‹ RomanceiroChapitre 91 sur 96 · MEME SUJET · texte numérisé non relu

MEME SUJET

C'était un lundi, trois heures avant le jour, le duc de Bragance mouvait à sa femme grande querelle. Abandonné à son courroux, il lui disait rudes paroles : — Traîtresse, vous m'êtes, duchesse, fausse traîtresse, ennemie. J'ai appris que vous commettez trahison et perfidie. — Traîtresse, je ne le suis pas; dans ma famille, point de traîtres. Sur cette réponse, le duc mit la main à son épée. La duchesse, d'un grand courage, par la lame la saisit. — Duchesse, lâche l'épée, elle va te scier la main. — Plus ou moins sciée, peu importe l Vois ma chemise, elle est déjà toute teinte de mon sang. A moi, venez mes chevaliers, secourez-moi par courtoisie. — Aucun de ceux qu'elle appelait à son aide, n'était proche; nul nel'écouta, car tous se trouvaient être des Portugais, hormis un petit page qui à la table la servait : — Laissez la duchesse, bon duc, car en rien elle n'a méfait. Le duc, tout outré de colère, sur le page s'est élancé

et il lui a tranché la tête, encore qu'il ne l'eût mérité; puis il revint vers la duchesse et derechef il lui dit : — Duchesse, il vous faudra mourir, avant que le jour n'ait paru. — Je suis entre tes mains, duc, fais de moi ce qu'il te plaira; mais j'ai père et frères à qui tu devras en rendre raison. Quoiqu'ils séjournent en Espagne, la nouvelle leur en viendra. — Ne me menace pas, duchesse, avec eux je m'arrangerai. — Laisse-moi me confesser, duc, et mettre mon âme en état. — Confessezvous à Dieu, duchesse, à Dieu et à sainte Marie.

— pue, regardez donc ces enfants qui sont nés de vous et de moi. — Ne pleurez pas sur eux, duchesse, j'aurai soin de les élever.

Il fit tourner son épée et il en frappa la duchesse; le coup l'atteignit sur la tête, elle tomba morte à ses pieds. Quand le duc la vit ainsi morte, il détourna la tête et il aperçut ses deux petiots couchés ensemble dans un lit, qui riaient et qui s'amusaient à l'envi avec leurs jouets. Les voir jouer de cette sorte lui fit venir les larmes aux yeux, et, pris d'un douloureux remords, il leur parla et il leur dit : — Enfants, vous demeurez sans mère; votre mère, je l'ai tuée, sans qu'elle l'eût en rien mérité, pendant un accès de colère.

— Où iras-tu, malheureux duc, que feras-tu de ta vie! Comment Dieu d'un si grand péché pourrait-il t'absoudre jamais ï

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DON JUAN II FAIT DECAPITER LE DUC DE GUIMARANS ET TUE DE SA MAIN SON COUSIN.

Les grands de Portugal se montrent fort irrités, ils se plaignent de leur roi ; ils Pont pris en grande haine et le duc de Guimarans est celui qui le montre le plus. Le duc avec ses trois frères se sent grandement lésé, parce que le roi les traite fort mal, ne faisant d'eux aucun cas, étant du même sang pourtant, étant 3es parents fort proches, et contrairement à la manière dont son père les avait traités et à la familiarité avec laquelle il vivait avec eux. Ils aggravaient le mal présent en regardant le bien passé. Et, dans leur mécontentement, ils étaient si furieux qu'ils publiaient que le roi était très avare, injuste et incapable de gouverner le royaume. Le roi, ayant appris cela, se montra grandement irrité, ordonna de les arrêter et de faire leur procès, disant que le duc et ses frères ensemble avaient comploté

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de se défaire de sa personne et de s'emparer de l'Etat pour le donner au duc de Viseu, son cousin et son beau-frère. Et alors on s'empara d'eux qui n'étaient point sur leur garde, on leur fit leur procès et la sentence fut prononcée. Le duc de Guimarans fut décapité, ses trois frères furent bannis. Le duc de Viseu fut pardonné à cause de sa jeunesse. Mais il ne dura guère de temps depuis que cela était passé, que le roi n'accusât ce duc de Viseu, son cousin, de le vouloir tuer, et avec d'autres chevaliers d'avoir conspiré contre lui. 11 envoya chercher le duc qui, à son ordre, se rendit d'un petit bien à lui, dans lequel il demeurait. Dans la chambre du roi entra le duc infortuné. Le roi, le voyant devant lui, a ordonné qu'il soit tué. Mais, retenu par le respect, aucun ne voulut obéir, car il était cousin du roi et, de plus, était son-beau frère. Le roi, tirant un poignard, vers lui vint dans un grand courroux en s'écriant: — Te voilà, traître ! — Et le duc, fort indigné en s'entendant appeler traître, répondit tout exaspéré : — Vous êtes le traître et mentez dans les paroles qu'avez dites. Le roi répliqua : — Tu pensais te rendre maître de l'Etat et tout d'abord m'assassiner. Mais il n'en sera pas ainsi, que mon bras me soit en aide et tu ne verras arriver ce que tu avais comploté. Et en luttant avec le duc, il le frappa à deux reprises et puis là, le laissant pour mort, il s'en revint dans son palais et il demanda à la reine, le visage dissimulé : — A qui

eût voulu me tuer et s'emparer de mes Etats, à votre avis, quel châtiment devrait être infligé !

— La reine lui répondit : — Celui qui a pensé telle chose, mc'rite une mort très cruelle comme traître et comme méchant. — Le roi riposta :

— Prenez-en votre parti, j'ai fait telle chose à votre frère.

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