‹ Rôle de la persistance du Thymus dans la Genèse de la Syncope ChloroformiqueChapitre 7 sur 21 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

(Professeur Bayer (de Prague). Rapport de M. Picqué.)

Sur la présence d'un thymus volumineux chez un enfant

mort dix minutes après la chloroformisation

S... Wenceslas, âgé de dix-sept ans, entre pour la première fois le 12 décembre 1893, dans le service de Chirurgie de l’'Hôpitaldes Enfants de l'Empereur François-Joseph pour y être opéré d’une ostéite du frontal.

L'opération, pratiquée le 15 décembre, dura une heure cinq minutes, la quantité de chloroforme employé a été de

110 grammes et l'anesthésie se termina sans incident. L’en-

fant quitta l'hôpital le 23, mais l’ectropion s'étant reproduit, il fut admis de nouveau le 28 mars 1804. Le 7 mai, on se décida à lui faire une blépharoplastie.

La narcose s’accompagna cette fois de quelques troubles. Le malade fut pris de tremblements musculaires particuliers ressemblant aux frissons produits par le froid. M. Bayer crut devoir attirer l'attention de l’aide chargé du chloro-

forme, mais, éomme le pouls restait bon, il continua l'opération ; d’ailleurs, l'examen viscéral, pratiqué avant l'opération, n'avait décelé aucune lésion pathologique.

L'enfant s'endormit et l'opération fut pratiquée. M. Bayer terminait la section du lambeau, et la chloroformisation était interrompue depuis environ dix minutes, lorsque, tout à coup, l'enfant fut repris des mêmes tremblements qui se produisirent aussi dans les muscles du visage. La face devint très pâle, la respiration de plus en plus superficielle : le pouls, d’abord petit, finit par disparaître, les pupilles se dilatèrent rapidement. La mort survint par syncope cardiaque.

La respiration artificielle, la méthode de Kænig, destinée à rappeler les mouvements du cœur, la faradisation du nerf phrénique, tout échoua. La quantité de chloroforme utilsée avait été de 45 grammes. La nécropsie fut faite à l'institut pathologique du professeur Chiari par le Dr Weinschleins, premier assistant.

Du très long rapport qu'il a écrit, nous ne détachons que ceci :

« Les amygdales sont hypertrophiées comme les follicules Tymphatiques du pharynx. Ses deux poumons sont adhérents

par leur lobe inférieur. Dans le péricarde quelques gouttes

de sérosité transparente, Le ventricule gauche présente une légère dilatation : le muscle cardiaque, pâle, est d'une bonne consistance. »

Le thymus est particulièrement volumineux. À la partie supérieure de l'œsophage, on voit de nombreux follicules lÿmphatiques hyperplasiés dans la muqueuse. Les ganglions lymphatiques péribronchiques sont volumineux. Hyperplasie des follicules lymphatiques de la rate.

Le poids du thymus est de 55 grammes. Ses dimensions sont : longueur 9 centimètres, largeur 11 centimètres, épaisseur 15 centimètres.

En résumé, le diagnostic anotomo-pathologique est le suivant : hyperplasie du thymus et des follicules Iymphatiques du pharynx, de l'œsophage et de la rate, hypertrophie du

ventricule gauche du cœur.

OBSERVATION II (Lapointe)

Mne X..., âgée de dix-huit ans, a été prise dans le courant de janvier 1906 d'une crise d'appendicite aiguë, que le médecin traitant fit refroidir avec succès. Cette jeune fille avait eu déjà quelques poussées moins fortes dans ces deux dernières années.

La crise actuelle terminée, M. Peyrot conseilla l’extirpation de l’appendice qui fut acceptée. La malade entra dans une maison de santé, très résignée à l'opération qu'elle allait subir, et sans qu'aucun indice pût faire prévoir le danger de l'anesthésie générale, ni reconnaître la moindre contre-indication. On avait été frappé pourtant par la colora-

! tion du teint et un léger degré d’adiposité, comme chez cer-

Audebert 2

taines chlorotiques. La chloroformisation fut confiée, comme à l'ordinaire, au chloroformiste très expérimenté de M. Peyrot, et commencée, suivant l'habitude, dans la chambre de la malade. Il fut noté, au début de l’anesthésie, que le calme des jours précédents avait fait place à une certaine inquiétude : avant et pendant les premières inspirations chloroformiques, la jeune malade, fort émue, répéta à plusieurs reprises qu'elle avait peur de mourir. Néanmoins, la résolution musculaire survint sans incident et on descendit la malade à la salle d'opération. Pendant qu'on préparait la région opératoire, on s'aperçut soudain que la respiration se ralentissait, et que la face, très colorée à l’état normal, pâlissait. En même temps, le pouls devenait imperceptible et la pupille se dilatait. La dose de chloroforme absorbée jusqu'à ce moment peut être évaluée à 15 grammes environ. Aussitôt, on enleva la compresse, et, au moment même où la respiration s’arrêtait, on pratiqua la respiration artificielle et les tractions rythmées de la langue. On vit alors, après un court instant, quelques inspirations spontanées se produire et la pupille se rétrécir, tandis que les ailes du nez présentaient quelques battements. Il sembla que la vie allait revenir, et on continua avec ardeur les manœuvres ordinaires, auxquelles on ajouta la révulsion précordiale et une injection intraveineuse de sérum artificiel. Malgré tous ces eflorts, la respiration cessa, la pupille se dilata de nouveau, et il fallut renoncer à tout espoir de ranimer la malade. L'autopsie médico-légale, pratiquée par M. le D: Balthazard, permit de relever, outre les lésions très marquées du côté de l'appendice et de la fosse iliaque, sur lesquelles nous n'in-

sisterons pas, les constatations suivantes : Le foie est de

volume normal, la rate n’est pas grosse et les reins ne présentent pas d'altération macroscopique. Par contre, les capsules surrénales, surtout la gauche, sont un peu plus volumineuses qu à l'état normal. L'utérus est très petit. Rien de particulier du côté des ovaires. Le cœur a un volume inférieur à lanormale, étant donné le développement des membres et du tronc. L'’aorte présente un calibre très réduit et son diamètre n'excède pas 12 à 13 millimètres ; il existe un certain degré de sclérose sous-endocardique dans la région sous-aortique et au niveau de l'insertion des valvules sigmoïdes, sans qu'on puisse parler d’un véritable rétrécissement sous-aortique. Pas d’autres lésions valvulaires ; les coronaires sont perméables. Il existe un thymus qui s'étaleau-devant de la trachée ; son épaisseur est d'environ 4 à 5 millimètres, sa hauteur 6 à 7 centimètres, sa largeur 4 à 5 centimètres ; on peut évaluer son poids à 15 ou 20 grammes. Les deux lobes du corps thyroïde sont volumineux, de consistance indurée. Les carotides ont un diamètre qui ne dépasse pas 4 millimètres. Pas de lésions méningées ; le cerveau, le bulbe ont une consistance ferme, ils ne présentent pas de

lésions macroscopiques et ne sont pas congestionnés.

OBSERVATION III (Lapointe)

La nommée L... O..., trente et un ans, est entrée à l'hôpital Tenon le 20 juillet 1906 pour un abcès froid de la région costale droite. Je passe sur les caractères cliniques de cette lésion que la malade attribue à un coup. De fait, la santé

générale paraît florissante, le teint est coloré ; il y a même

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