DUEL A MORT
Cette fois, Trenlamor allait reprendre le secret qui pesait sur sa vie, et soulever un coin du voile qui enveloppait sa destinée.
Un homme était debout devant lui, un masque rouge sur le visage.
— Que veux-tu ? dit Trenlamor.
— Votre vie contre la mienne.
— Un duel ? dit Trenlamor avec un sourire.
— Monsieur le comte, c’est un duel à mort.
— Je ne le propose jamais, mais je l’accepte toujours.
— C’est la volonté de celui qui...
— N’achève pas... Ton heure ?
— Quatre heures.
— Le lieu?
TRENLAMOR
— Je suis le bourreau.
Trenlamor éclata de rire.
— Ainsi, dit-il, je me bats en duel avec un adversaire qui n’a jamais manqué son homme ?
— Jamais.
— Je préfère le pistolet à bout portant, une seule arme chargée.
— En ce cas, dit M. Jacquin avec courtoisie, je tire le
premier.
Trenlamor, couché en joue, laissa échapper un ricanement sec, et un rictus sardonique plissa sa lèvre.
— Un instant, de grâce.
— Ah ! des révélations ?
— Oui...
— Je suis à vos ordres, monsieur le comte.
— Mon cher Monsieur Jacquin, au lieu de venir me chasser en forêt comme une bête fauve, je vous conseille de vous assurer que la Colombe est toujours dans l’arche.
— Trenlamor !!!
— Eh bien ?
— Eva est ma fille
— Eva est ma...
Une détonation se fit entendre.
LETTRE DE L’ABONNÉ ÉPILOGUEUR Monsieur le rédacteur,
Depuis trois jours, j’attends avec impatience ledénouemen du duel à mort de M. Jacquin et de Trenlamor. Cette détonation n’a pas été expliquée, et nous retrouvons les deux adversaires amis pour la vie. Je me plais à supposer que quelque garde-chasse aura tiré un lapin dans la forêt, ou que le coup de pistolet sera parti par mégarde.
C’est égal, M. Jacquin est un homme bien fort. Quant à Trenlamor, c’est tout simplement mon idéal. Grande poésie, monsieur, que cette création. Hier, mon concierge a dit à son épouse, par ordre du médecin, que le journal était supprimé Cette malheureuse femme ne dormait plus.
Veuillez agréer, etc.
L’Abonné de la fondation.
l’évasion
Il n’y a pas d’exemple, dans les annales criminelles, d’une évasion de Mazas ; mais Trenlamor, dans un cachot muré, eût fait éclater son armure de pierre. Plus
TRENLAMOR 189
tard, nous le verrons sortir vivant de la tombe. N’anticipons pas sur les événements.
Unefoisdans sa cellule, gardé à vue par deux hommes Trenlamor avait obtenu l’autorisation de fabriquer des* ballons captifs. A l’heure de la promenade au préau, comme il expliquait à ses gardiens la théorie de la pesanteur spécifique du gaz hydrogène, il s’élança d’un bond et disparut au milieu d’un nuage rouge, qui s’éleva majestueusement dans les airs.
Au moment où il planait dans l’espace, il aperçut un ballon-monstre qui arrivait en sens contraire, jetant son lest et faisant des signaux de détresse. Puis ces deux mots retentirent à douze mille mètres au-dessus du niveau de la mer :
jacquin ! — TRENLAMOR !