GENÈSE DE L^ŒUVRE
du fleuve était creusé d'avance jusqu'à la mer. lia pu déborder quelquefois. Jamais il n'a dévié.
Pour mener à bien une entreprise sem-
au début de l'œuvre. On perçoit d'abord un rappel des premièn^s « mesures ». Jean-Christophe agonisant, revoit en rêve sa chambre d'enfant. De nouveau, Ton entend, en sourdine, le grondement du fleuve et les cloches dont les belles ondes sonores coulent dans l'air matinal. Puis la. Mort vient : « Et Christophe, faisant un suprême effort pour soulever la tête — (Dieu qu'elle était pesante !) — vit le fleuve débordé, couvrant les champs, roulant auguste, lent, presqu'immobile. Et, comme une lueur d'acier, au bord de l'horizon, semblait courir vers lui une ligne de flots d'argent, qui tremblaient au soleil. Le bruit de l'Océan... »
Il faudrait observer que ces efl'ets symphoniques sont perdus pour la majorité des lecteurs. En moins d'une heure, on entend une partition et l'on peut bien saisir la concordance des différentes parties. Tandis qu'une œuvre telle que Jean-Chrisîophe se lit, d'habitude, dans l'espace de plusieurs années, si bien qu'en arrivant à la conclusion, on n'a pas un souvenii- très net du début.
blable, il fallait une dose peu commune de volonté consciente et de persévérance.
(( Crois en toi-même ! » a dit Emerson. Etant de santé débile, et, à cette époque, dans une situation mal assurée, Romain Rolland a eu confiance dans l'œuvre de ses mains. En notre temps de dilettantisme sceptique, quel est l'écrivain qui aurait osé assumer une telle tâche ?