SOUS LES ORDRES DU MARÉCHAL D'ASFELD
Ceux qui connaissent mal le liénie et le caractère de la nation française croyaient comme les Romains que les Français, pleins d'ardeur au commencement d'une bataille, ne la soutiennent pas quand on leur oppose de la résistance, et qu'étant hommes au commencement d'une action, ils sont moins que femmes à la fin, ainsi que le dit Tite-Live.
Ce qui vient de se passer en Italie et principalement sur le Rhin a dû les détromper. Quelque prévenu que je sois en faveur des Grecs et des Romains, je ne sais si l'on trouve rien parmi eux qui soit audessus de la patience, de la fermeté, de la constance et du courage que nos Français ont fait paraître devant Philisbourg. Je ne parle pas seulement des généraux et des officiers; le courage leur est ordinaire et comme né avec eux. Les simples soldats ont montré une ardeur, une intrépidité et même une grandeur d'àme qui ont étonné nos généraux. La présence de l'armée ennemie, formidabh? par le nombre de ses troupes, et encore plus par l'habileté et la réputation du Prince qui la commandait ', n'a servi qu'à les animer. Pendant un siège si long et si pénible, où ils ont eu à essuyer et le feu des assiégés, et les ardeurs du soleil, et les incommodités de la pluie, et les inondations du Rhin, il ne leur est jamais échappé aucune plainte ni aucun murmure. On les a vus passer de longues inondations, où ils avaient de l'eau jusqu'aux épaules, portant audessus de leurs têtes leurs habits et leurs armes; puis marcher à découvert sur le revers des tranchées pleines d'eau, exposés à tout le feu des ennemis; s'avancer d'un pas ferme à la tète de l'attaque; demander à grands cris qu'on refusât à l'ennemi toute capitulation; et ne rien craindre sinon qu'on ne leur ôtàt l'occasion de signaler encore leur courage et leur zèle en prenant la ville d'assaut. Je ne dis rien ici qui ne soit connu de tout le monde. Il faut que ces sen-