LEQUEL, MON DIEU
Pendant qu’Eva était ainsi enlevée en pleine fête, l’enfant avait été confié à une paysanne, qui s’était réfugiée dans les montagnes de Sicile.
Lorsque Trenlamor jugea que le moment était venu
TRENLAMOR
pour l’enfantde passerdes mains des femmes entre celles des hommes, il se rendit dans cette retraite, par une nuit sombre, à travers les sentiers de montagne qui lui étaient familiers. Le jour se levait quand il frappa à la porte de la cabane.
A sa vue, la paysanne lui montra deux enfants, vifs comme des lézards, aux cheveux ras et brillants, qui portaient sur leur visage cuivré la livrée du soleil.
— Femme, dit-il en lui jetant une bourse d’or, je viens chercher l’enfant que je t’ai confié.
— Ma foi, mon beau monsieur, répondit la fille de la nature, prenez celui que vous voudrez. J’ai élevé le vôtre avec îemien, et je n’ai jamais su les reconnaître.
— Par l’enfer! dit Trenlamor en levant le poignard sur le plus rapproché, tu parleras.
Après avoir renouvelé l’expérience et s’étant assuré que le Jugement de Salomon n’aboutirait à aucun résultat, il songea au Massacre des Innocents ; mais après quelques instants de réflexion, il fit sortir les deux enfants, enferma la paysanne et mit le feu à la chaumière. « Morte la bête, mort le venin », dit-il en s’éloignant. Cette femme emportera mon secret.
C’est au retour de cette expédition que Trenlamor avait fait exécuter les deux enfants, l’un en faïence et l’autre en porcelaine, après avoir constaté que ce dernier portait sur la poitrine le signe fatal de la comtesse. Quant à la mère, elle figura en cire dans le Musée des cadavres, jusqu'au moment où Trenlamor put enlever son corps, déposé au cimetière du Père La Chaise.
Mais l’heure approchait où l’enfant allait connaître le mystère de ba naissance.
(La suite a demain.)