‹ RomanceiroChapitre 59 sur 96 · LA MORESQUE ENCHANTÉE · texte numérisé non relu

LA MORESQUE ENCHANTÉE

Minuit était déjà sonné, sur le rivage de la mer, minuit était déjà passé et le peuple se divertissait. Au milieu des réjouissances, soudainement silencieux, tous regardèrent le château ; tous faisaient des efforts pour voir la belle Moresque enchantée qui soupirait bien tristement.

— Qui se décide, ah ! qui se décide à grimper jusques au château, pour y vaincre un enchantement dont si puissants sont les effets.

Personne ne s'y aventure et n'a confiance aux Moresques. Qui là irait à pareille heure afin d'y détruire un tel charme, à coup sûr risquerait beaucoup de ne s'en revenir jamais.

— Ah! quelle charmante beauté et qui la

pourra délivrer ! La blancheur de son vête* ment brille comme un rayon de lune et jamais d'aussi doux soupirs je n'avais ouï soupirer.

Ainsi un beau chevalier s'entretenait avec lui-même, son cœur e'tait brûlant d'amour et ses yeux brûlants de désirs. Trois heures s'étaient écoulées, dans une attente anxieuse, le chevalier aux armes blanches n'avait jamais connu la crainte. Il invoque la belle Moresque, mais ne s'entend pas lui répondre.

Peu importe à dom Ramiro, ce qu'il veut c'est la délivrer. Il escalade la muraille mais ses pieds glissent sur la pierre. Il avait laissé passer l'heure ou l'on pouvait vaincre le charme.

Déjà l'étoile de l'aurore resplendit de son vif éclat. Au plus haut de la forteresse, moins distinct, on voyait blanchir la robe riche et éclatante de la belle fille d'Agar. Lorsque le soleil se leva, chose faite pour étonner, du château sortit un nuage qui plana à peine un instant. Et le peuple jurait, jurait et s'obstinait à affirmer, qu'il avait dans cette nuée vu la jeune fille entrer.

Dom Ramiro comme enragé de n'être pas venu à temps^ s'en fut de là, contre les Mores réunir une grande troupe, et prit enfin un bon château, mais sans Moresques à aimer.

G ER I N A LDO

Gerinaldo, Gerinaldo, page du roi le plus aimé, ne veux-tu pas, Gerinaldo, avoir des amours avec moi? — Vous qui êtes ma souveraine, de moi vous voulez vous moquer.

— Je ne ris pas, Gerinaldo, je te dis bien la vérité. — Dites-moi, madame, quand dois-je votre promesse réclamer. — Tu viendras entre une heure et deux, car c'est l'instant où dort mon père.

Il n'était pas une heure encore, il est à la petite porte, déchaussé de pieds et de jambes, de crainte de faire du bruit — A ma porte qui frappe ainsi? Quel est donc cet audacieux? — Madame, c'est Gerinaldo, demandant ce qu'on lui a promis, déchaussé de

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pieds et de jambes de crainte de faire du bruit. — Alors dépose là tes armes et place toi auprès de moi.

Le roi faisait un mauvais songe qui allait se vérifier. — Ou Ton déshonore l'infante, ou Ton s'empare du château : — Le roi se leva de sa couche avec un esprit tout troublé. Il prit avec lui son épée pour faire un tour dans le château. Il les trouva au lit tous deux, comme seraient femme et mari.

— Dois-je tuer Gerinaldo, je l'ai élevé tout petit? Et si je tue la dame infante, mon royaume est sans héritier. Je mets l'épée entre les deux afin qu'elle serve d'avis.

Gerinaldo se réveilla et demeura plus mort que vif. — Ne te trouble, Gerinaldo, de ce que mon père a appris, s'il avait voulu nous tuer cela était en son pouvoir.

— D'où viens-tu, Gerinaldo, d'où viens-tu ainsi tout poudreux?

— Je viens de m'en aller chasser, seigneur au bord de la rivière.

— .Ne me mens pas, Gerinaldo, car tu ne m'as jamais menti. — Je viens d'aller arroser des fleurs qui voulaient être arrosées. — Allons, prends la pour ta femme et qu'elle te prenne pour mari.

PS

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