DOM BEL1RAN
— Blanches sont les armes qu'il porte et son cheval est alezan, et à la pointe de sa lance est un pennon de cendal blanc. C'est sa dame qui Ta brodé et brodé comme pour un roi.
— Ami, ce chevalier est mort, est mort là dans cette prairie. Ses jambes sont plongées dans l'eau, son corps est couché sur le sable. Il a sept trous dans la poitrine, se disputant à qui pourrait être le plus mortel d'entre eux. Par l'un le soleil pénètre, par un autre entre la lune et dans le moins large de tous un épervier pourrait voler.
— La faute ne fut à mon fils ni aux Mores qui l'ont tué. La faute fut à son cheval dé ne l'avoir tiré de là.
O miracle ! Qui pourrait dire et pareille chose conter? Voilà le cheval, quasi mort, qui soudain se met à parler :
— Ne dites pas que c'est ma faute, si de là je ne l'ai tiré ; je me dérobai par trois fois, voulant par trois fois le sauver. Il me donna de l'éperon tant il s'acharnait au combat.
Trois fois il resserra ma sangle et me dégagea le poitrail. A la troisième fois, à terre je tombai de ce coup mortel.
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J O ANSINH O
Joansinho s'en fut jouer par une nuit de Noél, il gagna cent doubles d'or marqués ou à marquer. Il tua un père à l'autel et pendant qu'il disait la messe. Il mit à mal sept damoiselles, toutes étaient à marier. Il s'empara de sept châteaux qui tous appartenaient au roi. Quand son père sut tout cela, il voulut le faire mourir. Sa mère dans l'affliction aussitôt se mit à pleurer :
— Non, ne tuez pas notre fils qui nous a coûté tant de soins ; qu'il s'en aille en terre, étrangère et loin de son pays natal.
S'en allant en terres lointaines, il se mit à questionner : — Où donc ici trouver du pain, qu'un pauvre homme puisse acheter ?
l3o ROMANCE1RO PORTUGAIS
— Il n'est dans ce pays ni pain, ni boulanger qui le pétrisse.
Et s'en allant un peu plus loin, il se mit à questionner : — Où donc ici trouver du vin, qu'un pauvre homme puisse acheter?
— Ici nous n'avons pas de vin, on ne cultive pas la vigne.
Et s'en allant un peu plus loin, il se mit à questionner : — Où donc ici trouver de l'eau, qu'un pauvre homme puisse acheter?
— Dans ce pays, il n'est point d'eau ; Dieu n'a voulu nous en donner.
Et s'en allant un peu plus loin, il se mit à questionner : — Où donc ici trouver de l'herbe qu'un pauvre homme puisse acheter?
— Dans ce pays il n'est point d'herbe ; on n'a l'usage d'en semer.
Alors telle fut sa douleur, qu'il devint tout à coup un saint.
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L'ALF EREZ ASSASSIN
Après avoir pris une rue, puis une autre qui la croisait, regardant par une fenêtre, trois jeunes filles j'aperçus. L'une étaitvêtue en bleu clair et sa beauté était extrême. Il faut que je Taille chercher, dût-il m'en coûter la vie. »
Dix heures étaient sonnées et il frappait à la porte.
— Qui frappe à ma porte, qui frappe à pareille heure ?
— C'est un noble chevalier qui vient chercher votre fille.
— Ma fille n'est pas à la maison, elle est allée près de sa tante qui l'a envoyé chercher à cause d'une cérémonie.
1 32 KOMANCE1KO PORTUGAIS
De l'épaule enfonçant la porte, sans montrer plus de courtoisie, il pénétra dans le logis et, tout rempli d'outrecuidance, il s'en alla droit à la chambre où la jeune fille dormait.
— O fille ! garde ton honneur, fût-ce au détriment de la vie, respecte la barbe de ton père, déjà toute blanche à son menton.
Il la saisit par les cheveux, il la traîna par la cité, ensuite, quand morte il la vit, à sa mère il la rapporta.
— Tenez, dona Anna, tenez, voici le corps de votre fille ; elle est restée honnête et pure, mais il lui en coûte la vie.
— Ah! j'aime bien mieux la voir morte que savoir son honneur perdu. Que justice vienne du ciel, puisqu'elle n'existe sur terre et qu'elle frappe l'alferez qui fut l'assassin de ma fille.
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L'AV E UGLE
Ouvre la porte, Anna, ouvre sans bruit; je suis blessé et mourant de fatigue.
— Si tu es blessé, pauvre malheureux, tu peux t'en aller par un autre chemin. — Ah!
ouvre-moi la porte, ouvre-moi sans bruit, je suis aveugle et ne vois pas le chemin. — Ni porte ni petite porte je n'ouvre à un aveugle. Qu'il s'en aille à la maie heure par un mauvais chemin. — Ah! pauvre aveugle qui s'en va tout seul cherchant et demandant par le chemin !
— Ma mère, réveillez- vous, écoutez comme là, en bas, chante l'aveugle qui demande son chemin.
— S'il chante et demande l'aumône, donne-
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lui pain et vin. C'est le pauvre aveugle qui cherche son chemin.
— Je ne veux ni de ton pain, ni de ton vin; je veux seulement, Anninhas, que tu m'enseignes mon chemin.
— Prends ta quenouille, Anninhas, chargela de lin ; va avec le pauvre aveugle par le chemin.
— J'ai achevé ma quenouille, j'ai achevé mon lin ; l'aveugle reste avec moi et connaît son chemin.
— Marche encore, Anninhas, marche encore un peu, je suis un pauvre aveugle et ne vois pas mon chemin.
— Ahl là-bas, là-bas, sur cette hauteur, voilà des cavaliers qui viennent par ce chemin.
— S'il vient des cavaliers, ils viennent bien tard, car il y a longtemps que je les attends sur ce chemin.
La cavalcade passa lentement; l'aveugle, mon aveugle voit sa route ; il me met à cheval avec beaucoup de tendresse, un aveugle m'emmène et voit son chemin.