LA BELLE COMTESSE
Là dort un cadavre enfermé dans sept cercueils.
Trenlamor presse un ressort. Une dalle de marbre
TRENLAMOR
noir se soulève, les sept cercueils s’ouvrent... Une femme, — qu’elle avait dû être belle! — apparaît étendue, roide, dans un costume de parade, le front cerclé d’un diadème dont l’éclat flamboie au milieu des ténèbres. Le manche d’un poignard sort de sa poitrine de neige. Un cordon est noué à son poignet, dont la main a été coupée.
Trenlamor la contemple un instant, les bras croisés, la lèvre tordue par un rictus infernal.
— Eh bien, dit-il d’une voix stridente, qui résonnait
avec une vibration tombale dans la sonorité du vide, es-tu prête à me suivre?
Le cadavre se souleva. Trenlamor dégagea le cordon passé autour de son poignet et murmura à son oreille : « La lune se lève derrière les peupliers. Les vierges pâles attendent le Vampire! »
Soudain des murmures troublèrent le silence de la nuit, des ombres blanches flottèrent. C’était l’heure de la grande mélancolie du soir.
L’aube estompait d’un reflet blafard les toits et les cheminées, quand les derniers coups de marteau retentirent sur la caisse fermée portant ces indications :
Cette opération terminée, Trenlamor fit charger la caisse sur la berline, puis il partit à fond de train dans la direction de la rue Jean- Jacques-Rousseau en murmurant :
« Cette lettre, il me la faut, à tout prix, dussé-je la payer au poids de l’or! »
LETTRE DE L’ABONNÉ ÉPILOGUEUR Monsieur le rédacteur,
Je suis avec sympathie les péripéties du roman de Trenlamor, et le feuilleton d’hier m’inspire une réflexion. La
lettre dont il s’agit doit être d’une importance capitale, et la payer au poids de l’or, — deux francs le gramme, — c’est peu.
Veuillez agréer, etc.