‹ Romain Rolland, l'homme et l'œuvreChapitre 26 sur 29 · Î82 ROM-UN ROLLAND · texte numérisé non relu

Î82 ROM-UN ROLLAND

Nouvelle Revue Française^ i*''^ février 1918 :

En fermant Jean-Chrislophe sur la Nouvelle Journée^ ce livre qui est, nous dit Romain Rolland, « une somme du monde, une morale, une esthétique, une foi, une humanité nouvelle à refaire », je songeais à deux autres sommes, à Tune par un singulier contraste, à l'autre paruT>e ressemblance et une sympathie profonde. La première, c'était celte Histoire contemporaine d'Anatole France, qui ne fut point à vrai dire la « tragédie », mais la comédie d'une génération, et qui, comme Jean-Christophe, se dévoilait pour notre attente, vivait au jour le jour sous nos yeux. Comme Rolland son Christophe, Anatole France promenait M. Bergeret. Quelle ampleur, quelle intensité de notre culture française que celle qui permet, à douze ans de distance, ces deux massifs violemment opposés ! Parleronsnous, et surtout pour si peu de temps, d'une différence entre des générations ? Non. Bergeret et Jean-Chrislophe, le vieux Français que notre culture distilla, le jeune Européen qui s'avance vers elle, « le grand ours qui venait de la forêt germanique » : deux coups de filets, jetés sur la vie par deux Ulysses intelligents, et dont les mailles veulent retenir toute une époque qui fuit...

Et je songeais aussi à une autre a somme », que je ne rapprocherai pas de Jean-Christophe par la surface, mais par ses puissances profondes et par ses voix intérieures. Ce sont, n'en soyez pas surpris, les Misérables, Laissons-en tomber toutes les parties basses, tout ce qui se confond à de l'Eugène Sue, et n'en gardons que le héros, un des plus purs du roman de tous les temps, Jean Valjean. Je sais bien, Jean Valjean est tout d'une pièce comme un cornélien, Jean-Christophe passe par toutes les nuances de la tremblante, haletante musique. Mais voyez comme tous deux sont «onsti'oits du dedans par la même progression, par la même probité auguste de l'auteur qijii se confond avec eux. Tous deux, ils sont cela : une épuration; tous deux ils sont une vie que sur ses ailes fortes la musique en eux déposée porte vers la beauté de la mort...

Albert Tuibaudet.

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