AU COMTE DE NASSAU ET A SES GENS
Comte Nansot, Félix, Francisque (1), Qui cuydés user de finesse, Faulsenacion trop inique, Comment avez la hardiesse Contrevenir au roi Francisque (2) ?
A dit, par foy de gentilesse, Puis qu'à luy vouliez avoir picque, Qu'il se vengeroitpar rudesse.
Vous avez bruslé des villaiges,
(I) L'armée impériale, forte de 60,000 hommes, commandée par le comte de Nassau et le comte François de Sickengen, après avoir ravagé les Ardeunes, vint mettre le siège devant Mézières. Ce dernier avait assiégé Metz en 1518, et voici ce qu'en dit la chronique rimée de cette ville :
Ce gentilhomme fort ou foible N'estoit gentilhomme ne noible.
Quatre .0. portoit en son escu, Sans non ne tiltreque Franciscus.
Quoi qu'il en soit, Bayard n'avait eu que le temps de se renfermer dans Mézières avec une poignée de braves.
(4) François I*» brûlait de venger l'injure faite à la France ; mais il fallut attendre qu'on eût réuni une armée de force à repousser l'invasion.
Qu'à vous fut grande villenie ; C'estoyent voz nutritifz passaige& Pour venir en France jolie Quérir méracieux bruvaiges (1), Des quelz vous faisiez chère lye.
Fustes plus sotz qu'oiseaux vollaiges D'avoir commis ces te folie.
Lors disiez que le roi couvoit, Puisqu'il ne venoit en défense :
En son noble cueur concevoit La vostre folle oultrecuidance.
Contre vous guerre ne mouvoit, De sa foy n'avoit oubliance (â).
Quant a congneu qu'on le grèvoit, C'est venu venger de Poffense.
Vous veniez par une couverte Comehcer La Marché assaillir (S) ; Avoit encoires la main verte :
Contre vous ne vouloit faillir.
Vostre pensée fut ouverte Dedans Mouzon, et au saillir, Toute trahison fut aperte (4) ; Vérité ne peult défaillir.
Combien que fussiés grosse armée,
(i) Les vins de Champagne. France la jolie à des raisins qui tentent toujours l'étranger, comme nous le verrons encore.
(I) Les Allemands comparaient François l,r à une poule qui couve ses œufs et qui n'ose pas se déranger.
(3) Le comte Robert de Ja Mark .
(*) V. ci-avant la Chanson de Mouzon.
Gantoys, Hespagnoltz, Bourguygnons (1), Guerre de paysans amassée, Lancequenetz et Brodions, Hennoyers, coupeurs de ramée, Vous ne valiez pas deux ougnons ; Car vostre avant-garde affamée En vain gecta tous ses canons.
Vous ne vouliez aucun dommaige Au royaume de France faire ; Sembloit à vostre doulx langaige Que n'estiez motifs de l'affaire.
D'un faulx mauvais traistre couraige Vous avez faict tout le contraire :
L'on se vengera du dommaige , Et Ton se vueilt comme vous faire.
Après que vostre aigle trop fière Eut batu l'air sans povoir prandre La nostre petite Mézière, Craingnant moult fort la salamandre (2f , Elle s'envolla par derrière, Cuydant à Saint-Quentin descendre :
Le blanc lyon de sa griffière (3) Luy feit bien ses ailles descendre
(1) Les armées deCharles Quint étaient composées de plu sieurs races d'hommes.
(S) Emblème de François I", comme l'aigle était celui de Charles Quint.
(3) Le lion blanc est l'opposé du lion de sable des comtes de Flandre que Charles Quint représentait, ou du lion d'à. zur du comte de Nassau.
CHANSON