LA FILLE DU ROI DE FRANCE
A chasser s'en fut dom Jorge, à chasser comme il avait coutume. Ses chiens étaient fatigués, il avait perdu son faucon. Il arriva la nuit dans la montagne; sur une sombre colline il vit un arbre merveilleusement haut. Par terre il y avait de l'or, dans la ramure de l'argent fin. Au plus haut des branches, il aperçut une jeune fille qui avait un peigne d'or dans sa main et peignait ses cheveux. — Que faites-vous ici, damoiselle, que faites-vous ici , jeune fille ? — Sept fées m'ont jeté un sort quand j'étais dans les bras de ma mère. Je devais rester ici sept ans, sept ans et un jour. Hier se sont achevés les sept ans, aujourd'hui s'achève le
jour. Emmène-moi toi, chevalier, emmènemoi, par ta vie; si tu ne veux me prendre pour femme, prends-moi du moins pour amie. Emmène-moi comme ta servante, emmène-moi comme ton esclave. Je suis fille d'un lépreux de la grande maladrerie, un homme qui me toucherait deviendrait malade aussi. — Il la plaça sur sa selle, selle de femme il n'avait; mais voilà que chemin faisant la damoiselle souriait. — De quoi riezvous jeune fille ? — Je ne rie ni du cheval, ni de son harnachement, je ris d'un étourneau qui s'en va dans l'air faisant du bruit.
é Et voilà que chemin faisant la damoiselle souriait. — De quoi riez-vous, damoiselle, de quoi riez-vous, jeune fille? — Je ris du chevalier et de sa couardise. — Retourne mon petit cheval, car j'ai perdu un éperon.
A la fontaine où nous nous arrêtâmes sans doute il est resté. — Laisse, laisse, chevalier, ne fais pas telle méchanceté. Si ton éperon est d'argent mon père t'en donnera un d'or.
Mon père travaille dans de l'or, ma mère dans de l'argent fin. Je suis la fille du roi de France et de la reine Constantine. — Que Dieu m'aide, que Dieu m'aide, que m'aide la vierge Marie ! Je croyais ramener une mai-
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tresse et c'est une sœur que je conduis. Si mon père avait pu savoir que sa fille était ici, il aurait ordonné aux chevaux de courir et aux cloches de sonner.
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