lourdaiii, llis/oire de l'Urtiversilt', p. iTI
92 VIE i)E HOLLIX
Fré(](''ric II, le ^•raiid I"'i'(''(l(''ric, ccl autre César qui monait do froiil la f4-u('iT(>, la litli'Taliii'c et la })olitiqiic, lui écrivait les lettres les plus llattcuses. C'était un ^raud lionriour pour RoUin; mais y voyait-il, sous un air de bonliomie, l'ironie malicieuse qu'y cachait le royal disciple de Voltaire? Ainsi, en réponse à une lettre où Rollin, dans sa ferveur de conversion, lui rappelle qu'il doit tout à Dieu dont il est le représentant sur la terre, le roi lui dit : c J'ai trouvé dans votre lettre les conseils d'un sage, la tendresse d'une nourrice et l'empressement d'un ami; je vous en ai une sincère obligation. Je vous prie de m'aimer toujours '. » Quelle raillerie de la part de Timpie et rude guerrier à l'adresse du pieux Recteur qui se préoccupe de le ramener à Dieu dont il a si peu de souci !
A quelques mois de distance, et à propos d'un nouveau volume d'Histoire ancienne que lui avait envoyé Rollin, il le remercie en termes bienveillants et il ajoute : « Je suis persuadé, mon cher Rollin, que vos ouvrages ne se démentiront jamais, et que M. le cardinal, M. de Fontenelle et M. Rollin ne radoteront de leur vie ; c'est une vérité qui commence à recevoir une évidence géométrique. Je suis du moins orthodoxe sur cet article et plein d'estime et d'amitié pour vous-. » Cette orthodoxie de Frédéric n'était pas celle que Rollin rêvait pour lui. Dans une autre lettre, il échappa au roi, qui ne brillait pas par l'humanité, ce singulier aveu, peu en rapport avec sa nature : « Il est plus d'un chemin pour arriver à la gloire. La carrière des héros est brillante à la vérité, mais elle est teinte de sang humain. Celle des savants a moins d'éclat, mais elle conduit également à l'immortalité, et il est plus doux d'instruire le genre humain que d'être un artisan de la destruction ^ » Poursuivant la même idée, qui serait à son honneur s'il l'avait mise en pratique, Frédéric déclare qu'il voit dans Rollin, pour la France et même pour les Allemands, un bienfaiteur à qui sa patrie sera redevable, avec le temps, d'un peuple de héros, d'un peuple de savants, n'ayant pour but que la solide gloire, et qui feront consister la véritable grandeur dans les sentiments de cœurs épurés de tout vice et uniquement portés à la vertu. « Nos