‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 20 sur 319 · Opuscules, l I · texte numérisé non relu

Opuscules, l I

42 VIE DE IlOLLIN

quarante-trois ans à son service et fiu'il traitait plutôt en ami qu'en serviteur. Il rarlmettoit à sa table, et l'avait établi dispensateur de ses libéralités. Elles étaient nombreuses, et même importantes eu égard au peu (|u'il possédait. Crévier nous rapporte qu'il y consacrait plus de cent francs par mois, et quand les circonstances le demandaient, comme en 1740 où la disette était grande, il écrivait à Dupont : a Mon cher ami, doublez, triplez, s'il le faut, ce que j'ai coutume de donner; ne craignez pas de m'appauvrir en donnant trop; c'est placer mon argent à gros intérêts '. »

Les enfants pauvres trouvaient en lui un généreux protecteur; plusieurs lui durent le bienfait d'une éducation complète, et de ce nombre fut Crévier, qui lui témoigna toujours la plus vive reconnaissance. « Je me fais gloire, dit-il dans une des notes des Opuscules, d'avoir été du nombre de ces pauvres écoliers qui ont éprouvé sa libéralité. Je crois devoir ajouter qu'il avait sur nos études et sur notre conduite les mêmes attentions et la même vigilance que sur celles des jDensionnaires. Lorsque j'étais en Seconde, il m'associa aux instructions particulières qu'un de mes condisciples, neveu de l'illustre M. de Valincourt, recevait de son précepteur, par rapport au grec, et ce précepteur s'étant retiré avant la fin de l'année scolastique [sic], M. Rollin prit sur lui d'achever le travail imparfait. 11 nous faisait venir, M. d'Héricourt et moi, dans son cabinet, tous les matins à six heures, et termina ainsi avec nous l'explication de Y Iliade d'Homère. Le but de cette lecture était un exercice public sur Y Iliade, et M. Rollin me le fit soutenir. On conçoit bien qu'il en fit tous les frais. Il m'a procuré des secours pareils en Rhétorique et durant le cours de Philosophie. Il voulut même qu'à la fin de mon cours je répondisse sur toute la philosophie dans un acle public, où, suivant l'usage d'alors, je fus reçu maître es arts. Il n'est pas besoin que j'ajoute que ce fut lui encore qui fournit la dépense de l'acte et de la maîtrise au mois d'octobre 1704. Comme, après avoir fini mon cours de philosophie, j'étais encore trop jeune pour être chargé de conduire les autres, il me continua les mêmes secours pendant près de deux ans, et ce n'est que depuis sa sortie du collège de Beauvais

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