LA DUCHESSE DE GUIMARANS SE PLAINT AU ROI DE LA MORT DE SON MARI
— J'ai à me plaindre de vous, roi, car vous avez ajouté foi au mal qu'on vous a dit du duc et fait arrêter mon mari. Vous l'avez fait emprisonner quand il n'était coupable en rien. Vous avez fait mal, mon seigneur, et fûtes bien mal conseillé* Le duc ne vous fit jamais tort pour être ainsi maltraité. Au contraire, il vous a servi au dépens de sa fortune. Il vint toujours à vos Cortès afin d'obéir à vos ordres. Il ne l'aurait pas fait, seigneur, s'il eût été coupable en rien, car il avait armes, et gens assez pour être en sûreté. Mais il s'en vint comme innocent qu'il était, de toute faute. Vous, ne considérant justice, vous l'avez fait décapiter. Je ne pleure pas tant sa mort que de le voir déshonoré, avec ce héraut l'accusant de ce qu'il n'avait point pensé. Il mourut pour faute d'autrui, très injustement condamné. Ainsi il a gagné le ciel, et moi pour toujours la douleur.
264 ROMAMCRS CASTILLANS
Maintenant, je vis dans la prison où vous m'avez fait jeter, avec une fille que j'ai ; nul autre bien ne m'est resté, car de mes trois fils vous m'avez séparée. L'un est mort en Cas tille, l'autre est déshérité, le troisième tète encore sa nourrice, je n'espère pas le voir grand. Je demande de vous réparation, roi, seigneur, cousin et frère, à la justice de Dieu, pour un fait si indigne. Que Dieu me donne vengeance et que celui qui était sans faute soit disculpé !
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