‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 41 sur 319 · DEUXIÈME RECTORAT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME RECTORAT

Gratuité de l'enseignement. — Discours de Rollin. — Son second Rectorat. Sa courte durée (1720). — xVfTaire de l'Accommodement. — Opposition de Rollin. — Rejet de sa candidature à l'Académie française et à l'Inspection au Collège de France. — Sa grave maladie en 17-20. — Persécution contre les Jansénistes. — Le pot au noir du Père La Chaise. — Composition du Traité des Etudes (1725-1728).

Cette môme année 1719, où mourut le P. Quesnel, cause de tant de luttes et de misères, fut des plus importantes pour Rollin. Louis XV venait d'accorder à l'Université, en échange des revenus qu'elle percevait sur les Messageries, la gratuité de l'enseignement. Rollin fut chargé de prononcer le discours touchant ce grand événement; et il s'en acquitta, disent les mémoires du temps, avec une éloquence digne d'admiration *.

revêtir la pelisse, signe de son ancienne dignité, et de prendre le titre de Vir rectorius.

1. Notes inédites. — Grévier fait ici allusion à la déclaration de l'Université dont il va être parlé.

2. Rollin reçut, lisons-nous dans Jourdain {Histoire de l'Université, p. 333), pour ce discours, 300 livres d'honoraires sur la caisse de la Compagnie, en vertu d'une délibération de l'Université en date du 27 juin 172i. Ce discours, suivant l'usage, fut écrit et prononcé en latin, mais les Opus-

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Il y énuméra, tout en faisant l'éloge de son passé glorieux, les progrès que l'Université devait réaliser. Elle en fut tellement charmée, qu'elle insista auprès de lui pour qu'il traitât avec plus de développements les différents points sur lesquels il appelait l'attention. Rollin céda à ces instances, et composa le Trailé des Eludes, que l'Université, à qui il fut dédié, reçut avec des applaudissements avant-coureurs de ceux du public,

(( Jusqu'alors la Constitution Unigenitus n'avait causé d'autre chagrin à M. Rollin, dit Crévier, dans les Noies inédites, que celui qu'un cœur chrétien comme le sien devait ressentir pour le tort qu'elle faisait à la religion; mais la politique attira des disgrâces aux opposants, et M. Rollin se trouva dans le cas d'en mériter sa part. »

L'Université, pour lui témoigner sa reconnaissance, l'élut Recteur en 1720. « Son intention, dit de Boze, n'était pas seulement de s'aider de ses lumières pour l'amélioration des études, mais encore de soutenir la cause de VAppel auquel on portait une rude atteinte par ïAccommodemenl qui se négociait avec beaucoup de chaleur'. » C'était la grosse affaire de ce temps-là. Une fois nommé, Rollin alla saluer AI. le Chancelier, qui lui donna quelques avis au sujet do l'Accommodement. Pour toute réponse, le Recteur cita ces paroles de l'épître du (Jimanche précédent : Inlelluiile qu.-r sil volunlas Dei, « sachez discerner la volonté de Dieu. Voilà, njouta-t-il, la règle que je veux suivre. » Une pareille attitude déplut d'autant plus à la Cour qu'elle n'avait pu encore obtenir du Parlement qu'il enregistrât la déclaration du roi autorisant l'Accommodement. C'c'tail un succès pour les appelants, mais on craignait ((ue la résistance ne se soutînt pas jusqu'au bout, et ([ue le Parlement ne se rendît enfin à des sollicitations réitérées *.

ciUcs fil (loiiiu'iil uni' Iradiicliiiu fr.uiraisf par M. H., avocat îles acailrinies d'AiixiTrc cl (le Chàloiis-siir-.Marnc {Oiiitscitles, l. I, p. tOO.)

1. Joiinlain. Ilisluire dr l'Viiiveraili', p. .30:?. — Col nccomiimilcmcnt vint à la suite fl'iin conflit entre le cardinal de Noailles, autorisant par un niandeiiient à ne pas se sounielire à la luille, et l'autorilé royale, enjoi- Unanl île s'y souniellie. La l'acullc de 'rhéologie, consullce à ce sujet, n'osait se décider lorsque llaherl proposa un accoiuvindrinent consistant h enrc^'istrer la Inille, mais sans raceepler ni l'approuver. Après de longues diseussions, la Kaeullé Unit par consentir à ce (|ue le l'arletnenl enregistrât la huile, et ([u'il y joignit sou approbation.

2. Noies incdilus. — Le l'arlenicnl, ciui s'elail energiiiueinenl prononcé

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Rolliii saisit l'occasion d'accenlucr l'opposilion de l'Université, en prononçant, dans l'assemblée qui se tint aux Mathurins le 11 décembre, et avant la procession rectorale, un discours où il rappela avec feu l'ardeur de l'Université de Paris à défendre l'ancienne doctrine, son appel éclatant à un concile général et la requête; qu'elle avait présentée au Parlement. « Vous avez voulu, dit-il, témoigner par là que vous n'avez eu aucune part h de récentes capitulations, mais que vous vous tenez attachés à cet Appel comme à l'ancre inébranlable de la foi '. »

Ce discours passionné fut approuvé par l'Université, qui ordonna son insertion sur ses registres, pour y être conservé comme un monument perpétuel de son attachement à la saine doctrine; mais il attira sur Rollin les foudres de la Cour. Ordre fut expédié à la Faculté des Arts de ne pas continuer, lors de l'élection qui devait se faire le 16 du mois, les fonctions de Recteur à Rollin ^ Il se soumit sans murmure et sans peine, mais il changea si peu sa façon de penser, que, des le lendemain du jour où il fut dépouillé de la pourpre rectorale, il alla signer l'Appel auquel il n'avait pas voulu jusque-là mettre son nom, pour ne pas compromettre la Compagnie (1720).

Le vœu des gens de bien l'appelait auprès de la personne du Dauphin pour prendre part à son éducation; mais on ne pensa à lui que pour l'en exclure, et l'exemple de M. le Duc d'Orléans, qui l'invita à donner quelque soin à l'éducation de son fils, ne fut pas contagieux.

Ce fut encore en haine de ses opinions que l'Académie française lui fut fermée. Plusieurs membres de cet illustre corps souhaitaient beaucoup de l'acquérir comme confrère, et la chose aurait réussi, sans que celui qu'il s'agissait de décorer d'un titre très recherché fît une démarche pour obtenir cet

pour un appel à un Concile général, el contre rAccommodement, fut exilé à Pon toise (1720); mais, voyant que la résistance était sans elTet, et qu'il était menacé d'être 'envoyé à Blois et de voir ses offices remboursés avec le papier décrié de Law, il céda, enregistra la déclaration d'accommodement, et l'abbé Dubois, qui n'était intervenu dans le débat que pour complaire au pape et obtenir le chapeau de cardinal, réussit dans ses vues, et fut promu au cardinalat en 1721.

1. Lalilau, Histoire de la Constitution Unigenitus, t. H, p. 180.

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