Esmarch concerne un enfant de six mois ; celui de Wanitscheck une fille de trois ans tandis, que Bruntr et Blatke ont perdu deux opérés de cinquante et cinquante-cinq ans. »
Nous avons pu établir le tableau suivant portant sur 37 Cas :
3 jeunes sujets (six, huit, onze mois).
10 enfants de moins d'une dizaine d'années.
14 entre dix et vingt ans.
8 de trente à trente-cinq ans.
1 de cinquante ans.
1 de cinquante-cinq ans.
Il est curieux ‘de constater que l’anesthésie, au
cours de laquelle le malade a succombé, n'était pas toujours la première, exemple : un des cas de Kundrat : un enfant de quinze ans avait déjà subi six mois auparavant une chloroformisation normale ; de même l'enfant de douze ans dont Bayer a envoyé l'observation à la Société de Chirurgie ; même remarque pour la deuxième observation de Lapointe... etc.
Dans la plupart des cas la mort survient pendant l’anesthésie, c’est la règle, mais il y a des exceptions. La mort à la première inhalation doit être assez rare puisque nous n'en avons pas trouvé d'exemple ; mais elle se produit assez souvent lorsque toute inhalation a cessé ; «dans plusieurs cas l'opération était finie, le malade allait être reporté dans son lit ou l'était déjà, parfois même il était réveillé, quand les symptômes inquiétants commencèrent. » C’est un quart d'heure, dans le cas de Schnitzler, après la dernière prise de chloroforme que la respiration se ralentit et le cœur s'arrêta; dix minutes chez le jeune garçon de Bayer ; cinq minutes dans 'un cas rapporté par Mac Cardie, ce même auteur cite encore un cas où la mort est survenue trois Jours après l’anesthésie (?). « Cette syncope mortelle post-anesthésique, écrit Lapointe, n’est pas la moins curieuse des particularités propres au groupe de faits que nous étudions. »
Ce qui caractérise ces morts c'est que c'est toujours sous l’aspect («syncope cardiaque » que se déroulent les phénomènes : la respiration se ralentit
ou sé fait mal, le pouls devient #imperceptible, puis le cœur s'arrête et les pupilles se dilatent brusquement, tandis que le malade fait encore quelques respirations superficielles, jamais on ne constate les caractères de l’asphyxie primitive. La mort a été dans quelques cas précédée de secousses musculaires (Paltauf, Bayer) ressemblant, dit Bayer, à des secousses produites par le froïd, mais il ne faut pas, comme le voulait cet auteur, en faire presque un signe pathognomonique de l’hypertrophie du thymus.
:: Un dernier point intéressant à noter et que l’on retrouve dans plusieurs observations : la respiration artificielle continuée pendant un certain temps réussit quelquefois à ramener quelques respirations spontanées temporaires : dans la première observation de Lapointe « on a vu battre les ailes du nez, la face reprendre momentanément une coloration de bon augure », jusqu’à ce que disparaisse toute mani. festation de vie. « Ce singulier phénomène, stimulant, on le conçoit, l’ardeur du chirurgien » ; il en fut de même dans le cas cité par Mac Cardie et dans plu-
sieurs autres.