‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 177 sur 319 · Tmilé, t. II, p · texte numérisé non relu

Tmilé, t. II, p

vu

CRITIQUE DE GlIJERT

Règles et méthodes de Rollin attaquées par Gibert. — Importance de ce dernier dans l'Université. — Ses mauvais procédés à Tégard de Rollin.

— Sa critique amère de la rhétorique de Rollin. — Reproches qu'il lui adresse de l)annir les préceptes, de mettre les passions avant les preuves, de se conformer au goût et à la portée des auditeurs, de ne point faire cas du style tempéré, de se régler d'après les Dialor/nes sur Véloqufince de Fénelon, qu'il prétend apocryphes. — Réfutation courtoise de Rollin. — Approbation donnée par la Faculté des arts à sa méthode.

— Deu.xième factum de Gibert, encore plus violent que le premier. — Dédain de Rollin pour toute réponse.

La rliétorùiue, telle (jue nous venons de l'étudier et de l'apprécier dans le chapitre que lui consacre Rollin, était vraiment une rliétori([ue nouvelle, rejetant ce qu'avaient d'ariile et d'inutile les rhétori([ues en usage à cette époque et faisant consister l'apprentissage de la composition et de l'éloquence beaucoup plus dans la lecture et l'iniilation des bons autetn-s (pi(^ dans la Irrluih/ur (iraloire, comme l'on disait au wu'' sièi'lc. C'était un grand progrès et nnc réforme (luc priTonisaiciil l'Oratoire, Fleury, iJossuel. Kém'Ion, mais ([ue n'ai>[u-ouvaienl pas les vieux univcrsilaires cnliclu's de leur sèche l'I traditionnelle nu'lliodc. A leur tète était llalllia/.ar C.ibirl ', itersonnagc

I. Ce Giliinl, n(' ii Ai\ in Kiic'. niouiiit cm 17 U. rannéo même de lu mort de Rollin, dont il fut le l'oll.gui- a llcinvais coinine professeur de pliilosophio. Il professa ensuite la Rln-loriqui' au collèg.- M;i/arin i.endani plus de cituiuanle ans. Il fut cinq fois Rccleur. Il était rent>nnne pour son éruilition eu matière de rhéloricpie. Janséniste ardent comme Rollin, il n'en fut pas moins violent .laus ses attaques contre Tauleur du ïniittdes l'Uudcs, ii propos de l;i rhétorique.

282 TUAITK DES KTUDES

importaiil (|ue l'Université avait cincj fois nommé recteur et qui, pendant plus de cinquante ans, avait professé la rhétorifjue an collèg-e Mazorin. Il en avait fait l'unique objet de ses travaux ; il en avait observé et respecté toutes les règ'les; y toucher ('tait à ses yeux une monstruosité, et l'on conçoit son indignation quand il prit connaissance des innovations introduites par Rollin. Elles lui parurent tellement funestes que, dès la pulilication du Trrnlr ch-s JiJfudes en 172."), il s'empressa de les attaquer en un gros volume de 47{j pages avec une violence à laquelle le bon Kecteur était loin de s'attendre. Gibert était en effet un collègue dont il se plaisait à reconnaître le mérite; il était de plus fervent Jansénite, et avant de faire paraître son ouvrage, Rollin lui avait communiqué son chapitre sur la rhétorique avec prière de lui transmettre ses observations qui seraient, lui disait-il, religieusement suivies. Gibert répondit par une critique amère à des procédés si honnêtes; cette indignité n'a d'autre raison qu'une jalousie d'auteur.

Gibert, au temps où paraissait le Traité des Etudes, composait de son côté une rhétorique à laquelle celle de Rollin faisait une redoutable concurrence. Son plan était tout autre que celui du bon Recteur. Les préceptes y régnaient en maîtres et la technique oratoire y était développée avec une sécheresse de style à décourager les jeunes gens les plus studieux. Elle prétendait les former à l'éloquence par des procédés analogues à ceux qu'on emploie dans l'enseignement des mathématiques.

La rhétorique de Rollin était toute différente. Les préceptes y étaient en petit nombre et les exemples abondaient. Gibert en était exaspéré. « Pensez-vous, dit-il, que ce soit là quelque chose de bien merveilleux et fort utile? Tous ces exemples ne forment pas un corps de doctrine et il n'y a que le commun des hommes qui puisse en être charmé ' . »

« Il ne m'a point paru, répondit Rollin, que le public pensât comme vous et vous ne trouverez pas mauvais que dans mon traité sur l'histoire je suive encore le même plan ^, »

(( Et puis, s'écrie Gibert, quel désordre dans la conduite de ce livre! L'amplification d'après toutes les règles doit venir

Page 1