LA PIÈCE DE LANTERNÉ
le temps; mais je m’en occuperai, je tâcherai d’obtenir un tour de faveur.
Là-dessus, il me raconte son histoire et celle des rôles qu il avait créés. A seize ans, il était à Bayeux; à trente-quatre ans, il était à Montmartre.
— Tenez, dit-il, on commence comme on peut. A votre place, je porterais ma pièce au théâtre des Batignolles ou à Bobino. Non ? Eh bien, allez voir Olympia ; elle peut vous faire jouer si elle demande le rôle.
Je cours chez mademoiselle Olympia, qui prend texte de ma pièce pour me raconter qu'elle est d’une ancienne famille, — séduction, — abandonnée, n’ayant plus que ses yeux, qui sont un joli capital. Elle a voulu se jeter dans la Seine du haut d’un pont. Adroite, la Morgue; à gauche, la Monnaie, tout cela entremêlé de récriminations contre M. Goupillon, ses associés, et sa couturière, qui manquait d’inspiration. Elle me trouva sans doute digne ae toute sa confiance, car elle me dit avec une grâce sereine : « Personne n’a lu votre pièce. »
Une semaine, deux semaines, un mois sepassent. Mon manuscrit est égaré. J’en donne un second.
Catastrophe! cataclysme ! tremblement deterre! Nouvelle horrible, épouvantable, imprévue...
Les triumvirs du théâtre avaient abdiqué! ! !