ITALIE
// CommentOy Milan, 16 février 1908 (à propos de la Révolte) :
Jean-Christophe parle à tous les hommes. C'est une épopée humaine, qui embrasse Tenfant et le vieillard, )e prince et le marchand, la femme du monde raffinée et l'indolent bourgeois, le provincial inconnu dont Tâme s'ouvre à la voix du génie, et le Juif qui l'exploite. Et c'est en même temps le portrait le plus exact de l'Allemagne moderne, ia meilleure appréciation du haut idéalisme allemand, la plus impitoyable condamnation du funambulisme alcoolique des Ostrogoths décadents.
GiusEPPE Prezzolini.
Cornière delta Sera^ 10 août 1908 :
Un roman démesuré, où il n'arrive presque ric^, et qui pourtant intéresse, attache, passionne,
Cela semblera curieux, mais c'est ainsi : si grand est sous l'apparence de la plus parfaite simplicité — aucune préciosité, aucun artifice de style — le don profond et vital de. Rolland. 11 pénètre jusqu*aux racines des êtres et des événements les plus ordinaires, de manière à nous faire vivre avec eux et en eux ; il évoque avec un art direct, d'une clarté cristalline, cet ordre de sentiments et d'affections, de haute sympathie humaine et de véritable communion d'esprit, que savaient éveiller les vieux romans d'avant i85o...
11 y a dan» Jean-Christophe quelque chose de tous les temps, d'éternel, de classique...
Carlo Placgi.
// Marzocco^ Florence, lo avril 1910 :
Romain Rolland et Jean-Christophe ont triom*^ phé tous deux... Il est des âmes, dispersées dans le monde tumultueux, qui veulent se façonner d'après l'exemple de Jean-Christophe, des âmes auxquelles Jean-Christophe a fait accepter la vie, auxquelles il a fait croire que la vie est bonne, même avec ses douleurs, et qu'elle est sacrée, même avec ses hommes vulgaires et méprisables. Nous parlons de ces âmes auxquelles Jean-Christophe a enseigné la valeur du sacrifice, auxquelles il a révélé qu'elles ne sont pas seules au monde ;
et tant d'autres que le monde ne soupçonne pas et qui boivent tous les jours un vin de larmes, Ignorant que même une vie pénible et humble, couronnée en silence de simples œuvres bonnes, a une vertu qui dépasse Theuré présente, une valeur infinie.
A combien d'entre elles Jean-Christophe n'a-t-il pas enseigné le mépris de la richesse, la sérénité dans rindulgence, la bonté, Tindulgence marchant de pair avec la force ; cette grande ahose qu'est la force, sans laquelle la bonté devient stupidité, et la résignation ineptie ! Jean-Christophe n*est pas encore au bout de sa tâche, et il a fait autour de lui un bien indicible. De son cœur se répand un flot de vie purifiante et rédemptrice.
ÂLDO Sorank
Secolo, 7 janvier 1911 :
... Ceux qui ne connaissent pas encore Jean^ Christophe me seront reconnaissants de les engager à lire un des plus beaux et des meilleurs ouvrages de toute la littérature française du dernier demi-siècle...
Depuis bien des années^ la France ne nous avait pas donné d'œuvre d'art qui révélât la vitalité saine, riche et puissante de son peuple. Et devant les innombrables livres élégamment cy*
niques ou menteurs des romanciers du boule* vard, devant la poésie alcoolisée» flasque et pourrie, sous une coucbe de fard, que nous ont donnée ces poètes de Talcôve et de l'estaminet, nous pouvions croire que la France était un pays fini, ou réduit à un état lamentable. Mais, en présence d'une œuvre telle que celle de Romain Rolland, nous pouvons avoir confiance dans l'avenir de la France. Un pays, un peuple qui peuvent inspirer et engendrer de telles œuvres, recèlent de puissantes énergies vitales.
Ildebrando Pizzetti.
La Stampay ii novembre 1912 (sous le titre : Le poème d'un homme et d'un âge : Jean-Christophe) :
Depuis huit ans, les fidèles attendaient, chaque année, chaque volume nouveau, avec une impalience, une ardeur incroyables. Ils étaient peu, d'abord, mais fervents, et parsemés à travers tous les pays. Depuis sa première apparition, cette œuvre singulière a éveillé par Taudacieuse nouveauté de son programme, par l'éloquence irrésistible de sa simplicité, des sympathies fraternelles; elle a réuni dans la même admiration des esprits éloignés leç uns des autres; elle a
affirmé son importance plus que purement littéraire; elle a franchi les frontières d'une littéralure nationale, et marqué nettement son ample sens idéal...
Jean-Christophe est une oîuvre d'art insigne ; mais il est plus et mieux encore : une œuvre de vie, une évocation d'humanité, une affirmation de foi... Bien que le roman soit incarné en un homme, il atteint à la valeur d'une représentation sociale. L'entreprise n'était pas nouvelle, dans la littérature française. Sans remonter jusqu'à Bîalzac et à la Comédie humaine^ dans Ip dernier demi-siècle, Zola avec ses Bougon-Macquart, Flaubert avec VÉducation sentimentale^ France avec son Histoire contemporaine ^ et aussi le trop oublié Péladan avec sa Décadence latine^ avaient donné le tableau d'un âge, d'une génération, d'une société. L'œuvre de Rolland se distingue de toutes ces créations par un caractère particulier, par la nature singulière de Tauteur. Nous ne nous trouvons plus en face d'un simple romancier, d'un pur -artiste, mais devant an homme tout entier; et cet homme est une nature ardente de foi dans la vie, brûlante d'idéalisme; il est une intelligence qui s'est assimilé toute la culture moderne, non pas comme une froide matière d'étude, mais comme un ferment de vie et d'action; et il est enfin.un
esprit qui cherche pour lui, et pour les autres
l'obscure loi de la vie, un cœur qui veut venir en aide aux autres cœurs incoîinus qui luttent et qui souffrent... Il y avait bien longtemps que la tragédie humaine n'avait été évoquée avec une telle ampleur d'intelligence et d'amour, avec des yeux aussi purs el aussi pénétrants, avec un sérieux aussi austère, avec une ardeur aussi candide... Je ne sais, après Tœuvre de Tolstoï, quelle autre contient une plus grande somme d'humanité.
Enrico Thovez.