‹ RomanChapitre 103 sur 139 · FIN DES VERS DE JEAN PROUVAIRE · texte numérisé non relu

FIN DES VERS DE JEAN PROUVAIRE

Tous entourèrent Marins. Courfeynic lui sauta au cou. ■ — Te voilà!

— Quel bonheur! dit Combefcrre.

- — Tu es venu à propos! fit Bossuet.

— Sans toi j'étais mort! reprit Courfeyrac.

— Sans vous j'étais gobé! ajouta Gavroche. Marins demanda :

— Où est le chef.^

— C'est toi, dit Enjolras.

Marins avait eu toute la journée une fournaise dans le cerveau, maintenant c'était un tourbillon. Ce tourbillon qui était en lui lui faisait l'effet d'être hors de lui et de l'emporter. Il lui semblait qu'il était déjà à une distance immense de la vie. Ses deux lumineux mois de joie et d'amour aboutissant brusquement à cet effroyable précipice, Cosette perdue pour lui, cette barricade, M. Mabeuf se f:iisant tuer pour la république, lui-même chef d'insurgés, toutes ces choses lui paraissaient un cauchemar monstrueux. Il était obligé de faire un effort d'esprit pour se rappeler que tout ce qui l'entourait était réel. Marins avait trop peu vécu encore pour savoir que rien n'est plus imminent que l'impossible, et que ce qu'il faut toujours prévoir, c'est l'imprévu. Il assistait à son propre drame comme à une pièce qu'on ne comprend pas.

Dans cette brume où était sa pensée, il ne reconnut pas Javert qui, lié à son poteau, n'avait pas fait un mouvement de tête pendant l'attaque de la barricade et qui regardait s'agiter autour de lui la révolte avec la résignation d'un martyr et la majesté d'un juge. Marins ne l'aperçut même pas.

Cependant les assaillants ne bougeaient plus, on les entendait marcher et fourmiller au bout de la rue, mais ils ne s'y aventuraient pas, soit qu'il' attendissent des ordres, soit qu'avant de se ruer de nouveau sur cette imprenable redoute, ils attendissent des renforts. Les insurges avaient posé de; sentinelles, et quelques-uns qui étaient étudiants en médecine s'étaient mi; à panser les blessés.

On avait jeté les tables hors du cabaret à l'exception de deux tables réservées à la charpie et aux cartouches, et de la table où gisait le père Mabeuf j on les avait ajoutées à la barricade, et on les avait remplacées dans la salle

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