‹ Roman incohérentChapitre 69 sur 93 · ASSASSINAT EN CHEMIN DE FER · texte numérisé non relu

ASSASSINAT EN CHEMIN DE FER

Trenlamor, sous sa quarante-septième incarnation du marquis de la Rapière, et le comte Fridolin de la Barbèche, étaient seuls dans un compartiment de l’express de Paris à Bordeaux.

Le comte était monté à la station d 'Épernay. Trenla-

mor ne pouvait exécuter son projet qu’à la faveur de la nuit. L’occasion favorable se présenta entre Angoulême et La Rochelle.

TRENLAMOR

Vers deux heures du matin, ils étaient seuls. Pas une étoile ne brillait au ciel, et l’obscurité était profonde. Trenlamor avait tiré le store de soie sous la veilleuse du wagon.

Le comte Fridolin de la Barbèche, enveloppé d’une ample couverture de voyage, sommeillait dans un angle en face de lui.

Le train marchait à grande vitesse, comme si la locomotive était emportée par le vertige.

Trenlamor observait le visage débonnaire de son compagnon, écoutant machinalement le bruit de sa respiration régulière.

Se penchant alors à la portière, interrogeant l’ombre, il allongea doucement le bras, étreignit la gorge du dormeur, que sa main serra comme un étau, puis le renversant sur les coussins, il posa le genou sur la poitrine de sa victime étouffée en murmurant ce mot magique :

TRENLAMOR

Jugeant que le comte Fridolin de la Barbèche avait cessé de vivre, il enleva son portefeuille, ouvrit la portière du wagon et précipita le cadavre sur la voie.

Il s’était trompé de poche !

Le testament n’y était pas.

Une heure après, il déjeunait au Café des Phares , en face de la Gironde , et sablait une bouteille de Volnay à la santé du comte.

Le soir même il était à Denise.

{La suite à demain.)

LETTRE DE L’ABONNÉ ÉPILOGUEUR

Monsieur le rédacteur,

Le roman de Trenlamor devient de plus en plus invraisemblable, et j’en suis affligé. Dans Y assassinat en chemin de fer, un crime s’accomplit 'entre Paris et Bordeaux. La victime prend le train à Épernay (station de la ligne de Mul-

liouse); elle est assassinée entre Angoulême et La Rochelle (la section d’embranchement des Gharentes est à Poitiers), vers deux heures du matin (l’express de nuit passe à Angoulême à 4 heures 20 minutes du matin, et il fait jour). L’assassin arrive à Bordeaux, malgré ce singulier itinéraire ; mais il ne peut déjeuner au Café des Phares, qui n’a jamais existé, ni en face de la Gironde , puisque c’est la Garonne , qui ne perd son nom qu’au Bec-d’Ambez. Il faut n’avoir aucune idée de Bordeaux pour supposer qu’un tavermer quelconque vendrait une bouteille de Volnay. Attribuant cette fantaisie à l’erreur d’un homme du Nord, il répondrait qu’il y a peut-être des vignes en Bourgogne, mais qu’il l’ignore, attendu que, hors de Bordeaux, il n’y a que de la piquette, des vins de pays non classés; bref, qu’il déteste les mystifications de commis-voyageurs.

Veuillez agréer, etc.

L’Abonné de la fondation.

Ici, une lacune de plusieurs feuilletons. La lettre suivante renouera la filière des événements :

LETTRE DE L’ABONNÉ ÉPILOGUEUR Monsieur le rédacteur,

Je ne doute pas que Trenlamor ne soit fort opulent, puisque son industrie est la fabrication des faux billets de banque mais il y a des bornes à la prodigalité. Qu’il jette un louis à un ouvreur de portières et paye cent francs un bouquet de violettes, c’est dans l’ordre. Cependant, d’après mes calculs approximatifs, il a dépensé près de vingt millions en deux jours aux acquisitions suivantes :

Enlèvement de mademoiselle Jenny l’ouvrière ; à ses complices, silence payé par des rentes viagères.

Acheté un château et ses dépendances dans les Pyrénées pour y passer sa nuit de noces.

TRENLAMOR

Acheté un navire à vapeur pour l’emmener à Cadix.

Équipé deux mille volontaires pour prendre un couvent d’assaut, etc.

Je passe sur les menues dépenses, telles que de faire chauffer des trains spéciaux pour franchir vingt kilomètres, et d’assurer l’avenir d’une marchande de journaux; mais est-il nécessaire de dépenser le budget d’un État européen pour enlever une petite demoiselle qui ne demande pas mieux?

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