LES SIRES DE LA MARK, SEIGNEURS DE SEDAN
Sedan, ville de guerre, au midy touche Meuse; Elle void la forest de l'Ardane rameuse Du costé que le pol refroidit la saison. Mézière sied plus bas au ponant; et Mouzon Void l'orient premier avecques la Lorraine. Ceste ville frontière ainsi que souveraine Au seul due de Bouillon de la Mark appartient, Qui son païs illec de Dieu et du fer tient, Ne relevant en fief de personne vivante Fors des rais du soleil et de l'aube levante.
Là, sur le roc assis, le chasteau merveilleux Avoisine le ciel de son front sourcilleux. Si le canon pouvoit de son pied faire approche Ce seroit pour néant, car son pied est la roche, Qui, haute et mise à plomb, dessus son dos
[soustient Les murs faits d'espesseur, qui plusieurs pas
[contient.
Ce Robert de la Mark, qui jadis fut la crainte Des ennemis de France en l'Ardanne contrainte, De monstrer le talon à fuir coustumier, Environner de murs le donjon fait premier ; Et par temps au chasteau il adjoignit ensemble Le circuit fort long, qui une ville semble.
Après ce grand Robert, l'autre Robert vesquit, Qui, Péronne gardant, tant de renom acquit, Et en eust depuis plus, si des Parques l'envie N'eust tranché le filet de sa trop brève vie. Mais ce second Robert eut un Robert, qui tiers Augmenta de remparts son chasteau volentiers, Autant que de Hesdin la malheureuse prise Eust mis fin à ses jours et à son entreprise, Qui estoit de bastir quatre forts boulevers : Mais il n'en fit que deux, défendus et couvers Par deux autres plus beaux de plus ample espace, Lesquels a fait son fils , qui son père ainsi
[passe (1).
(I) La Renommée, de Ch.de NAviKRES,gentiIbommesedanais. Paris, 1571. Ce poème raconte en cinq chants l'entrée en France d'Elisabeth d'Autriche, son arrivée à Sedan et à Mézières, puis son mariage avec Charles IX. La ville de Sedan, une des clefs de la France, devint, au Moyen-Age, le fief de la maison de la Marck, originaire de Westphalie.— Le poète ne dit rien de Guillaume de la Marck, le Sanglier des Ardennes, mort en 1485. Il avait cédé ses droits à son frère Robert I,r. Celui-ci continua les fortifications de Sedan commencées en 1446 par Erard de la Marck. Il fut tué en 1489. Son fils, Robert II, mort en 1536, était un intrépide guerrier. Sa gloire pâlit devant celle de Robert III, son fils, seigneur de Fleuranges, maréchal de France, mort en 1536.- Le fils de celui-ci, Robert IV, aussi maréchal de France, n'existait plus en 1556.— La petite fille de ce dernier, Charlotte de la Marck. épouse, en 1591, Henri de la Tour d'Auvergne, maréchal de France, laissant tous ses fiefs à son mari. C'est ainsi que la seigneurie de Bouillon et celle de Sedan sont entrées dans cette dernière maison. — L'histoire des sires de la Marck pendant les XV* et XVI' siècles ne fait qu'un avec celle des Ardennes.