‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 19 sur 319 · O/JUsrulrs, t. I. p · texte numérisé non relu

O/JUsrulrs, t. I. p

2. Le collège de Presles, rontigii au collège île jteauvais, était ^ilue rue Saint-Jean-ilc Heauvais cl rue des (larmes. Il avait »le fundc vi\ i'M'.i pnr Haoul d(! Presles, clerc et secnUaire du roi.

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collèges facilitail oiicoro le désordre. Le portier de la rue de Beauvais exerçait bien une surveillance active, mais on lui échappait en se glissant par la porte de la rue des Carmes, dont le gardien, indépendant du collège de Beauvais, cédait facilement aux gratifications que lui donnaient les mécontents et les indisciplinés. Le seul moyen de remédier h ce désordre était de séparer les deux collèges par uw mur qui ne livrât plus passage d'une maison à l'aulrc. Cette construction entraînait à des dépenses considérajjles; Rollin était pauvre, et l'amélioration projetée n'aurait pu se réaliser, si Hersan, son vieux maître au Plcssis, n'était venu à son secours par affection pour lui. 11 lui donna, quoique étranger au collège de Beauvais, 6 000 livres, grâce auxquelles le mur de séparation se fit, et le collège ainsi isolé reprit son ancien nom de Dormans-Beauvais. Presles accepta de bonne grâce cette séparation; il conserva ses boursiers, reçut même en échange de ces concessions certaine redevance, et n'eut plus de classes et de régents à entretenir, l'exercice complet se faisant à Beauvais.

Une fois maître de la situation, Rollin mit en pratique les conseils qu'il donne dans son Traité des Etudes sur le gouvernement des collèges et les devoirs des Principaux, des régents et des écoliers.

D'une physionomie noble et douce, Rollin se conciliait dès le premier abord le respect et la sympathie de tous ceux qui l'approchaient. Nous en avons le témoignage dans la relation d'un voyage que fit à Paris, en 1723, un certain Jordan, établi à Berlin. Il vit Rollin à son passage et nous en trace le portrait suivant : « Je rendis, dit-il, visite à l'illustre M. Rollin, auteur dont tout le monde estime les ouvrages. C'est un petit liomme, âgé de soixante-treize ans, qui ne s'exprime pas aussi noblement qu'il écrit. Son caractère de probité frappe à première vue et l'on conçoit à peine autant de modestie dans un homme que l'on a tant loué, et qu'on loue encore tous les jours à si juste titre ^ . »

Jordan s'attendait sans doute à trouver en Rollin un homme dont la taille répondît au mérite. Il se l'imaginait probablement

1. Jourdain, Histoire de l'Université. — « Sa modestie était si gi'ande, dit Crévier, qu'elle allait jusqu'à l'humilité; il était grand admirateur de tous ceux qui se distinguent par leurs vertus ou par leurs écrits. »

SON PRINCIPAL AT il

éloquent dans sa conversation, faisant étalage de son savoir; et sa désillusion fut grande en ne trouvant qu'un vieillard de petite allure. C'est le seul renseignement que nous ayons à cet égard, mais il est facile de présumer que Rollin était modeste au suprême degré, ne cherchant pas à éblouir par sa faconde, mais frappant les regards par son air de bonté et de probité, vir prohus.

11 se rabaissait dès qu'il s'agissait de lui. La fortune et les honneurs n'avaient pour lui aucun prestige; les services qu'il avait rendus, ses relations avec les ministres, avec les plus grands seigneurs, les Princes, le Roi même, auraient pu lui faire obtenir des privilèges et des faveurs que tant d'autres ambitionnent; il les refusa constamment.

Quand il fut contraint, ainsi que nous le verrons par la suite, de quitter le collège de Beauvais, M. de Mesmes, président du Parlement, lui proposa des dédommagements, et il vit à cet effet l'évoque de Meaux, dont le crédit était alors tout-puissant à la Cour. Une pension devait lui être allouée; Rollin la refusa. (( Je n'ai rendu, dit-il, aucun service à l'Église; je n'ai droit à aucun bénéfice. — Mais vous êtes pauvre! répondit M. de Mesmes. — Monseigneur, dit Rollin, je suis plus riche que le Roi '.))!! l'était réellement, en sachant borner ses désirs et ses dépenses, tandis que Louis XIV, par son ambition et ses prodigalités, avait épuisé le trésor royal.

Les nombreux pensionnaires qui accouraient au collège de Beauvais, pendant son Principalat, l'auraient certainement enrichi s'il s'en était préoccupé. Ses ouvrages, très appréciés et très répandus, auraient encore été la source de bénéfices importants s'il y avait consenti. Mais il négligea tous les moyens d'augmenter sa modeste fortune, qui ne montait guère à plus de 1 ;>0() livres (V^ rente perpéluelle. en y comitrcnanl l'héritage de son frère. Ses autres revenus consistaient dans la médiocre pension de doyen des professeurs royaux et de professeur émérite de l'IIniversilc'.

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