‹ RomanceiroChapitre 39 sur 96 · LA JUSTICE DE DIEU · texte numérisé non relu

LA JUSTICE DE DIEU

Le comte est traîné en prison, il est conduit sous bonne garde. Ce n'est point pour avoir volé, ni avoir commis quelque meurtre. C'est pour avoir fait violence à une fille qu'il rencontra, s'en revenant de Compostelle. Non content d'en abuser, ses désirs assouvis, il l'a laissée à son valet. Il l'assaillit dans la montagne, bien loin de tout lieu peuplé, et il la laissa pour morte sans pitié, ni souci; trois jours et trois nuits durant, elle resta tout en larmes dans ce désert. Elle y fût restée plus longtemps à pleurer, si Dieu, qui toujours secourt les malheureux, n'avait fait passer par là un vieux soldat, pauvre vieillard a barbe blanche comme neige*

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Il s'appuyait sur son épée qui lui tenait lieu de bourdon. Son esclavine et son chapeau étaient bordés de coquillages. De la pauvre pèlerine il s'approcha. D'une voix douce, affectueuse, il lui dit : Ne pleure plus, ma fille, tu as trop pleuré. Ce félon de chevalier est emmené sous bonne escorte.

Ainsi parlant, le vieux soldat prend la fille en sa compagnie. Il se présente à l'audience du roi où déjà l'on avait traduit le comte :

— Bon roi, par le saint Apôtre, je réclame qu'à la pèlerine tout droit soit fait. La loi de Dieu veut qu'il l'épouse, la loi des hommes le condamne à être décapité. Nuls privilèges de noblesse ici ne sauraient le couvrir. Privilèges ne valent pas lorsque Dieu est l'offensé.

Le roi dit à ceux du conseil, d'un air courroucé :

— Sans délais que cette affaire devant moi soit expédiée.

— L'affaire est considérée, Sire; elle est jugée, bien jugée. Qu'il choisisse : l'épouser ou bien être décapité.

— Tel est mon plaisir, dit le roi; faites venir le comte. Ou épouser la pèlerine, ou perdre la-tête à l'instant.

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