POÉSIE GRECQUE
Admiration de Uolliii pdur lus poètes grecs. — Homère a sa préférence parce qu'il y retrouve les grandes scènes de la Bible, les principes de l'Évangile, et les notions de la vraie religion, dénaturée il est vrai, mais cependant en germe dans le paganisme.
La poésie grecque n'avait pas pour Rollin moins de charme que la poésie latine. Nous savons qu'il faisait ses délices des historiens, des poètes grecs, et principalement d'Homère, qu'il lisait à livre ouvert dans ses promenades avec l'abbé d'Asfeld.
Sa préférence pour Homère venait de ce qu'il retrouvait dans Vlliade et VOdyssée les scènes grandioses de l'Ancien Testament, les mêmes idées morales altérées, sans doute par la dégénérescence de la race humaine, mais dont le fond s'était conservé par la tradition à travers les âges, et Homère par son génie le faisait revivre plus brillant que jamais.
Toute profane qu'était la religion grecque et quelque indigne de respect qu'elle fût pour des hommes sensés en raison des désordres des Dieux, elle n'admettait pas moins les grands principes de l'Évangile, l'existence d'un Dieu unique, supérieur à tous les autres, Zeus, Jupiter, maître de l'Univers, tout puissant, gouvernant le monde par le seul effet de sa volonté. Dans Homère comme dans l'Ancien Testament tout vient de Dieu, talent, succès, richesses.
La description des Champs Elysées et du Tartare prouve la croyance à l'immortalité de l'âme, à la sanction morale, au jugement de nos actions après la vie, à la récompense du bien et à l'expiation du mal.
La notion des anges déchus s'est perpétuée dans la fable d'Até, fdle de Jupiter, démon de discorde et de malédiction que son père précipite du haut du ciel avec serment qu'elle n'y rentrera jamais.
Piusf{ii(' tout vient des Dieux, c'est donc a eux qu'il faut s'adresser pour obtenir ce qu'on demande. Et à ce propos, est il rien de plus touchant que ce tableau des Prières, fdles aussi de Jupiter, non les plus belles et les plus fières, car elles sont boiteuses, tremblantes, ridées, le visage baigné de larmes? Elles marchent péniblement à la suite d'Até qui sème la terreur et se livre à toutes les violences, néanmoins leur père les écoute avec bonté ; il cède à leurs instances et leur accorde le pardon des coupables repentants, la réparation des injustices et des manx dont Até est la cause.
J)ans son admiration pour Homère, RoUin considère ses œuvres comme la Bible du monde païen où la vérité perce à travers les erreurs de la barbarie. Ainsi interprétée, la lecture de V Iliade et de VOdyssée devient, en dehors de la perfection de la forme, une leçon continuelle de morale et une preuve que les principes éternels de la vraie religion sont renfermés, quoique dénaturés, dans le paganisme. On conçoit que, dans ces condi tions, les plus fervents chrétiens, loin d'interdire la lecture d'Homère, l'aient au contraire conseillée.
Kollin demande fpi'oii en extraie les plus beaux morceaux (( (lui auront pour eiïet, dit il, de former le goût des jeunes gens, de fortifier lenr jugement et d'augmenter en eux la piété par la comparaison des vertus du ciu'istianisme avec les vices inlit'rents aux sociétés que n'éclain* pas la lumière de l'Évangile. ))
Homère est le seul auteur dont Kollin conseille la hn-ture en fait de poésie grecque, non point (|u"il dédaigne les autres poètes dont il apprécie les beautés et dont il parle en d'autres endroits do son 7'niilr dm l'Jliidcs, mais aucun ue lui pai-aît olîrii- pour l.i leilure autant d'utilité (|ue le chantre de V lintd>'
et de VOdi/s^rc.
2r94 . TRAITÉ DES ETUDES