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DES

Malgré l’influence du far niente , les Compagnons de la Méduse résolurent de travailler. Il y eut encore bien des heures perdues, mais si chacun n’accoucha pas d’un chef-d’œuvre, tous s’ingénièrent à produire un échantil- ,on de leur talent.

Le premier ouvrage terminé fut une œuvre collective intitulée : Promenade au Salon , illustrée par Cinabre.

C’était le travail du soir, pendantlesbonnes causeries, où l’esprit coulait avec la bière d’un fût posé sur deux chevalets et s’envolait avec la fumée des pipes et des cigarettes. La Promenade au Salon, rapidement exécutée, fut publiée dans La Vie de Paris etpayée trois cents francs.

Mais d’autres travaux plus sérieux étaient sur le chantier, et personne ne s’endormit sur ces lauriers. Daniel triomphait, donnant l’exemple du travail. Sur le conseil de ses amis, il écrivit des Scènes de la Vie de province, Autour du clocher , destinées à une Revue ou à un journal.

Clodion, résolu à sortir de l’engrenage du journa-

lisme, mit au point un roman parisien, Olympia , qui devait bientôt le classer au rang des écrivains.

L’Académie avait mis au Concours La Muse de la Science , dont le Prix était de 1,500 francs. Capsule fit une concession à ses idées pour se rapprocher du genre didactique ; mais à l’exemple de Jean-Jacques Rousseau, il traita l’envers de la question, et composa un Poëme de trois cents vers où il démontra victorieusement que la Science était sans poésie et ne méritait pas d’être la Sœur des Muses.

Capsule ne devait pas remporter le prix académique. Il fut décerné à un savant qui avait misl’Arithmétique, la Géométrie et l’Algèbre en vers.

Cet insuccès ne le découragea pas, et il mit au point le livret du Faux Smerdis, dont Cinabre enrichit le manuscrit de projets de décors et de costumes.

Mérovée en composa la musique bouffe et broda sur ce thème insensé de folles mélodies, qui s’envolaient du clavier en variations ailées.

Albertus sculpta le buste de Daniel, qui fut placé dans une niche au-dessus de la porte d’entrée du Château de la Misère. Après avoir ébauché une Idylle , sujet de pendule, il parvint à réaliser un de ses rêves d’artiste :

Ecuyère du cirque passant dans un cerceau.

Au moyen d’un ingénieux artifice, le cercle en acier peint en blanc supportait le corps rassemblé de l’écuyère.

Cinabre fit éclore sous son pinceau plusieurs paysages, Les Etangs de Ville-d’Avray, le Chalet de Saint- Cucufa,etc.,et deux tableaux de genre : Prose et Poésie :

Rose Tapageur faisait la cuisine en robe de soie à mille raies.

Miss Fauvette, en robe de toile bise écrue, jouait du piano.

Mérovée composait des chansons, des fantaisies et des valses.

Le Philosophe éclectique stimulait les travailleurs, donnant des conseils et des idées, prêchantla théorie de l’activité et rêvant de son œuvre magistrale : Le Grand Art. Entre temps, il cherchait la formule d’une doctrine philosophique pouvant s’adapter au système de Spinoza.

Tamar lisait les journaux, les pièces de théâtre et les livres nouveaux, expédiés par le cabinet de lecture auquel il était abonné.

En somme, le temps était partagé entre les plaisirs de la campagne et le travail.

Avant d’aller plus loin, il convient de reproduire ici quelques-unes des œuvres primordiales que nous venons de signaler par leurs titres, conceptions artistiques d’une bizarrerie étrange, défi héroïque jeté à toutes les règles admises et à toutes les notions du sens commun.

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