‹ Roman incohérentChapitre 67 sur 93 · TERRE · texte numérisé non relu

TERRE

Latempête se déchaînait dans son horreur magnifique. Quand la barque accosta le vaisseau comme une ga-

zelle à la rencontre d’un mastodonte, les vagues s’écroulaient autour des flancs du navire qui ne gouvernait plus. Les coups de mer avaient éteint les feux. Le pont était désert, abandonné.

— Doublons le cap Horn ! murmura M. Jacquin.

Au moment où Trenlamor avait reconnu que la lutte de l’homme contre les éléments était désormais inutile, il avait pris Eva sur ses épaules et s’était jeté à la mer.

Le calme était revenu; mais il allait rencontrer un danger plus menaçant quel© tombeau liquide.

Il nageait au milieu d’une troupe de requins !

Ses deux mains, armées d’un poignard à manche sculpté, fendaient les flots avec énergie. A chaque élan, deux légers nuages roses coloraient la surface de la mer.

En moins de trois heures, il put faire ainsi quinze cents brassées et poignarder trois mille requins, qui flottaient autour de lui, le ventre en l’air.

Enfin Eva, toujours à cheval sur ses épaules, laissa échapper une exclamation joyeuse : Terre !

A peine sur le rivage, Trenlamor aperçut une troupe de cannibales qui allumaient des feux. On devinait que la civilisation européenne n’était pas inconnue à ces peuplades barbares. Les hommes portaient des caleçons de couleur.

Au moment où l’infatigable M. Jacquin abordait à son tour, le chef de la tribu lui présenta un voile. C’était celui d’Eva. Puis, d’un geste expressif, il lui montra les profondeurs d’une forêt vierge.

— Ami, murmura M. Jacquin avec tristesse, j’arrive trop tard, et je ne puis conserver la moindre illusion sur le compte de cette forêt. Ma fille !...

{La suite à demain .)

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