LA LÉGENDE DES CORDELIERS DE TROYES
Si des frères mineurs tu veux Tordre con-
[noître (1), L'an mil deux cent et huit saint François le fit
[ naître.
Innocent, tiers de nom, pape alors, l'approuva. Honoré tiers seize ans après le confirma. Lorsqu'on son corps porta le dit saint digne-
[ gnement Des pteyes de Jésus Christ les marques ferme-
[ ment, Et qu'Alexandre quart pape a vu et prêché, Et phtsieurs bons témoins les ont vu et touché.
Tant de gens vertueux cette plante a produit Qu'en Tan mil deux cent avec cinquante huit, Saint Louis leur bâtit un beau temple à Paris. Ainsi fit en ce lieu, dit la Brosse aux Juifs, Son gendre, Thibaut quint, comte palatinois (2) De Champagne et Brie, aussi roi navarrois, Qui mit les Cordeliers loger dans la cité, Laissant leur vieil couvent nommé la Trinité.
(1) Voyage dam le département de V Aube, Arnaud.— Troyos, 1837.— Thibault IV avait, en 1*37, établi les Corde liers hors de la ville, près de la porte de César.
(2) Son fils, Thibault V, mort à Trapani, a la suite de l« Toisadc de Tunis, les fit entrer en ville.
Lors l'évesque de Troye soixante-quatrième, Nicolas, par décret d'Alexandre quatrième, Au fondement ouvert mis la première pierre, Neuf ans devant qu'il eut bierre au chœur de
[Saint-Pierre.
Puis l'église et couvent le comte édifia. Jusqu'au mur de la tour aussi l'amplifia Et très bien l'affranchit de toutes redevances, Donnant aux demandeurs très amples récompenses.
Mais ce prince, en mil deux cent soixante
[ et dix, A Trappas décédé, peu après saint Louis, AuxCordeliers fut, à Provins, inhumé.
Or son frère Henry leur a tout confirmé (i). Puis Philippe le Bel,' son gendre, roi de
[France (2), L'an mil trois cent moins un, les mit en assu-
[ rance , Conservant tous leurs droits, ce que pareille-
[ment Ont approuvé nos rois tout d'un consentement.
Prions donc pour eux et leur postérité (3),
(1) Henri III, son frère, dernier comte de Champagne, augmenta Je couvent.
(2) Les rois de France, successeurs des comtes de Champagne, maintinrent ses privilèges.
(3) Il y eut à Troyes, en 1504, un concile de l'ordre présidé par le R. P. Delphini, leur général ; en 1543, à l'octave delà fête du Saint-Sacrement, dans un concile provincial, à cette occasion, eut lieu une procession, à laquelle assista, une torche à la main, Claude de Lorraine, duc de Guise, gouverneur de Champagne et de Brie— Cette légende était écrite sur un tableau de bois placé dans le cloître du couvent.—Dans l'église étaient enterres les frères Pithou, les collaborateurs de la Satire Mcnippéc.
Qu'ils ayent en paradis joie et félicité, Et tous les bienfaiteurs du généreux chapitre ; L'an mil cinq cent quatre, sous Delphin, grand
[ ministre Et du provincial trente-sept ans après, Où Claude duc de Guise assista tout exprès A la procession, suivant le corps de Dieu, Qui lui doint et nous tous au ciel avoir lieu. Amen.
LA CHANSON