L'ÉCRIVAIN
C'est en février 1904 que parut le premier Cahier de la Quinzaine portant, en lettres rouges sur couverture crème, le titre : Jean-Christophe. Sept ans plus tard, le 26 juin 1912, Romain Rolland m'écrivait de fîaveno : « J'ai terminé mon dernier volume, la Nouvelle Journée. J'ai l'esprit libre et joyeux ». On conçoit aisément la joie du bon ouvrier qui, dans des conditions difficiles, a achevé un tel travail.
Le moment est venu de jeter un coup d'œil d'ensemble sur cette grande œuvre*
Lue par fragments, d'année en année, elle pouvait paraître disproportionnée. On songeait aux épopées hindoues démesurées, abondantes en épisodes et en digressions. Dans les premiers volumes, le personnage de Jean-Christophe occupe le devant de la scène et retient toute l'attention. Après son arrivée à Paris, il s'efface. On l'oublie à demi. Il n'est plus qu'un témoin, assistant à la Foire sur la place. Le sujet principal est alors la peinture satirique de la société parisienne. A la fm, dans le Buisson ardent, Jean-Christophe reprend de la vie. Seule, sa personnalité, qui jusqu'à la fin évolue, fait l'unité de l'œuvre. Le fleuve tumultueux de son génie a parcouru montagnes et plaines et va se perdre dans l'océan de l'infini. Sur les deux rives, les paysages changeaient sans cesse. Des figures aimées s'y miraient un instant dans les eaux mouvantes, pour s'effacer aussi-
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tôt. Et toutes ces images flottantes, apparues un instant, se confondent un peu dans notre souvenir.
Reprenons maintenant l'œuvre dans son entier. Malgré son énormité et ses apparents caprices, elle nous apparaît comme le travail d'un constructeur, sachant concevoir un plan d'ensemble et s'y tenir. Elle est une symphonie en trois parties, ou, si vous voulez, un tryptique :
1. L'enfance et la jeunesse en Allemagne. L'éveil du génie. La révolte.