GENEVIÈVE LAUGIER
5, rue Mont Thabor. »
— Où allons-nous?
IJN MMAKCHE
Cinpbrèet Colombe.
— Départ en promiftre classe poux Villes J’Avraÿ. Le printemps soinble sourire aur jminea lou- , iis wh, ,1'mxit et Colombino, qui font un voyngo d’n gré* Uienlsür 1» Carte du 'l’endre. — Aller et retour, 4fgAiics.
L'Ktana.
— Après le dtaer, Piaxlt étudie les décors. Culomüiue écorce ung orange, et ileulare qu elle prûféro v y dee üriunee ou il y n une orpheline persécutée par un ♦■oiiti u U bottes molles. — 11 francs.
La Fin du Roman.
— Pinxit Immortalise par le crayon Ica épisodes de son Odyssée, et envole, par le Moronre du coin, «m louis à Colomblne, nvee nn éternel adieu.
VINGT FRANCS
— C’est aujourd’hui lundi; le Salon n’ouvre qu’à midi, et nous avons le temps de déjeuner à la Taverne anglaise de la rue Royale.
— Vous n’allez pas faire des folies; agissez avec moi sans cérémonie, en bon camarade.
— Vous m’avez fait gagner cent francs sans le savoir, il est juste que vous en ayez une part.
— Expliquez-moi cela»
Le peintre lui raconta sommairement son aventure de la veille, qui venait d’avoir un dénouement si flatteur.
— Vous me montrerez les dessins ?
Ils s’installèrent dans un Box de la taverne anglaise, et pendant que Dominique parlementait avec le garçon, sa compagne feuilletait l’album renfermant les croquis, accompagnés des légendes qui en étaient le commentaire, et que nous transcrivons ici :
— Est-ce que vous dessinerez la suite ? demanda Mlle Geneviève, en rendant l’album à Dominique.
— Si cela vousplait.
— Oui, j’en serai très contente.
Les confidences appellent les confidences. L’histoire de l’héroïne des petits pâtés au macaroni n’était ni romanesque, ni accidentée. Ses parents étaient confiseurs
à Rouen. Elle avait été en pension jusqu’à l’âge de quatorze ans, trois ans demoiselle de compagnie chez une respectable douairière de province, qui était morte, et enfin, on l’avait placée chez le pâtissier, où Dominique avait fait sa connaissance de la façon qu’on vient de voir. Elle s’amassait une petite dot, avec l’espoir de s’établir un peu plus tard.
Une partie de l’après-midi fut consacrée à la visite au Salon. Geneviève voulut voir en arrivant les deux tableaux de celui qui avait sollicité la faveur d’être son peintre ordinaire, et catalogués ainsi dans le Livret :
Pierron (Dominique), né à Paris. — Boulevard de Glichy, 58.
l-s32 — Village de Trianon.
1833 — Mimi Pinson.
Heureux qui mettra la cocarde Au bonnet de Mimi Pinson.
Geneviève n’avait jamais quitté Paris, et il fut convenu que Dominique la conduirait à Versailles et à Trianon, si le temps était beau, le jour de sa prochaine sortie.
Elle demanda des explications détaillées sur Mlle Mimi Pinson, qui n’avait qu’une robe au monde et qu’un bonnet. Le peintre avoua franchement que c’était le portrait d’une petite demoiselle, trottin chez une modiste, qu’il avait rencontrée jadis dans un sentier qui n’était pas celui de la vertu.
— Et moi, dit-elle, si vous envoyez mon portrait au Salon, comment me représenterez-vous?
— Je vous peindrai telle que je vous ai vue hier : Petits Pâtés au macaroni.
— A la bonne heure, ce sera charmant.
Après avoir regardé beaucoup de tableaux et de statues, Geneviève, curieuse comme toutes les filles d’Eve, manifesta le désir de voir l’atelier de Dominique.
VINGT FRANCS
Cet intérieur d’artiste se composait d’une grande salle vitrée, d’un cabinet servant de chambre à coucher et d’une petite cuisine. Geneviève ne cacha pas sa surprise, causée par un beau désordre qui n’était pas un effet de l’art.
— Je reconnais la justesse de votre observation , dit le peintre ; mais j’ai l’horreur des concierges et des femmes de ménage, qui fouillent partout, mêlent les costumes, dérangentles draperies, disloquent les mannequins, écornent les plâtres, essuient les toiles avec des torchons, et j’ai pris l’habitude de me servir moi-même. D’ailleurs, l’ordre n’est que le désordre numéroté.
Pendant qu’il développait cette théorie, Geneviève allait et venait à travers l’atelier, accrochant une palette, rangeant un chevalet, relevant un carton de gravures, trouvant une place pour chaque chose et mettant chaque chose à sa place, tant et si bien que Dominique, habitué à circuler dans ce capharnaüm, suivait tous ses mouvements avec curiosité.
— Voilà qui est fait, dit-elle... Et si Mlle Golombine me trouvait ici?
— Elle ne reviendra pas, répondit sentencieusement le peintre.
— Pas même comme modèle?
— Il y en a d’autres... Si nous allions dîner?
— Je veux bien, mais pas de gaspillage.
— Je ne gaspille jamais l’argent, je me contente de le dépenser.
— Il ne faut pas tout dépenser. Si vous prenez l’habitude de mettre un peu d’argent en réserve, vous serez moins pressé de vendre vos jolis tableaux, et on vousles paiera plus cher.
— Je réfléchirai à cela.
Ils dînèrent comme deux écoliers en vacances, et achevèrent cette journée à l’Opéra-Comique. On donnait
La Dame Blanche et Le Chalet. Après le spectacle, ils prirent une glace en plein air sur le boulevard; Dominique reconduisit son amie rue Mont-Thabor, et il regagna les hauteurs de Montmartre en fredonnant :
Douze cents francs d’appointements,
Et l’on ne dira pas que je fais des folies,
Car j’achète un château sur mes économies.
YI
En se retrouvant dans son atelier solitaire, qui semblait encore garder le parfum léger de la jolie visiteuse, Dominique alluma sa lampe, roula une cigarette et se mit au lit en évoquant l’image de Geneviève, si poétique en la comparant à celle de Mlle Colombe.
En somme, tout bien considéré, il n’avait pas perdu cette journée. Il venait de gagner la sympathie et la confiance d’une belle jeune fille. Ce privilège semblait, à la vérité, exclusivement platonique, mais c’était à prendre ou à laisser. Il n’avait pas besoin d’une grande pénétration pour reconnaître, à des signes certains, que si elle n’était pas décidée à rester sage, elle ne se condamnerait pas volontairement à l’esclavage de présenter si gracieusement des petits pâtés au macaroni. La conséquence était claire : elle avait consenti à donner son portrait; mais, pour avoir l’original, il serait nécessaire de poser officiellement sa candidature.
Dominique n’avait jamais pensé à se marier.
« Certainement, songea-t-il en éteignant sa lampe, elle est jolie à ravir, intelligente, distinguée, ce sera une bonne petite femme ; mais n’oublions pas cette belle
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parole : <a Ma maîtresse, c’est la peinture, et mes enfants, ce sont mes tableaux. »
Plus favorisé que le sculpteur Pygmalion, il était amoureux d’une statue vivante. Tous les jours, sans exception, il allait manger un petit pâté au macaroni, échangeait quelques paroles mystérieuses avec son amie souriante, et s’en allait content.
Geneviève avait congé le mercredi. Elle arrivait à l’atelier de bon matin, et Dominique travaillait à son portrait jusqu’à l’heure du déjeuner.
Les petits événements qui précédèrent son exécution peuvent se résumer d’un trait, tels qu’ils étaient consignés dans l’album du peintre :
Mercredi 22 Mai. — Versailles. — Les Cygnes de Trianon. — Cèdre. — Nymphe do Diane.
29 Mai. — Saint-Germain. — La Maison du Garde. — La Tasse de lait. — Une Amazone en forêt.
5 Juin. — Sceaux. — L’Escarpolette de Robinson.
12 Juin. — Joinville-le-Pont. — L’Ile. — Un Pêcheur à la ligne.
19 Juin. — Sannois. — Le Moulin.
Geneviève avait fait une remarque : à mesure que le tableau avançait, l’humeur de son peintre ordinaire s’assombrissait par degrés.
A la sixième séance, le portrait était presque achevé, et elle lui demanda la cause de sa mélancolie.
Dominique garda le silence. Elle insista.
— Vous exigez que je vous ouvre mon cœur?
— Je vous en prie.
— 'Je vous parlerai sans arrière-pensée; me répondrez-vous avec franchise, comme une loyale amie?
— Oui.
— J’ai envie de me marier.
— Et c’est cela qui vous rend triste?
— Ne vous moquez pas de moi. Je connais des artistes qui sont mariés et qui font très bon ménage. Ceux qui ne le sont pas ont ordinairement une liaison, qui a le revers de la médaille sans en avoir le neau côté. Quant aux maîtresses banales, la dernière m’en a si bien guéri que je ne me reconnais plus. Mais il ne suffit pas de vouloir se ranger, ni même de rencontrer celle qu’on aime, il faut encore être aimé d’elle et l’obtenir.
— En l’honneur de quelle sainte avez-vous pris cette belle résolution?
— Le hasard a toujours été ma providence, et je ne sais pas s’il me favorisera jusqu’à la fin. Gomme on a bien vu des rois épouser des bergères, j’ai brûlé un cierge à sainte Geneviève.
— Bien vrai ?
— Je parle très sérieusement. Quand vous me connaîtrez mieux...
VINGT FRANCS
— Je vous connais assez pour savoir que vous serez un bon mari, et si vous étiez moins modeste, vous n’auriez pas attendu si longtemps avant de parler. Est-ce que ce n’est pas moi qui vous ai aimé la première?
— Geneviève... ma bonne petite Geneviève.
YII
Notre rôle de conteur nous impose le devoir de déclarer ici que la séance fut interrompue par un baiser.
Quand nous aurons ajouté que Mlle Geneviève partit le lendemain pour Rouem avec Dominique, qu’ils se marièrent, et que le tableau des Petits Pâtés au macaroni obtint une médaille au Salon, notre tâche sera finie. Et si le lecteur, qui s’est intéressé à cette simple idylle, suppose que le jeune ménage fut heureux, que Dominique fit des économies, et que Geneviève devint mère de beaux enfants, il nous est agréable de lui apprendre qu’il ne s’est pas trompé.
LE JOURNAL DES MASSES
En ces années de disgrâce, où la politique ne nourrissait pas mieux son homme que la littérature, Tamar se trouva fort dépourvu, et il fut encore assez heureux de trouver un coin obscur dans le laboratoire d’un journal. Cependant il imagina le moyen d’être dans ses meubles. Cet épisode de sa vie montrera que Tamar savait unir la diplomatie à la gaieté française, et voici la manière originale dont il devint le locataire grat i t d’un entreciel de la rue Racine, dernier étage d’une maison appartenant à un sieur Rabourdin, et placée sous la garde des époux Pichart.