PÈRE ET PARRAINS
Le 8 novembre 1873, minuit sonnait lentement à toutes les pendules.
Paris était enveloppé d’un épais brouillard, à travers lequel on distinguait la silhouette indécise de quelque asssant attardé, à la lueur brumeuse et jaunâtre des ecs de gaz.
La rue de Rivoli était déserte.
Le pas régulier des sergents de ville protecteurs troublait seul le silence de la grande ville endormie.
Us marchaient deux à deux , enveloppés dans leur criméenne à capuchon, semblables aux ombres mélancoliques qui errent dans la vapeur des Champs-Elysées.
Les arceaux rivoliens profilaient la perspective effilée de leur colonnade de pierre.
Soudain, les gardiens nocturnes s’arrêtèrent.
Un coupé venait de déboucher de la place de la Concorde, cette place don* le nom rappelle les plus sombres jours de notre histoire.
Le cheval arrivait au grand trot.
Il s’arrêta court devant la porte cochère du n° 210.
Un homme hondit, lancé par la secousse comme par une catapulte.
Quelle était cette porte cochère?
Quel était ce cheval ?
Quel était cet homme ?
Dédaignant les artifices enfantins des romans d’aventures, le Vieux jeu, nous allons le dire immédiatement, et nous ne nous arrêterons qu’après avoir vu naître TRENLAMOR.
La porte cochère était fermée.
Le cheval était blanc comme celui de La Fayette, pré-
cédé par un postillon en culotte de’peau, à la veste galonnée d’or.
L’homme était petit, comme si les années l’avaient tassé.
Il avait la taille de Napoléon, dont il portait la mèche, le laurier de César.
La bouche, sans râtelier, se fermait comme un portemonnaie vide. Un monocle, incrusté sous l’arcade sourcillière, lui donnait l’aspect fantastisque d’un personnage d’Hoffmann.
Plènipo était son nom.
11 était emmitouflé dans une pelisse doublée de renard bleu qui lui tombait sur les talons. Autour de son
TRENLAMOR
cou s’enroulait un cachemire rouge. Il tenait sous le bras un gigantesque portefeuille, sur lequel on lisait en lettres d’or gaufrées: