LA JEUNE VEUVE
Jeune mariée de huit jours, assise auprès d'une fenêtre, elle aperçut un cavalier ^.ui venait agitant des lettres : — Que tenez- Vous là, cavalier? Quelles nouvelles apportez ?
— Ce sont des nouvelles, madame, qu'il Oie coûte de vous donner.
— S'il vous coûte de les donner, que serace de les entendre ?
— Votre mari est tombé dans une sablonriicre. Le fiel s'est répandu dans son corps, il est en danger de mourir. Si vous voulez le voir vivant, il faut vous hâter d'accourir.
Elle se couvrit d'un manteau, elle se hâta cle marcher, ses caméristes, derrière elle, avaient de la peine à la suivre. Les plaintes
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qu'elle poussait attendrissaient les pierres mêmes. Son mari lui répondit de l'endroit où il se trouvait : — Taisez-vous, ma femme, n'augmentez pas mon mal, vous avez un père, une mère, ils peuvent vous prendre avec eux, vous êtes encore toute jeune et pouvez vous remarier.
— Un pareil conseil mon mari, je ne le veux pas écouter. Attachée à mon chapelet je ne ferai plus que prier. — Que Ton ouvre la grande porte, la grande porte d'honneur afin que puisse entrer la dame, la dame dona Maria.
— Je ne suis qu'une triste veuve et je n'ai plus aucune joie, car la mort m'a ravi celui, celui que j'aimais tendrement. Il n'est pas mort dans une guerre, ni dans un beau jour de bataille, mais dans une fondrière, au fond d'un trou rempli d'eau froide.
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DON DUARDOS ET FLERIDA
C'était pendant le mois d'avril, un jour avant le mois de mai, lorsque les roses et les lis sont dans leur plus grande beauté'. C'était la nuit la plus sereine qui dans le ciel pouvait se faire. La belle infante Flérida se préparait à s'éloigner, et dans le jardin de son père, sous les arbres elle disait : — Que Dieu soit avec vous, ô fleurs, vous qui faisiez toute ma joie. Je vais en pays étranger, c'est là que le sort me conduit. Si mon père vient -me chercher, lui qui m'aimait si tendrement, dites-lui que l'amour m'entraîne, que je n'ai plus ma volonté. De moi s'est emparé l'amour et tellement qu'il m'a vaincu. Triste je ne sais où je vais et personne ne me l'apprend.
Alors parla dom Duardos : — Ne pleure,
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pas ainsi, ma joie, dans le royaume d'Angleterre, il est de plus limpides ondes, il est des jardins plus charmants et des fleurs plus belles encore. Vous aurez trois cents damoiselles et toutes de grande maison. Là bas sont des palais d'argent tout prêts pour votre seigneurie. Les émeraudes, les hyacinthes et le fin or de la Turquie, en caractères émaillés contant l'histoire de ma vie, redisent les vives douleurs que vous m'avez causées un jour, lorsque contre Primaléon si rudement je combattis. Vous m'avez tué, vous madame, mais lui je ne le craignais pas.
Flérida qui entend ces mots, essuie les larmes de ses yeux. Tous deux s'en vont vers les galères que dom Duardos avait là. On pouvait en compter cinquante, toutes marchaient de compagnie. Au doux bruit que faisaient les rames, la princesse s'assoupissait dans les bras de dom Duardos qui méritait un si grand bien.
Qu'ils sachent tous ceux qui sont nés, une sentence invariable : contre la mort, contre l'amour personne ne peut se défendre.