‹ RomanceiroChapitre 40 sur 96 · LA JUSTICE DE DIEU I · texte numérisé non relu

LA JUSTICE DE DIEU I

— Vienne le bourreau et sa hache, répondit le prisonnier. Plutôt souffrir mille morts que vivre dans l'ignominie.

Alors se dresse le vieillard, le bon vieux brave soldat :

— Bon roi, c'est mauvaise justice ! Votre sentence est mal rendue. D'abord épouser la fille, ensuite être décapité. Avec le sang l'honneur se lave, mais le péché n'est pas lavé.

Tout en disant ces paroles, il avait jeté son épée. Ses insignes de pèlerin, ses armes de soldat disparaissent et il se montre en habit de saint évêque. Sa mitre était de pierres fines, sa crosse de bel or massif. Il prit la main de la pèlerine, celle du comte il y mit. Ainsi présentes les personnes, par sacrement il les unit. Les assistants pleuraient tous. Plus que tous, le criminel. En larmes il demandait la mort, pour mettre fin au déshonneur.

Du saint évèque il reçut, tout contrit, l'absolution et on l'emporta mourant sans qu'il fût besoin du bourreau. La main de Dieu était sur lui, avant une heure il expira. Mais alors le saint Apôtre vint à l'aide de cette âme, car pèlerin, soldat, évêque, .n'étaient rien autre que lui.

LA PRINCESSE PELERINE

La princesse par pays s'en allait ravageant, en quête d'un chevalier qui l'avait abandonnée, peine amère ! Prés d'un château flanqué de tours, la princesse, un soir, s'arrêta. Elle pensa, sur certains indices, que là le chevalier devait être. — Est-il ki le chevalier ? C'est bien ici qu'il doit être. — Une dame lui répondit, courtoise dans sa parole : — Le chevalier est dehors, mais ne doit tarder à rentrer ; si la voyageuse est pressée, je le ferai appeler. — Ces paroles n'étaient pas dites que le chevalier rentrait : — Que faites- vous ici, madame ? Qui vous a conduite ici ? — C'est l'amour d'un chevalier qui jusqu'ici m'a amenée. Il promit de revenir bientôt, mais

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je ne l'ai plus revu. J'ai quitté mon père, ma maison, j'ai couru par terre et par mer en quête de ce chevalier sans jamais le pouvoir atteindre. — C'est un mauvais destin, madame, qui si tard vous fit arriver. Moi, j'avais dû fuir votre père; parce qu'il voulait me tuer, jai parcouru bien des pays, j'ai passé les mers et suis ainsi venu à ce château. Vous m'aviez fait vous jurer qu'avant une année et un jour avec autre dame ou damoiselie je ne me marierais point. Un an et un jour étaient passés, de vous je n'avais ouï parler et avec la dame de ce château, hier, je me suis marié. — Ces paroles n'étaient pas dites, voilà la voyageuse qui meurt: — Ah! peine de ma vie, ahl vie de ma peine ! que faire de cette beauté qui dans mes bras vient de mourir?

Du haut de la tour, sa femme était en fureur. — Ote-la d'ici, chevalier,'et jette-la dans la mer. — Telle chose ne ferai-je, madame, car elle est de sang royal et aima à l'extrême qui lui fut déloyal. Pour qui ne sait être constant, meilleur serait ne. pas aimer.

Ces paroles n'étaient pas dites le chevalier expirait. La dame du château ordonna de les enterrer dans deux tombes bien profondes sur le rivage de la mer. Sur la tombe

LA PRINCESSE PELERINE

du chevalier poussa un bouquet de funèbres pins. La tombe de la dame se couvrit de mélancoliques roseaux. La châtelaine ordonna de les couper, mais de leurs racines toujours ils venaient à repousser et, la nuit, la châtelaine les entendait soupirer.

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