RÈGLEMENT DU COLLÈGE DE BEAUVAIS
Pour doiuiiT une coiuiaissauci! luinplL'le ilc la discipline, des éludes et du gouvernement intérieur des anciens collèges de l'ancienne,' Université, qui servaient en même temps de séminaire pour \r. recrutement du Clergé, nous reproduisons d'après le P. Cliapotin, |). 2<);}-27I, le règlement relatif au collège de Heauvais, que Ion peut regarder comme un modèle suivi dans les autres collèges.
« Nos Seigneurs les premier Président, et Conseillers, Directeurs cl Uéfoiinateuis du collège de Dorinans dit de heauvais : ayant il y a (iu('l(|ues années ordonné (|ue les vingt-cinq petits lUnirsiers y l()n<l(''S deiiieureroient Ions ensemble, et vivroient en commun, et qu'à cet elTet seroit construit un corps de logis sur le jardin séparé des Pensionnaiies pr(qires pour ériger un séminaire : c'est ce qui .1 été exéculé. i;i \r séminaire érigé, les Principal, Soubs-Maistre et Procur(!ur ont de ïnw part fait ce i[ui leur a été possible pour y l'aii'e reluire la piéti', l't tenir les dits lUnirsiers ilans une bonne discipline; mais dans lu crainte que cette premièit> ferveur ne vint à s<î ralentir, et ([ue par succession d»^ lenqts la iliscipline ne vint aussi à s'y relascbei-. b-s dits Princi|)al, Soubs-Maistre et Procureur oui dressé par le commandement cx|»rès des ilits Seigneurs DirecteiHs les articles cpii suivent tirés en substance ties fondations, des Uèglemens et bonnes nnniis dudit Collège poiir être gurilez tant par b's ilils Primiiial, Soub>Maistre et IMocuieiir, ipii- par b-s dits boursiers.
Pour la piété.
« I. Le Soubs-Maistre tiendra la main à ce que tous les dits IJouisiers se lèvent chacun jour à cinq heures du matin, et qu'ils descendent au quart, en la salle commune pour assister à la prière qui se commence audit quart, laquelle finie, se retireront tous en leurs Chambres ou Études particulières sans qu'ils puissent rester en la dite salle, ny divaguer de part ny d'autre, et sera fait billet par le Boursier Semainier, contenant le nom des absens qui sera baillé audit Soubs-Maistre pour en connoistre et en faire correction, et se trouvera ledit Soubs-Maistre à la dite prière le plus souvent qu'il luy sera possible.
<' II. Les dits Boursiers assisteront tous chacun jour à la Messe ordinaire : à la grande Messe, et aux Vespres des Festes et Dimanches : aux premières Vespres des dits jours : à l'office des Morts qui se chante chacun Dimanclie à l'issue des Vespres, et au Salut du soir chacun jour : et sera fait par le Semainier billet contenant le nom des absens, qui sera baillé à celui des Principal, Soubs-Maistre et Procureur qui sera présent.
« III. Les Théologiens seront tenus d'observer les absens à leur tour et d'en faire le billet. De cette fonction seront seulement exempts le Doyen, les Maistres es Arts, et ceux qui seront constitués dans les ordres sacrés, comme aussi d'estre escrit par le Nomenclateur sur le dit billet des absens, estant laissé au soin particulier desdits Principal, Soubs-Maistre et Procureur de veiller à leur conduite et déportemens, de leur demander raison de leurs absences et de la mulcter de partie de leurs gages ou autrement pour leurs absences, à moins qu'ils n'eussent excuse légitime ou demandé congé au Soubs-Maistre. Et à l'esgard du chant de la chappelle, les Maistres es Arts descendront à l'Aigle au temps que l'on y chantera les Traits, Proses, Antiennes et Respons pour aider à soustenir le chant, et au surplus psalmodieront comme les autres Boursiers.
<( IV. Tous les dits Boursiers seront tenus de se confesser tous les jours des Festes annuelles et les premiers Dimanches des mois, et d'en donner billet au Confesseur, sous peine arbitraire du Principal. Et pour cet effet sera employé des Ecclésiastiques séculiers scavans et zelez pour faire les Exhortations et entendre les Confessions, tirez tant du dedans que du dehors du collège.
Conduite pour boire et manger.
<c V. Tous les dits Boursiers se trouveront a mesme heure au dîner et au souper : sçavoir à onze heures du matin pour le dîner et à six heures du soir pour le souper : et sera fait billet des absens à la manière que dessus. Et la lecture qui se fait de la vie des Saints pendant les dits repas sera continuée par le Boursier Semainier
I/on pourra aussi quelquefois faire la dite leclun- du Manuel de (irenade ou autres ÔKuvres spirituels, et aucun des dits Boursiers, mesme Maistres es Arts, ou constituez aux Ordres sacrez, à Texception du Doyen, ne sera dispensé de faire la dite lecture à son tour. El alin den irarder le silence et le respect, le Soubs-Maistre y sera présent : et dînera et soupera avec lesd. Boursiers autant qu il pourra à moins d'indisposition, ou (\u"\[ lui survint affaires.
<( Yl. Et pour tirer aussi plus de fruit de la lecture, celui qui aura lu pendant la semaine si il est Théologien, Philosophe, ou Hlietoricien, fera un Discours le Dimanche suivant à Tissue des Vespres dans la Salle de la Communauté en présence des autres Boursiers contenant en substance les choses les plus remarquables tle <-haque lecture faite pendant la semaine, lesdils Princi|ial, Soubs-Maistre et Procureur présens ou l'un d'eux.
« Vil. Aucun des dits Boursiers ne pourra prendre ses repas dans sa Chambre ou Estude particulière s'il n'y a nécessité de maladie comme chose nommément dedendue par la fondation. Et ne pourront coucher personne à leur Chambre avec eux pour quelque cause que ce soit, ne donner entrée à leur dite Chambre à leurs Compagnons, ni à personnes étrangères pendant le joui' ou la niiil si ce n'est avec jiermission.
<' VIII. Pourvoiront à leurs nécessitez de pain, vin et autres choses dont ils ont besoin pendant le repas, et pour lesquels ils envoyent les serviteurs en Ville, de manière que toutes les dites nécessités soient apportées et préparées à onze heures pour le dnier et à six heures pour le souper, sans (|u'il S(jit loisible à aucun des dits boursiers d'f'Mvnyer les dits serviteurs en Ville pendant les dils rt'pas, daut.iiil que ces soins pris à contre temps troublent la biiiire. et iiili'iToHipent l'attention de ceux qui l'entendent.
'< IX. Ne pourront envoyer le matin les serviteurs en Ville pour quérir vin, pâtisserie ou autres choses pour déjeuner, d'autant que les matinées qui sont propres et particulièrement destinées à l'étude se perdent souvent s<ius ces prétextes, sans aucun fruil.
Retraite.
'< X. Les Boursiers se retireront tous en leurs (^.hambres le matin au sortir de la .Messe : ;'i midi, à l'issue des (ii;\ces : et le soir après le souper; seavoii les Humanistes à sept lieiin's, Philosiqdies et fiiéolotîiens à sept heures et un (|uart. Deseendionl à neuf heures dans la Salle poui- faii'e la prière dans l;i([uelle le mesnie ordre sera L'arilé i|u'eii la prière du malin. Et seront tous couchés à neuf lieuirs e| demie, sans (|n'.iui un puisse courir par le ('.ollèi^e, ni aller aux Clunubres cU-s Pensionnaires ou Camérisles sans conaé, à peine de roirection, <'t sera ineessaminent avisé au moyen de l'aile nio' p(M'te au bas de l'entrée de l'escalier commun fermante à I lef, qui sera porté(! à l'issue des Prières, chacun soir, au Soubs-
Maislre par le Semainier, et ouverte le matin à l'issue des Prières.
« XI. Les dits Boursiers, Grammairiens et Philosophes ne pourront sortir hors le Collège sans le congé exprès du Souhs-Maislre, et en son absence du Principal ou du Procureur, ainsi qu'il se pratique par la bonne intelligence que gardent entre eux lesd. Principal, Soubs-Maistre et Procureur.
« XII. Le Semainier Boursier qui va à la Boucherie et au Marché avec le serviteur ne pourra sortir qu'avec le dit serviteur et aux heures ordinaires pour acheter les nécessitez hors lequel cas ne lui sera permis de sortir sans congé. Et sera tenu d'aller en classe et d'assister au Service Divin comme les autres Boursiers, et les Théologiens et Maistres es Arts seront Semainiers à leur ordre.
« XIII. Le Doyen des dits Boursiers sera exempt d'estre Semainier à cause de la charge qu'il a de veiller aux déporlements des autres, de prendre soin de les faire retirer aux heures, et d'avertir ledit Soubs-Maistre des choses qui tombent sous sa connaissance, et afin que le dit Doyen ne soit point méprisé en faisant les fondions cy-dessus, les Principal, Sous-Maistre et Procureur ou l'un d'eux qui en sera averti, en fera punition exemplaire, et en l'absence dudit Doyen le plus ancien selon l'ordre de réception prendra sa place.
Pour l'extérieur.
<( XIV. Et à cause que le fondateur recommande sur toutes choses, Quod unusquisqué de dido CoUegio vivat in bona simplicitate et humilitate mentis et corporis tain intux quam extra etc., etc., Et quod omnes Bursarii induti Tunica et Capucio de Panno azurino bruno, et simpjlicis coloris incedant cum tali habitu, soit au dedans, soit au dehors dudit Collège, humiliter bini ac boni habcntes tonsuras rasas, ita quod notarié iippareat quod ipsi sint Clerici tonsurati et in fratcrnilate ejusdcm Collegii numcrati. Il est aisé à voir que cet illustre et pieux fondateur destine les dits boursiers à l'Estat Ecclésiastique. Et partant il ne sera aucunement souffert que les dits Boursiers portent des habits de couleur apparente, ni des rubans rouges ou autres de couleur sur leurs habits, ni sur leur chapeau. Ne sera non plus souffert qu'ils aient des pourpoints ouverts et des manches de chemise bouffantes, ni de grands collets, ains porteront des habits noirs, ou de couleur brune, et le pourpoint à manches fermées et de longueur jusques au poignet. Auront les cheveux cours, et se comporteront dans le reste de leurs actions avec une telle humilité et modestie que l'on reconnaisse qu'ils sont de la fondation et Séminaire dudit Collège. Et quand ils converseront ensemble aux heures permises, sera avec civilité, et en se gardant un mutuel respect les uns aux autres.
Pour les estudes.
« XV'. Les boursiers Humanistes auront fait leur Iht-me, ou compositiun de Classe, les jours de Icrons à huit heures du soir, et les jours de congé ou dt; iJiinanciies et Festes à pareille heure; auquel temps le Soubs-.Maistre se trouvera en la Salle commune et les fera ap[ieller par Classe pour voir et corriger lesdits thèmes et compositions, et en cas d'absence, afiaires ou indisposition dudit Soubs- Maistre, le Principal ou Procureur se trouvera en la dite salle aux mêmes fins, attendu qu'il n'y a point de moyen plus puissant pour déterminer ou contraindre les dits Humanistes à se retirer de bonne heure après le repas que la nécessité de représenter et de corriger les dites compositions à une heure réglée et certaine ni de voie plus propre pour exciter en eux une louable émulation.
« XVI. Rendront pareillement rom|ite de leurs textes et les diront ]i.ir cœur audit Soubs-.Maistn; chacun jour du leçon le matin à sept lii-ures et demie, et les après-diné à la demie avant l'entrée des classes, et la punition de celuy qui aura esté négligent à faire son devoir dépendra de la discrétion et prudence du dit Soubs-.Maistre. A l'égard des Philosophes et Théologiens, ils rendront tous compte de leurs écrits et études au dit Soubs-.Maistre, à telles heures et autant de fois qu'ils en seront i)ar luy requis.
" XVII. Et afin de pouvoir certifier Nos Seigneurs les Directeurs de la capacité et des mœurs des dits Boursiers, au désir des Arresls et Heglemens, sera l'ail chacune année trois examens de la capacité desdits Boursiers, l.iiil l'Iiilosophes que Grammairiens, par les Principal, Soubs-.Maistre et l'rocureur dans la salle des dits Boursiers; sçavoir le premier examen, la seconde et troisième feste de Noël; le second, la seconde et troisième feste de Pasques; et le troisième, les premiers samedi et Dimanche du mois d'Aousl, depuis trois iieiires après midi iiis(|ues à six, et sera di'essé et signé un cahier (Iniibb; par les dits l'iiiiinpal, Souhs-.MaisIre et Procureur, conlen.int les noms des dits iJoursiers, avec déclaration de leur capacité el de leur conduite, qui sera porté ausdits Seigneurs Directeurs, ou à l'un d'Eux, poui- jirendre leur ordonnance de faire pourvoir «les eiilans capahles, (liliirens et de lionnes moMirs, en la place de ceux qui ir.iiiiniil |iiuli|i'' (je leur Itniirse ou (pii auront esté reconnus discoles e| (le mauvaises nio'uis.
« Lesailicles cy-dessus au unuihre de (lix-seiit oui l'Ii- pi-oposez |i;ii- Monsieur de Uefuge, l'un de Nosseigneurs les lïirecleurs au.\ pelils Bniiisiers lous assemblez en la .Salle île leui' Communauté, preseus les Pli Hi i|),i 1 , Soubs-.Maistre et Procureur; aui|Ut'l lieu le tlil Seigueur s'est exprès transpiuté le samedy sixième mars mil six cent soixante-six, avec injonclion ausdits Boursiers d'obéir, rt ausdils Princi|)al, Souhs-Maistre et Procureui', de i:arder les dits
Alli.-les.
(( Et le Vondredy douziùmo dudit mois de Mars audit an mil six cent soixante-six, .les dits Princi[)al, Soubs-Maistre et Procureur ont fait lecture ausdits Boursiers, congregez en la dite Salle de leur (communauté de tous les dits Articles distinctement, afin qu'aucun n'ignore de son devoir et ne contrevienne au contenu ausdits Articles.
« Nous, (Juillaume de Lamoignon, Clievalier, premier Président, Claude Menardeau, et Henry de Refuge, conseillers du Roy en sa Cour du Pai^ement, Directeurs et Réformateurs du Collège de Dormans, dit de Beauvais, après avoir veu et examiné les Articles cydessus, Nous avons iceux approuvez et autorisez, approuvons et autorisons, et en conséquence ordonné que lesdits Articles seront exécutez de point en point selon leur forme et teneur : Enjoint aux Boursiers d'y obéir et aux Principal, Soubs-Maistre et Procureur, de tenir la main à l'exécution d'iceux, et de nous en certifier tous les mois. Fait sous nos seings le huistiesme avril mil six cent soixantesix. Ainsi signé : De Lamoignon. Menardeau. De Refuge.
« Registre en Parlement les dits jours et an que dessus '. »