‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 3 sur 319 · Anecdotes françaises, par Claire Fontaine, t. I, p · texte numérisé non relu

Anecdotes françaises, par Claire Fontaine, t. I, p

SON KNFA.NCt:. — bKS t'i'LUL^ o

(le rescliollc, avaient coutume d'aller jetter de l'eau bénite et dire quelque brefvc oraison sur les corps des trépassés qui se pn-scntoient à la porte de l'IIostelDieu. Ce qu'une fois voyant lieux Flamends récentement venus de Jérusalem, meus de com- [tassion, ils donnèrent ausditz pauvres escholiers vin^'t-cinq livres de rente, qu'ils ont sur le domaine du roy. Depuis, lesdits escholiers ont été translatez an devant de la nie de la Sorbonnc, devant le collèg'e de (llnny d'un coslé, de l'autre, devant le (•ollèfj;'e de Calvy, au lieu mimmi'- le collège di'>^ Dix lliiiclde Notre-Dame'. »

(Jiiand le cardinal de Hiclielien eut d('-cid('' de recdiistruire la Sorhonne, ainsi (|ue la belle cliapelle rpii existe encore, il lit dt'-molir, pour disposer d'un vaste terrain, les crtllt'^,^'s de Calvi et des Dix-lliii(. s'engageant à les replacer ailleurs. .Mais la mort le sui prit avant qu'il eut rempli ses engagements, et ses lit-riliers, elTrayés de la dé[)ense(pi'occasionneraient de i)areilles constructions, trouvèrent plus simple de ré'parer un vieux collège qui recevrait les boursiers de Calvi et des Dix-Huit et de le rattacher à la Sorbonne. Ils choisirent le collège du Plessis, en l'aison de son imin. cl |iarce ((u'il avait pour Principal, à la moi't de Richelieu, son neveu Jean Haplisle \'ignerod. abbé de Maimoutiers. La Sorbonne consentit à l'annexion proposée (l(i'i()) et elle prit les mesures nécessaires pour y faire relleurir les belles lettres, ainsi <|ue la discipline, (pii s'y trouvaient dans un (Hat déplorable.

Cli.irles (lobinet. docteur en théologie. h(jninie d'un grand inerile, sncc(''da à l'abbi'- \ igneroil. et le collège (lu IMessis. peu daiil les ciiKinaiile ans qu'il le dirii^ca. fut un des plus pro-^jK-res lie rrnivel'sit('' de l'aiis -. Charles Hollin, un de ses plus jeunes boursiers, se nnuitra digne du bienfait dont il était

I. Du Hodlay, llintiiirc île l'I'nivcrsité, l. II, p. ''>\]\.

-. l/liisloiri; do ce CDlIt'^if n'est pas nittins cinà<Misc i\\\t' ri-lli> du rolli'^:«' des Dix-lliiil. A la KcvdIiiUdu française, cl jn>(pr»'ii islO. il servit dn iiuofc di-s arts; des cours de sciences y furent or(:ani>es. Les liAtinienls riant devenus lilires en IS20, on y transfera l'Kcole Nnrniale supérieure 'lui y ri'sla .jus(|u'en |n»». A cette épiMpie, elle s'élal>lil d.uis les nouveaux liAlinii'iils de la rui! dl'Ini et l'ancien culleK'e du IMessis fut annexe nu iyrée l.()uis-le-(irand. La r «CDUsIriictinn de ee lyeee sur leniplacenienl

i|(('il iipail naguère a eii^dolie le vieux ndli'|.'e dont il lu- reste plu->

iiluellenient de vestij.'rs.

6 VIK liK IKIIJJN

l'ulijcl. I iili'llif^ciil . (Iiicilc. tia\ ailliiir. il (lc\iiil liiciildl l'i'-li'VO

le plus dislilmiK' du cnllci^r il |r |i|||v aillK' dr (ioliilicl. (|lli

lui (('nioif^Mia un inti'ci'l donl linljin hn fui toujniiis n-coniinissanl '.

[/('poijuc ri je milieu oii il >(• liDuvail claii ni du reste des plus favoraliles au di'veldppenient de ses heureuses dispositions. ]>es ("ludes, eulravr'cs par les ^''uerres et par la querelle (lu .lauséiiisme dans le première moitir'' du xvir siècle, re[)renaieul une nouvelle vie dans la seconde; rÉf,Mise était en [)aix * et Louis XI \'. s'afTrancliissant de toute tutelle, inauf^urait, après la mort de Mazarin (M)()l), son long et glorieux règne.

L'Université ne resta pas étrangère à la renaissance des lettres et des arts. D'excellents maîtres faisaient dans les grands collèges une concurrence sérieuse aux .Ii'siiites, leurs redoutables rivaux, elle Plcssis, un des collèges où les éludes étaient le plus florissantes, attirait les élèves de la meilleure société. Là se trouvaient Charles-Maurice et Claude Le Pelletier, fils de M. Le Pelletier, ministre de Louis Xl\' '\ Quoique Mollin fût pour eux un concurrent reiloiilalile. ils ne se lièrent pas moins avec lui d'une franche amitit- (|ui ne se démentit jamais. Leur père, du reste, la favorisait, h Quand le jeune boursier était

1. Les Opuscules contiennent une jolie pièce de vers composée par Roliin à l'occasion de la Saint-Charles, patron de Gobincl. Voir à l'Appendice.

2. La paix de rÉglisc, si agitée à l'occasion du Formulaire jusqu'alors repoussé par les Jansénistes, fut conclue en 1G6'J sous le pontilicat de Clément IX.

3. La famille Le Pellclicr témoigna toujours à Roliin le plus vif intérêt. Il était aireclueusemont accueilli à Villeneuve-le-Roi, où le ministre avait une maison de camimgnc, et à Fleury, près de Fontainebleau, vaste et charmante propriété de M. Dargouges, premier lieutenant civil et gendre

•du ministre. Les lettres et les poésies que nous ont conservées les Opuscules (t. II, p. 343 à 347) nous prouvent dans quelle intimité vivait Roliin chez ses aimables hôtes. Dans les circonstances difficiles où il se trouva comme appelant et réappeUuit, ses deux anciens condisciples et amis Charles-Maurice, devenu évèque d'Angers, et Claude, premier président <lu Parlement, dont la juridiction s'étendait sur le collège de Beauvais, n'hésitèrent pas à le protéger. Un autre, M. Le Pelletier des Forts, membre <ie la seconde branche de la famille Le Pelletier, fut élève de Roliin au collège du Plessis et fit sous sa direction un exercice public très applaudi par l'assistance. Il devint contrôleur général des finances. Claude Le Pelletier donna son nom à un ancien quai de Paris, à la construction duquel iJ avait présidé.

SON HNFANXE. — SES ETIDES 7

Empereur ', ce qui lui arrivait souvent, dit de Boze-, M. Le Pelletif-r lui donnait les mêmes récompenses qu'à ses fils. Ceux-ci ramonaient chez eux dans leur carrosse; ils le descendaient d'abord chez sa mèi'i', pour l'embrasser, ils l'y attendaient, et le reprenaient avec eux. Cette excellente femme remarquant, un jour, que son fils occupait sans façon la première place, lui reprocha son manque de savoir-vivre; mais le précepteur qui accompafi^nait les enfants lui répondit que, d'après les ordres de M. Le Pelletier, on se ran^^eait dans le carrosse suivant les places obtenues en composition. »

De tels honneurs auraient dû inspirer de l'orgueil à t(»ut autre qu'à Kollin, mais le jeune vainqueur montra des sa jeunesse la modestie ([ui fut une de ses plus aimables ipialités et témoigria à M. Le I^elletier la plus vive reconnaissanc»'. « 11 n'y a pas de jour, dit il dans son Traib'- dex /:'^u(/<;A(t.lV,p.('>7<i), où je ne me souvienne de la bonté vraiment paternelle (|uil m'a témoignée jx'ndant tout le cours de mes études, et ma reconnaissance est d'autant plus grande cjuc je >i»'ri< de \A\\< en plus de quel prix est une bonne éducation. »

11 se plaisait à rappeler plus tard dans de bons vcis le lenqis heureux où il partageait ii's jeux et les ('tudes des jeune>. Le Pelletier :

HiPC oyn) clicUibaiu Hector lil)i in .iMlilius illis Quels tua niecuni oMiii studiuipir |iil,i(|iic juvcnliis Egrei.'i(î sudoreni inter se fxciciiit : lunle Ail suiniiKJS anilii) |>i'i)|ii-i'avinnis ur<line Ixinon-s Oiiiscpie pari : i|U.'ini[uaiii iiiilii le l'as cedere : Maini{Ue rilerius iiiilii ni! sn|ieii'st i|iiii sui'i.'ei-c |>ossiiii ■'.

1. Oiiuscu/<:\-, l. I, |i. :!. - On avait ,ulii|ilt' an colle;.'!' iln rit'S>is, pour les classes cl ponr les rr-conipenscs, les niènics rcKlenients qne clic/, les Jésuites. Les élèves élfticnl divisés en lésions, et cliaeune d'elles avait m'S dignitaires, ronnm' dans la milice romaine, (^enx ipii dans les eomjxi- >itiuns élaienl premiers, iiorlaienl le lilre d'Kmperenr, et ils avaient »ur Icnrs condisciples nne certaine aniorité. D'autres di;^Mutaires son>i lenrs ordres, tels (pn; les Décnrions, faisaient reciter les leçons, donnaient de* notes, et secomlaienl les professeurs dans la direction île la classe.

•J. Sccndaire perpétuel di- l'Académie dc-> lii-.cripli<>ii>* et UidlesI.ettrcH, (|ni prononça l'éloK'c funèbre de Kollin.

:i. 0/^l^^•<•«^^v, t. I, p. 121. - (les vers, preeédt's d une IcUri- en e\celli'iile prose latine, finent adresses en IG'Jl, alors ipie Kollin vi-nail d'élrc nonnui- Iteeteur, a (!laude Le i'etletier, président du Parlement: .ianlriHin

H VIK llK IIOLLIN

domine imi\crsilaii'<'. il ne |ioii\.'iil en circl ;iiri\ci' i\ uni' posilicMi |iliis (''lovée ol |iln< lidnnr.-iiilr; (•oninic (•cnlicc. il Ijl [ironvc d'nnc li-ilc siipi-rirnih' (|iie Jlcis;iii ', son iiinfcsscui' di- |{li(''l()iii|ii('. ne Irouva. dit l)i' iJo/c. d'aulrc expression ipie relie

de ilirin \in\iv le ((Ualiljei'. il lui ren\o\ail |tre<que IdUS ceux (\\i\ lui deinaudaieul des |ii(''ces de veis ou des disc(jui"s : « Adi'esse/ vous à lui, leur disail il, il fera encore mieux que moi. »

(a'[ ('jo^e. Irop (lattcur peulêlre, atteste du irmiiis l'alîeclion et Testime (pie Ilcisau avait poui' son (^'lève.

(( Il m'a toujours aimé comme son enfant, dit Holliu. et il a pris un soin particulier de me former, me destinant di.'s l(jrs à être son successeur, et je l'ai été eu effet en Seconde, eu Hhétori(pic et au Collège Royal. »

Il eût été fort intéressant davijir (pieli(ucs compositions de

mcminil ad/iuc, dit RoUin, in rjremio quondam suo, crevisse unâ vobiscum affjite adolevisse vie, veslrw socium educalionis, alque eliani nonnunqtunn lemulum ac participem triumpliorum.

1. Marc-Anloino Mersan, né à Coiiipiogne en 16o2, y mourut en 172». Il quitta la chaire de lUiétorique du Plessis pour faire l'éducation du (ils de Louvois, ministre de Louis XIV. Son élève entra dans l'état ecclésiastique, et fut. comme son maître, un ami lidèle cl dévoué de RoUin.On ne saurait mieux apprécier le mérite d'Hersan qu'en lisant son éloge par Hollin. « Il était, dit-il, plus estimable encore par les qualités du cœur que par celles de l'esprit : bonté, simplicité, modestie, désintéressement, mépris des richesses, générosité portée à l'excès. C/était là son caractère. 11 ne profita de la confiance entière d'un puissant ministre que pour obliger les autres. Quand il me vit Principal du collège de Beauvais, il sacrifia par bonté pour moi et par amour du l)ien public deux mille écus pour y faire des réparations et des embellissements nécessaires: mais les dernières années de sa vie, quoique passées dans la retraite et l'obscurité, ont efTacé tout le reste. Il se retira à Compiègne, et là, séparé de toute compagnie, uniquement occupé de l'élude de l'Écriture Sainte, qui avait toujours fait ses délices, ayant continuellement dans l'esprit la pensée de la mort et de l'éternité, il se consacra entièrement au service des pauvres enfants de la ville. Il leur fit bâtir une école, peut-être la plus belle qui soit dans le royaume, et fonda une chaire pour les instruire. Lui-même leur tenait lieu de maître; il assistait très souvent à leurs leçons; il en avait presque toujours à sa table; il en habillait plusieurs; il leur distribuait à tous, dans les temps marqués, diverses récompenses pour les animer; et sa plus douce consolation était de penser qu'après sa mort ces enfants prieraient pour lui, comme ils l'avaient fait pour Gerson. devenu par humilité maître d'école à Lyon. Il eut le bonheur A^^ mourir pauvre, en quelque sorte au milieu des pauvres. Ce qui lui restait de bien avait à peine suffi pour une dernière fondation de sœurs de charité, chargées d'instruire les filles et de prendre soin des malades. (Traité des Études, t. II, p. i]3" à 640.)

Sii.N ENFANCE. — >KS h ii i)h> 9

ce rliélûricieii modèle; elles nous auraient donné la mesure i\r ce que pouvait produire le meilleur élève dirigé par le meilleur maître; malheureusement, rien de ses premiers travaux ne nous est parvenu.

Après la UlK'torique, il passa en Philosophie, et, suivant les rè<ilements de cette i''poqu(% il y resta deux ans. .S'y distingua t il autant qu'en RlK'loritpieV On peut sans crainte assurer (jue non. Lf's suhtilités de la philosophie scolastique encore en honneur dans les collèges n'avaient, pas [)lus que la métaphy sirpie, aucun attrait pour son esj)rit essentiellement pratique. Il l'civoui' lui même dans son Traité des Eludes : (( Mon igno lance est n'-elle, dit-il. ne m'étant ai»[diqué que ti<s superficiellement à l'élude de la philosophie : de (|U(ti j'ai souvent eu à me repentir. Peut-être (jue, si j'avais étudié sous des maîtres aussi hahiles que ceux qu'il y a eu dans ITuiversité, et tels qu'on en voit encore en grand nomhre, j'y aurais pris autant de goùl (|u'à l'étude des belles-lettres, auxquelles seules j'ai donné tout mon temps '. »

l/excellent homme ne se faisait il pas illusion? Serait il devenu nn li.iliile dialerlieien? .Nous ne le pensons pas. Ia* e(")t('' aride, alisiiail de la pliilosoj)liie de son lem|is n'allait pas ;i l.i lonrninc de son es|iiit; la seule philosophie qu'il admit ('•tait l'étude de la naiiui' el de la morale usuelle, ayant jiour hut de nous porter à la \ertu, à la pii'li'-. à la chaiitt'-. et de nqns rendre lions chrétiens.

Sous ce dernier rapport, il renqdissail louli's les contlilion» d'nn parfait philosophe, l'ar sa vie si pure, ses sentiment^ religiiMix. il sendil.dl deslim'' ;i ri'l.-il ecelt-siastique; il y songea et sni\ il nii"'ini' en So|-|ionne. |iendaiit trois .ins. des eours de lh(''olo;;ie (jne le [irofesseui" dictait en latin et <pu' Mollin éeri \.iil i|ne|i|nefois en uri'e. an roin'.int de l,i plume'. Il reçut la toiisnre, ni.iis n'alla pas plus loin; l'idée ele\ce ipi'il >e fai>ait du sacei'doee l'elfrayait, comme elle a elTrayt- t.-int d'espril> S(''rien.\ ;i eetle ('•p(Hpie. Il se jiurna ;i être <>inq>le elere ; il en porl.iil riiahil, el il ne ie>sa de dire le hn-N iairi'. eonnne un priin-. Son assidnile aux offices n't'tail pas seulement un

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