‹ RomanceiroChapitre 56 sur 96 · LE COMTE D'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

LE COMTE D'ALLEMAGNE

Le soleil paraît derrière la montagne, voici le jour resplendissant et le comte d'Allemagne dormait avec la reine. Nul ne le savait de tous ceux qu'il y avait à la cour si ce n'est la princesse Juliana, fille de la reine.

— Juliana, si tu le sais, ne vas pas le découvrir, car le comte est très riche et de drap d'or il te vêtira.

— Je ne veux point de hardes d'or, j'en ai déjà de damas. Mon père n'est pas encore mort et vouloir me donner un beau-père!

Que je ne puisse venir à bout de plisser cette chemise, si quand mon père reviendra de la messe je ne lui dis tout.

Ils en étaient à ces discours, le père frappa à la porte.

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— Oh ! quelles sont ces discussions entre une mère et une fille ? — Le bien venu soit mon père et que Dieu soit avec lui! J'ai à lui raconter une histoire extraordinaire.

Etant à mon métier à tisser de la toile fine je vois le comte d'Allemagne. . . — Il t'aura rompu quelques fils?. Ne te fâche pas, ma fille, et ne me mets pas en colère. Le comte est enjoué et aura voulu plaisanter. — Je ne veux point de ses badinages, ni de ses vilains jeux, car il m'a pris par un bras et voulait m'en traîner sur un lit. — Calme-toi, ma fille, et ne m'irrite pas davantage. Demain, à ces heures-ci, le comte sera décapité.

— Levez- vous, ma mère, venez voir quel spectacle, c'est le comte d'Allemagne. Il va en compagnie, sa tète est dans un plat, son sang dans un bassin.

— Maudite sois-tu, fille, ainsi que le lait dont je t'ai nourrie, toi qui a causé la mort de ce comte si aimable.

— Calmez-vous, ma mère, et ne m'irritez pas davantage pour que je ne vous fasse conduire à la mort comme le comte.

— Bénie sois-tu, ô ma fille , ainsi que le lait dont io t'ai nourrie, petite fille de douze ans qui ma sauvée de la mort !

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Le chasseur s'en fut à la chasse comme il avait accoutume'. Ses chiens étaient fatigués, il avait perdu son faucon. Marchant, la nuit le surprit au milieu d'épaisses broussailles. Il s'appuya contre une yeuse, la plus haute qui était là. Il vint à lever ses regards et vit chose bien merveilleuse. Il vit au faîte des branchages, une jeune fille si belle ! Des cheveux tombant de sa tête, elle recouvrait l'arbre même, et l'éclat si vif de ses yeux éclairait toute la forêt.

Alors parla la damoiselle, vous entendrez ce qu'elle dit : — Ne t'épouvante, chevalier, ne montre pas si grande crainte. Je suis fille d'un roi couronné et d'une reine sacrée. Sept fées me jettèrent ce sort, dans les bras de ma

nourrice, que je restasse ici sept ans, sept ans et un jour de plus. Aujourd'hui s'achèvent les ans, demain se comptera le jour. Emmène-moi, au nom de Dieu, et prends-moi en ta compagnie. — Attends-moi ici damoiselle, jusqu'à demain au point du jour, je veux aller prendre conseil, et savoir l'avis de ma tante. — Alors, répond la damoiselle et comme elle lui répond bien : — Oh ! mal advienne au chevalier qui se montre si peu courtois, qui sans lui tenir compagnie au bois laisse la jeune fille.

Elle resta sur son rameau, lui s'en alla trouver sa tante. Lorsque revint le chevalier, à peine le jour commençait, il parcourut tous le hallier et ne découvrit plus l'yeuse. Il s'en va courant, appelant, point ne répond la damoiselle. Il vit, en regardant plus loin, une longue cavalcade de seigneurs, de gentilshommes qui formaient une grande troupe.

Ils emmenaient la belle infante, le jour en plus était passé. Le désespéré chevalier comme mort tomba sur le sol. Quand lui revint le sentiment, il mit la main à son épe'e. — Oh qui perd ce que j'ai perdu est digne d'un grand châtiment, je me fais justice à moi-même, et mets ici fin à ma vie.

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